Cyril Debarge
Play It Loudly Records

Batteur habité des groupes WeekEnd Affair, We are Enfant Terrible (WEAT) ou présent sur la prochaine tournée live de Yuksek, Cyril Debarge épaulé par ses comparses de WEAT est aux commandes du label lillois Play It Loudly (PIL). Avec pour artistes signés Gym, Orco, Vilain, Wet Decision, Grifon, Automast… le label revendique une pop en permanente évolution, authentique, électronique, en décalage revendiqué avec les standards du genre. Au gré des sorties d’album, d’eps ou de single, Play It Loudly marque son attachement aux valeurs de label indépendant, guidé par une liberté de ton et la volonté mettre l’accent sur le dynamisme musical lillois.
Entretien avec l’un de ses dignes représentants.

Qui t’accompagne à la manoeuvre du label Play It Loudly ?
Sur le label, nous sommes quatre compères, tous issus du groupe We Are Enfant Terrible : Clotilde Floret, Thomas Fourny, Gauthier Tondeur et moi-même. Nous avons créé le label pour la sortie de notre premier album distribué par le prestigieux label canadien Last Gang. Au départ, nous ne pensions sortir que les productions du groupe, mais très vite, nous avons voulu faire du label un refuge pour nos amis musiciens sans maison de production et motivés par l’envie de partager leur musique. Nous avons beaucoup observé les gens qui travaillaient autour de nous et avec ce que nous avons appris, nous avons décidé de mettre en lumière d’autres artistes.

Quelle tonalité souhaitiez-vous dès le départ développer au sein du label ?
Nous sommes foncièrement des amoureux de la pop, plus particulièrement la pop électronique. Mais dans la vie de tous les jours, on aime les choses belles et bizarres, ça se ressent forcément dans nos sorties. Sur l’échiquier de l’économie musicale, l’indépendance vous invite à défendre des projets très différents de ce qui existe déjà. Chez nous, c’est l’artiste un peu timide qui bricole ses pop songs dans sa chambre qui nous excite.

Comment vous organisez-vous dans la gestion de la structure?
Depuis le début, nous naviguons un peu à l’instinct avec les compétences et les envies de chacun. Je vais peut-être te surprendre, mais j’ai été ingénieur dans l’agroalimentaire pendant cinq ans. Du coup, j’ai une face cachée, celle du « Monsieur Tableau Excel » spécialisé en gestion de projets et comptes rendus de réunions. Clotilde, avec son bon goût et sa carrière de DJ, défend la science du tube et des beaux visuels. Thomas est l’ingénieur du son du crew. Il jette son oreille sur les productions de tout le monde et met la main à la patte quand il le faut. Quant à Gauthier, c’est le chef d’orchestre administrateur de toutes ces belles activités. Tous les six mois, nous ajustons le cap. En ce moment, on se concentre sur le streaming, ses enjeux et les astuces à connaitre pour réussir à avoir une part du gâteau.

En tant que musicien quel est l’intérêt de monter son propre label ? Quels en sont les avantages, mais aussi les inconvénients ?
Le plus gros intérêt d’avoir son propre label réside certainement dans la liberté de choisir la couleur musicale que l’on a envie de défendre. La liberté du planning est très importante dans la démarche d’un label « indé ». Je connais pas mal d’artistes qui se retrouve avec un album fini qui met vingt-quatre mois à sortir parce que ce n’est pas le bon timing pour la maison de disque. C’est très frustrant d’autant qu’aujourd’hui la musique peut être rapidement composée et peut en quelques heures, via les plateformes d’agrégation de musique en ligne, être diffusée. D’un autre côté, la grande contrainte est financière. Pour exister, être visible, il faut un beau budget marketing et nous ne pouvons pas toujours investir comme on le voudrait sur les sorties. Ça nous oblige à inventer nos propres outils de communication. Mais ce n’est pas grave, notre propos n’est pas qu’économique, il est avant tout artistique.

Par le biais de vos compilations, cherchez-vous à radiographier une partie de la scène lilloise ?
Une radiographie sélective de musiques indépendantes dans nos goûts, pour dire vrai. D’autres labels lillois comme Alpage Records, Beat Boutik, Enlace Records défendent merveilleusement bien d’autres formes de musiques indépendantes plus techno, plus électro, expérimentales, un peu différentes de notre couleur. Nous aimerions en sortir deux ou trois par an, pour donner la possibilité à certains musiciens de sortir des titres plus rapidement…

site internet
playitloudlyrecords.com

Photographe : Mathieu Farcy / Signatures
Interview: Pascal Sanson