Alexandre Bloch

Depuis septembre 2016, Alexandre Bloch est le nouveau directeur musical de l’orchestre national de lille (ONL). À 32 ans, le chef d’orchestre amène son enthousiaste et son énergie, tout autant que sa maturité, pour faire vivre cet ensemble d’une centaine de musiciens. Avec plusieurs enjeux : faire rayonner l’ONL en région comme dans le monde entier et renouveler le public de cette institution dirigée pendant quarante ans par son fondateur, Jean-Claude Casadesus.

 

Quels ont été Les moments forts de votre parcours Jusqu’à maintenant ?
Fin septembre 2012, j’ai remporté le concours international Donatella Flick qui m’a permis d’être chef d’orchestre assistant au London Symphony Orchestra. La semaine d’après, on me sollicite pour rempla- cer pour plusieurs concerts le chef Mariss Jansons au Royal Concertgebouw Orchestra d’Amsterdam, l’un des plus grands orchestres du monde. À cette même période, ma femme était enceinte de notre premier enfant. Elle arrivait à la fin de sa grossesse, avec toutes les inquiétudes que nous pouvions avoir en tant que nouveaux parents. Nous étions penchés sur le réel, sur cette naissance à venir. Tout cela me faisait relativiser ce qu’il m’arrivait professionnellement. Cela m’a beaucoup aidé à aborder ces concerts importants. J’étais très concentré, mais pas du tout stressé.

 

Quelles sont les œuvres que vous aimez plus particulièrement diriger ?
J’aime diriger l’œuvre que je dirige en ce moment. c’est important d’être passionné pour transmettre cette passion aux musiciens et qu’ensemble, nous puissions la faire ressentir au public. mais j’ai quand même quelques compositeurs préférés, comme Brahms. J’aime aussi beaucoup le travail qu’on peut faire dans la spontanéité du concert avec des œuvres de la période classique d’Haydn, de Mozart, de Mendelssohn et de Beethoven. et puis je suis complètement passionné par ce foisonnement de création musicale qu’il y a eu au début du 20ème siècle. en particulier des œuvres que Serge de Diaghilev, le fondateur des Ballets russes, a commandées à des compositeurs français comme Ravel et Debussy, ou également à Stravinsky.

Pourquoi avez-vous candidaté au poste de directeur musical de L’ONL ?
J’ai beaucoup aimé travailler avec les musiciens de l’ONL quand j’étais chef invité. J’ai senti qu’il y avait une chaleur humaine et un enthousiasme, et que je pouvais faire un travail en profondeur avec cet orchestre. Ma candidature est arrivée aussi après les attentats de 2015. Cela a fait une cassure et socialement nous rentrions dans une période difficile. J’ai eu alors ce souhait de vouloir faire quelque chose, à mon échelle, pour guérir ce tissu social. La culture ne peut pas résoudre tous les problèmes, mais elle permet de mieux se connaître, de mieux connaître les autres et d’arriver à vivre en société. Il y a ces valeurs, de vivre ensemble, de culture pour tous dans l’ONL depuis sa création…

 

Quels nouveaux dispositif mettez-vous en place à l’ONL ?
Nous avons créé la forme « Just Play » où on invite le public au cœur d’une répétition de l’orchestre, avec des écrans géants et en étant sonorisés, les participants découvrent tout ce qui se passe. Ils voient l’évolution très rapide d’une pièce quand elle est travaillée par un orchestre professionnel. Comme je suis un homme du 21ème siècle, très connecté, j’ai voulu créer les concerts smartphone, avec une application. Cela amène des nouvelles personnes, très connectées, à venir découvrir l’orchestre et une œuvre du répertoire. En espérant que cela leur donne envie de goûter une œuvre, sans être connectés. Comme dispositifs, nous avons aussi mis en place des afterworks avec des mini concerts au bar de l’orchestre, des événements pour les femmes enceintes, des concerts « Babyssimo » en mini-format pour les enfants de moins de 3 ans. Là, on voit le nouveau siècle rempli de bambins qui savent à peine marcher et pourtant, dès que la musique commence, ont une attention toute particulière.

 

Vous avez aussi créé un orchestre DÉMOS (Dispositif d”Éducation Musicale et Orchestrale à vocation sociale)…
C’est la version française du dispositif « El Sistema » imaginé au Venezuela. l’ONL a été le premier orchestre national français à s’emparer de ce projet qui consiste à composer un orchestre avec des enfants de sept à douze ans issus de centres sociaux de quartiers difficiles. tous ces jeunes de la métropole lilloise travaillent ensemble avec des intervenants et on se réunit tous ensemble, en grand orchestre, toutes les six semaines, avec aussi des stages pendant les vacances pour monter un programme et jouer en d’année. ce sont des jeunes qui souvent n’avaient jamais entendu de musique classique et qui viennent maintenant aux concerts de l’ONL avec leur famille.

 

 

 

Est-ce difficile de faire venir un public jeune à des concerts de musique classique ?
La grande force de l’ONL, et surtout depuis l’arrivée de François Bou, le directeur général, c’est de ne pas cloisonner les publics et de faire des concerts pour les retraités, les enfants, les étudiants ou les handicapés, mais au contraire de mixer les populations et d’avoir un public hétérogène. Cela dynamise énormément le public. Les jeunes ont de l’enthousiasme et mettent une certaine ambiance dans la salle. Le public devient vivant, réagit. Cela évite les concerts trop religieux.

 

Qu’est-ce qui vous procure le plus de plaisir : aller jouer à l’étranger avec l’ONL ou amener l’orchestre partout dans la région Hauts-de-France ?
Je ne suis allé qu’une seule fois à l’étranger avec l’ONL, à Amsterdam. Il y a différents plaisirs. Celui d’un concert qui artistiquement va être au top, avec les qualités acoustiques d’une salle prestigieuse qui va mettre l’orchestre dans les meilleures conditions. Il y a une fierté à amener l’ONL dans des salles de renom. Cela fait toujours très plaisir d’être invité dans de beaux auditoriums. Mais il y a aussi un grand plaisir à aller à la rencontre de personnes en région pour qui la venue de l’ONL près de chez eux est un événement. Là où on va jouer, cela ne veut rien dire, ce qui est important, c’est comment est reçu ce que l’on propose.

 

Quels sont vos rêves de chef d’orchestre ?
Le rêve que je suis en train de construire avec l’ONL, c’est de vivre justement avec l’orchestre, sur plusieurs années, et d’avoir une très grande complicité avec les musiciens, d’acquérir une grande compréhension mutuelle et une spontanéité dans l’exercice du concert. La concentration de chacun est importante, mais rien ne remplace l’expérience du travail avec le même chef. Cela prend du temps.

 

Qu’écoutez-vous comme musique chez vous ?
J’écoute plutôt des choses un peu pêchues, dansantes comme Aretha Franklin, Michael Jackson, du disco, et beaucoup de salsa en ce moment. J’adore aussi le jazz et la musique klezmer. J’aime également des artistes de chanson française, connus comme Jacques Brel, ou moins connus comme Herbert Pagani. Il n’y a pas longtemps, je me suis mis à écouter plus en détail Puccini. Je ne connais pas trop son univers. Sinon, il y a aussi la musique classique, bien sûr. C’est ma passion !

 

sites internet
www.onlille.com
www.alexandrebloch.com

Photographe: Mathieu Farcy / Signatures
Interview: Olivier Pernot