Black
Strobe

C’est avec Ivan Smagghe, collègue au rayon dance de chez Rough Trade, le temple du vinyle installé rue de Charonne à Paris, qu’Arnaud Rebotini monte en 1997, sur des fondations électroniques et gothiques, le duo Black Strobe. Vendeurs le jour, les deux producteurs allument le soir les pistes de danse sous leurs lumières noires. Tout deux regardent alors, non sans dédain, s’épanouir la vague French touch qui viendra s’écraser au pied de leur électro clash vénéneuse.

Blake Strobe Acte 1

Fin des années 90, à rebours du joyeux mouvement des adeptes de la disco filtrée et compressée, Arnaud Rebotini et Ivan Smagghe clament sous le pseudonyme de Blake Strobe Paris Acid City. Le duo a emprunté à Tony Cook la ligne de basse de On the floor, un classique électro-funk de 84 considéré comme l’ancêtre des disques de house. Nappé d’un voile mélancolique, d’accents cybernétiques et d’un pied lourd sur le dancefloor, le titre tranche des productions ambiantes. Ce premier single séducteur va ouvrir alors la voie aux demandes de remix qui émaneront aussi bien de Rammstein, Depeche Mode que du “Monde m’appartient” de David Guetta. En parallèle le groupe poursuit sa carrière, édite une flopée de maxis, Innerstrings, Italian Fireflies, Me and madonna ou Chemical sweet girl qui marqueront les clubs de leurs douceurs amères avant le divorce.

Blake Strobe Acte 2

Dix ans après le premier manifeste, sur fond de brouille et d’ego, tandis que le premier disque long format Burn your own church est en route, Ivan Smagghe part en solo pour Londres. Arnaud Rebotini seul aux commandes en profite pour prendre le micro, remet une bonne dose de gomina dans les rouages et brûle la chapelle techno sur l’autel du rock. Au milieu de l’album, poussée par les riffs métalliques des guitares, la reprise electro rock d’ I’m a man de Bo Diddley fait effet. Elle figure d’abord au générique du film de gangsters Rock’Nrolla de Guy Ritchie puis Quentin Tarantino invite l’homme sur la bande originale de Django Unchained. Désormais ami avec les esprits du bayou, Arnaud Rebotini trace dans les méandres du Mississipi un rock graisseux. Le bouilleur de cru, d’un mètre quatre vingt seize, arpente dès lors les scènes du monde dans des set animal en front man très mâle fidèlement entouré de trois musiciens. A la suite, Black Strobe creuse le sillon vinylique sudiste et paraissent en 2012 les maxis Boogie in zero gravity et The girl from the bayou. Deux ans plus tard, toujours serrée dans son mini short, on retrouve la fantasmatique fille des marécages ainsi que neuf autres titres au générique du deuxième opus Godforsaken Roads. Enregistré en compagnie de Mathieu Zub aka Museum, guitares, Benjamin Baulieu basse/claviers et Mathys Dubois, batterie, Arnaud Rebotini continue d’égrener ses complaintes d’amour et de déchirure sur un climat de musique rock électro et bluesy. Après I’m a man c’est à la reprise vivifiée par l’excitation électrique de Johnny Cash Folsom Prison Blues que Black Strobe fait sourdre son énergie sombre. Régis Le Ruyet.

Black Strobe & King Automatic, 10 octobre 2014, La Lune des pirates, 17 quai Bélu Saint Amiens. Rens. 03 22 97 88 01.

 Auteur : Régis Le Ruyet