Caroline Sonrier

Opéra, Lille

Seule femme à la tête d’un opéra en France, pendant de nombreuses années, Caroline Sonrier a imposé sa marque durablement sur la maison lyrique de Lille, avec passion et engagement. Arrivée en 2001, elle a réussi à implanter l’Opéra de Lille au cœur de la scène lyrique française et européenne, en privilégiant le travail d’équipe – avec soixante personnes dans sa structure, un rapport étroit avec les artistes et une relation forte avec le public de la métropole lilloise et de la région Hauts-de-France.

 

Pourquoi avez-vous eu envie de ce poste de directrice de l’Opéra de Lille ?
La réouverture d’un opéra, c’est extrêmement rare, et elle était présentée avec l’objectif de redonner une véritable activité lyrique à Lille avec la réalisation de nouvelles productions et avec le désir d’ouvrir cet opéra à un public large et diversifié. Il n’était pas question que cet opéra soit un lieu élitiste, fonctionnant avec des abonnements. Il fallait que ce soit un lieu ouvert à tous. Cela résonnait complètement en moi.

 

En quoi vos expériences précédentes vous ont-elles aidée ?
Après une formation de musicienne, j’ai dirigé le Centre de la voix de la Fondation Royaumont où il y avait un haut niveau de formation de jeunes chanteurs. Cela m’a beaucoup appris sur le travail de la voix. Ensuite, j’ai dirigé pendant sept ans la structure Ile-de-France Opéra et Ballet, qui proposait des opéras en petit format pour les Scènes nationales et les théâtres de la banlieue parisienne. Malheureusement, les salles étaient à moitié pleines. Nous avons alors fait un grand travail de relations publiques et j’ai vu comment on pouvait attirer un nouveau public à l’opéra.

 

La réouverture de l’opéra à l’occasion de Lille 2004, capitale européenne de la culture a été un incroyable succès populaire. Comment avez-vous réussi à maintenir ce lien fort avec la population ?
Cette réflexion sur le lien avec le public, nous l’avons tous les jours et à tous les niveaux de notre maison. Cela passe par la billetterie, avec des tarifs adaptés, pour les jeunes, pour les familles. Nous tenons beaucoup au tarif de 5€ pour voir un opéra. Ces sièges sont les moins bien placés, avec une vision limitée de la scène, mais aucun autre opéra ne propose ces sièges à un tarif aussi bas. Après, nous avons une équipe qui travaille spécifiquement au développement des publics, avec des actions auprès des scolaires, des associations, etc. Et puis la programmation a été adaptée pour toucher au maximum le public, avec chaque saison un grand titre du répertoire lyrique, comme Nabucco ou Carmen qui est jouée dix fois. Cela permet de toucher un public qui ne va peut-être venir qu’une fois dans l’année à l’opéra.

 

Comment construisez-vous une saison ?
L’Opéra de Lille n’a pas d’orchestre permanent alors je travaille avec plusieurs structures : l’Orchestre national de Lille, l’Orchestre de Picardie, Le Concert d’Astrée d’Emmanuelle Haïm et l’Ensemble Ictus. Avec ces formations, tout le répertoire est couvert, du baroque au contemporain. Je choisis plusieurs œuvres et j’en discute avec les chefs d’orchestre, avec les metteurs en scène. Je programme alors quatre opéras par an, ainsi qu’une ou deux petites formes lyriques. A cela s’ajoutent quatre concerts classiques ou contemporains, quatre ou cinq spectacles de danse et les week-ends, baptisés Happy Days.

 

Est-ce important que l’Opéra de Lille soit une maison d’artistes, avec l’accueil en résidence d’ensembles (Le Concert d’Astrée, Ictus) et de chorégraphes (Christian Rizzo, Daniel Linehan) ?
Cela permet de faire un travail plus en profondeur avec le public. Cela crée des liens. Ces artistes associés deviennent des points de repère dans la programmation. Suivre un artiste dans son parcours, au fil de plusieurs propositions, c’est toucher du doigt ce qu’est la création. D’ailleurs, nous avons un nouveau chorégraphe en résidence dès la rentrée, Boris Charmatz.

 

Quel regard portez-vous sur ces dix-huit années à la tête de l’opéra ?
Très sincèrement, je suis arrivée bien au-delà de ce que j’imaginais. J’étais moi-même convaincue du projet, mais l’enthousiasme du public a été extraordinaire et n’a jamais faibli. Une dynamique et des liens forts se sont créés avec les autres structurelles culturelles, l’onl en tête. L’Opéra de Lille a été un vrai cadeau dans mon parcours. J’ai eu des propositions pour aller diriger des maisons prestigieuses, mais je suis parfaitement bien à Lille. Je viens d’ailleurs de renouveler mon contrat jusqu’en juin 2022.

 

site internet
www.opera-lille.fr

illustratrice: Elene Usdin
Interview: Olivier Pernot