Ikbal Ben
Khalfallah

C’EST À LA TÊTE DES THÉÂTRES DE CHARLEVILLE-MÉZIÈRES, SAINT-QUENTIN, ENTRE AUTRES, qu’Ikbal Ben Khalfallah s’est forgé une sérieuse expérience avant d’être nommé à la direction du Safran d’Amiens. De sa rencontre avec le théâtre à l’adolescence, ce passionné de sport et d’histoire garde un souvenir fort, mais pas déterminant. Des années plus tard, c’est en homme de culture, investi par sa mission de service public, qu’il lève le voile sur la saison 2015/16 du Safran, reflet des changements amorcés par cette scène conventionnée. Une saison qu’il souhaite humaniste, pluridisciplinaire, populaire, ouverte sur les arts numériques, la marionnette, le cirque contemporain, la danse… Rencontre.

DES ÉTUDES D’HISTOIRE TOURNÉES VERS L’ENSEIGNEMENT, UNE CARRIÈRE DE SPORTIF PROFESSIONNEL, VOTRE PARCOURS EST PLUTÔT ATYPIQUE POUR UN HOMME DE CULTURE ?
Il n’y a pas de parcours obligé ni balisé pour diriger un établissement culturel. On peut y arriver par les études, la formation, l’évolution dans sa structure, les rencontres et opportunités… Ça surprend souvent qu’un sportif travaille dans la culture parce que dans l’imaginaire collectif du plus grand monde, on le réduit à son « soi-disant » seul champ de compétences.

QUELS ENSEIGNEMENTS TIREZ-VOUS DE VOS PRÉ- CÉDENTES EXPÉRIENCES PROFESSIONNELLES ?
La diversité des expériences vous enrichit toujours grâce aux nombreuses rencontres humaines et artistiques, la découverte d’autres territoires… La culture n’est pas toujours une évidence même chez des convaincus. Il est donc préférable d’avoir des convictions certaines sur le sens de nos missions de service public, beaucoup d’énergie et oser.

QUELLES SONT LES SPÉCIFITÉS ET LA PLACE DU SAFRAN DANS LE PAYSAGE CULTUREL AMIÉNOIS ?
Le Safran est un équipement de proximité, complémentaire des autres structures du territoire. Il participe du rayonnement de la Métropole par la spécificité de ses actions et de sa programmation. Un rôle de tremplin pour certains avant d’aller fréquenter les autres salles. C’est un ancien centre socio-culturel passé en quelques années au statut de scène conventionnée. Il faut donc allier l’exigence dans les programmations arts plastiques et spectacles, soutenir la création… et en même temps embarquer les publics dans cette aventure, ne pas donner cette impression d’un lieu fermé et excluant.

LA RELATION ENTRE LA STRUCTURE, LE QUARTIER ET SES HABITANTS EST INSCRITE DANS L’ADN DU SAFRAN. COMMENT AVEZ-VOUS ABORDÉ CE SUJET ?
La relation d’une structure avec son territoire et ses habitants est une évidence. Plus encore au Safran, pour lequel les habitants éprouvent un véritable attachement et ne nous pardonneraient pas d’être en déphasage avec le monde et ce quartier. Un travail de rencontre et d’échanges assez important avec de nombreuses structures de quartiers — loin d’être fini d’ailleurs — a été réalisé pour comprendre, sentir, expliquer et réfléchir à des actions communes. Parce que ce quartier de 32 000 habitants regorge de talents et d’associations dynamiques.

QUELLES SONT LES NOUVELLES ORIENTATIONS EN MATIÈRE DE PROGRAMMATION ?
La programmation volontairement éclectique sera pluridisciplinaire et transdisciplinaire. Avec des expositions et des spectacles exigeants et populaires, au sens noble du terme, avec une volonté de créer des passerelles entre les esthétiques des arts de la scène : favoriser l’émergence, mêler l’innovation, « l’assurance » et le coup de coeur. Pluridisciplinarité et ouverture sur la création internationale, « l’Ailleurs », dans une ambition de recherche du pluralisme culturel et du dialogue entre les cultures, induite et renforcée aussi par l’implantation spécifique du Safran sur son territoire.
LA TRANSDISCIPLINARITÉ APPARAÎT COMME CENTRALE DANS LA PROGRAMMATION.
POURQUOI ?

Aujourd’hui, de nombreux artistes partent du monde pour créer en exploitant de nombreuses disciplines et faire un spectacle de notre époque, décloisonné, ouvert aux autres formes, aux influences, où peuvent se retrouver le cirque, la danse, le théâtre, la musique, la marionnette, les arts visuels… Cette mixité permet aussi à chaque spectateur de se reconnaître dans les oeuvres.

QUE PEUT-ON VOUS SOUHAITER POUR LA SUITE ?
Une belle saison 2015/16 !

LE SAFRAN
3, rue Georges-Guynemer, Amiens

RENSEIGNEMENTS & RÉSERVATIONS
03 22 69 66 00
www.amiens.fr/safran

Photographe : Mathieu Farcy