BEAK>

8 février 2019, Aéronef (Lille)

Quel étrange moment que ce concert de Beak> ! Le trio anglais laissa le public de l’Aéronef dans une contradiction de sensations. A la fois de satisfaction et aussi de grande frustration. Dans une belle petite salle, bien remplie, le groupe déroule avec précision ses morceaux dans lesquels on plonge avec délice. Les boucles de synthés, posées sur des rythmiques basse/batterie, fusionnent les grandes heures du krautrock avec des vibrations plus ouatés, plus trip-hop. Chaque morceau s’installe immédiatement, porté par une boucle synthétique, un groove sec et austère, des lignes mélodiques épaisses, des kicks mécaniques. Le concert se joue dans une économie de lumières, avec des spots blancs la plupart du temps : seules des enseignes lumineuses sur les côtés et au fond de la scène apportent un peu de couleur.

Les morceaux interprétés pourraient durer des heures, mais ces pastilles sonores se terminent au bout de 4/5 minutes, comme des chansons. Ce qui crée une certaine frustration. Le voyage dans ces boucles n’est que de trop courte durée. Les paroles de ces morceaux restent souvent anecdotiques : juste quelques mots balancées par le bassiste Billy Fuller ou le batteur Will Young. Planqué derrière ses claviers, Geoff Barrow – l’homme de Portishead – est plus en retrait. Devant, le bassiste, assis, et le batteur, au ras du sol, occupent l’espace et les interludes : ils causent entre les morceaux, font des blagues, jouent les premières mesures d’un titre de Rage Against The Machine, interpelle un spectateur qui filme avec son smartphone (lui proposant de venir le filmer chez lui !).

Le public, massé contre la scène, est séduit, à l’écoute, complice. Le trio indique alors qu’il ne fera pas de sortie de scène avant de revenir jouer un rappel. Il enchaîne donc directement avec les deux morceaux prévus en conclusion et quitte la scène précipitamment. Le show a duré un petit peu plus d’une heure. C’est peu. Trop peu. On aurait aimé que ça continue encore. Cette fin inattendue contraste totalement avec l’intensité développée au fil des morceaux et on se dit qu’avec Beak>, on ne sait jamais sur quel pied danser !

 

beak.bandcamp.com

Olivier Pernot