Acid Arab

Orient Express

 

Commencé dans un petit club de Pigalle à Paris, le phénomène Acid Arab prend de l’ampleur depuis cinq ans. Sur disque avec le brillant album Musique De France et sur scène partout dans le monde. Guido Cesarsky, un des membres du groupe, revient sur les cinq années un peu folles de ce projet singulier et dansant, ouvert et généreux.

Avant d’être un groupe, Acid Arab était un désir. Celui d’Hervé Carvalho et de Guido Cesarsky. Ces deux DJ de l’underground parisien avaient envie de faire des soirées qui brassent musiques électroniques et sonorités orientales. Ces fêtes prennent le nom d’Acid Arab et ont lieu au club Chez Moune dans le quartier parisien de Pigalle entre 2012 et 2013. « Radio Nova et Beur FM nous ont déniaisés sur les musiques du monde. Puis Internet a complètement aboli les frontières. Nous avons découvert la musique arabe, une musique riche, vivante, inventive et moderne. Dans le monde arabe, la musique a une place très importante. Elle fait partie intégrante de la culture. Elle rayonne entre les pays et les paroliers sont considérés comme des poètes. »

Hervé Carvalho et Guido Cesarsky injectent une bonne dose d’électro, d’acid techno, de house dans leurs soirées, qui séduisent immédiatement. « Les gens étaient dingues chez Moune. C’était une idée mortelle ce concept ! Plein de copains DJ ou producteurs ont alors commencé à nous donner des morceaux, des remixes, des edits qu’ils avaient réalisés pour qu’on les joue aux soirées. » La compilation Collections, sortie fin 2013 sur le label Versatile, témoigne de cette effervescence. Rapidement, le concept Acid Arab commence à s’exporter, en dehors de Paris, puis en dehors de la France. « Nous sommes devenus un groupe, nous sommes devenus Acid Arab ! » Le duo Pierre-Yves Casanova et Nicolas Borne, alias Sex Schön, rejoint la paire de DJ pour mettre en son le concept. Tous les quatre ensemble, ils ont composé l’album Musique de France, paru l’automne dernier sur le label belge Crammed Discs. « Depuis les années 1960, les musiques arabes font partie de la France. Elles sont là, on les entend partout. Dans les cafés de la Goutte d’Or, à Belleville, à Barbès ou ailleurs. Il suffit d’ouvrir l’oreille, d’être intéressé. Alors oui, ce titre, Musique de France a du sens. Il est totalement à prendre au premier degré, car la culture arabe fait partie de la culture de la France. »

Sur l’album, les quatre membres d’Acid Arab sont rejoints par des voix venues d’orient. En particulier Rachid Taha, Sofiane Saidi, Jawad El Garrouge et le trio de sœurs yéménites A-Wa. Plusieurs instrumentistes sont également conviés dont le joueur de saz et chanteur Cem Yildiz et le claviériste Kenzi Bourras – qui accompagne également le groupe en live. Depuis trois ans, l’énergie d’Acid Arab se transmet surtout par la scène. La formation tourne sans s’arrêter, au rythme de 150 dates par an. Offrant inlassablement un brassage des musiques, des cultures et des populations, défendant toujours le regard bienveillant que chacun doit porter sur ce et ceux qu’il ne connait pas. « La musique est une arme plus forte que le cynisme. Le cynisme est l’arme des fachos qui leur sert à brocarder la bien-pensance. Aujourd’hui, être antiraciste, malheureusement, c’est devenu ringard. Acid Arab n’est pas un groupe qui traite directement de politique. Mais le nom du projet est déjà suffisamment parlant ! ».

Musique de France, LP
Acid Arab, Crammed Discs

site internet
www.facebook.com/acidarab

Photographe : Pierre-Emmanuel Rastoin
Interview : Olivier Pernot