Charly Lazer

Charly Lazer
L’hédoniste

Un drôle de personnage, naïf et doux, immédiatement attachant. Flottant dans un pull large, hors d’âge. Une moustache et une barbe naissante, d’adolescent. Des cheveux mi-longs pas coiffés, pas négligés non plus. Des petits yeux noisette, perçants. Parfois, quand Charly Lazer parle, on ne comprend pas tout. Mais on le suit bien volontiers dans ces élucubrations. Ce jeune homme mélancolique est un maillon essentiel de la vie musicale lilloise. Naviguant entre les salles de concerts labellisés et les clubs balisés, il invente une programmation parallèle, fait de désirs et de coup de cœurs. Il programme — 70 concerts depuis une douzaine d’années — des groupes sur la route aux noms étranges (Cats and Cats and Cats, Oh No Ono, Chevalier Avant-Garde) et leur trouve des lieux de fêtes inédits. Il prend aussi le micro en solo dans Rhône-Poulenc, et en groupe dans Bison Bisou, formation underground à la musique décomplexée, entre post-punk et rock expérimental. Charly Lazer est enfin « rédac’chef » de Han Han, sous-titré « magazine de l’émotion érotique et de l’amour universel ».

Ce natif de Roubaix, élève moyen qui n’aimait pas les maths, passe par un bac littéraire, dans un établissement catholique, et un BTS communication. « Mais je détestais la communication » plaide-t-il avec le recul, « J’étais naïf, c’est un milieu de requins. » Lui est plus du genre petit poisson, dont l’électrochoc Bukowski libère l’écriture. Une frustration amoureuse au lycée le pousse à lancer Spaïky, son premier fanzine. « Je me suis lâché, c’était hyper stimulant » Il y affine son goût des mots, publie des nouvelles, écrit sur la sexualité. Toujours au lycée, Charly Lazer monte un premier groupe, Sexual Earthquake in Kobe. Alors que son éducation musicale va de Cannibal Corpse à Kate Bush et de David Bowie à Midnight Oil, l’adolescent éructe dans le micro de ce gang « dance punk », « avec des riffs de synthés proches des riffs de guitares ». Aux machines, Myd et Panteros666, les futurs Club Cheval. Après quelques singles et des scènes ravagées un peu partout en Europe, le groupe se disloque : le collectif Club Cheval partant s’installer à Paris.
Du coup, Charly Lazer lance deux nouvelles formations : Bison Bisou, « avec lequel j’ai envie d’inventer le futur du rock », dit-il en rigolant, avant de se reprendre : « mais je n’ai pas envie de prendre ça trop au sérieux non plus ». Et puis Rhône-Poulenc, projet plus personnel aux chansons bancales et belles. « J’y joue du synthé comme d’un jouet. C’est un exutoire sur lequel je peux m’amuser, créer, m’émouvoir. C’est « hyper » spontané. Coller un texte et un instru, il y a toujours une part de hasard et d’émerveillement. »

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Avec ce même émerveillement, le doux rêveur et adepte de la procrastination, publie Han Han depuis trois ans. Cette revue à la périodicité mouvante, tirée à une centaine d’exemplaires, apporte une réflexion, propose des points de vue sur l’amour, l’érotisme et la sexualité. « Le but de Han Han est d’être positif, de se confronter aux autres, dans la découverte les uns des autres. Comme une alternative au porno pour se projeter dans une sexualité plus épanouie. »

REGINE LP
Bison Bisou, Nuun Records / La Baleine

Site internet
www.bisonbisou.bandcamp.com

Auteur : Olivier Pernot
Photographe : Ludo Leleu