Delia
Gonzalez

PÉPITE AVANT-GARDE DU LABEL DFA RECORDS, nous avions quitté l’Américaine Delia Gonzalez en compagnie de Gavin Russom sur l’hypnagogique album
« Days of mars ». En solo et toujours en quête de nouveaux ponts à ériger entre musique et art contemporain, l’artiste revient avec l’album « In remembrance ». Une suite néo-classique de quatre mouvements au piano, hantés, entre autres, par Satie et Philip Glass. La magie est de retour…


Débarquée de Miami au milieu des années 90 pour la ferveur new-yorkaise, Delia Gonzalez a vite fait ses gammes sur la scène arty-underground de Big Apple. Multipliant les collaborations et présente sur les fronts de la danse-guerilla, de la performance et des arts visuels, l’Américaine se forge un remarqué statut d’artiste crossover. Sa rencontre avec le prince des claviers analogiques Gavin Russom s’avère fusionnelle et salutaire. Le duo Delia Gonzalez & Gavin Russom, qu’ils forment dès 2003, incarne rapidement l’esprit avant-garde souhaité par l’un des labels les plus convoités des années 2000, DFA Records. Du premier opus « El monte » au dernier en date « Track 5 », en sept ans, le duo développe un style à la
marge et une doctrine musicale à la frontière entre art contemporain et musique. Une doctrine dont la pièce maîtresse demeure la sortie en 2005 de « Days of Mars », album dans la filiation des compositeurs minimalistes Terry Riley, John Cage des années 60/70.
En quarante-deux minutes et quatre pièces « Rise », « Moon », Black spring », « Relevée », le duo déploie son indéniable maîtrise des mécanismes sonores d’enchantement et d’introspection. Une musique minimaliste, répétitive, qui à l’écoute incite l’auditeur à développer son propre récit. Porté par les synthés analogiques, « Days of Mars » le plonge dans un état situé entre la transe et l’hypnagogie. Reconnu pour la qualité et force de son propos, l’album place Delia Gonzalez & Gavin Russom sur la scène internationale. Deux Eps suivront, dont l’un « Relevee » aura les honneurs d’un remix de Carl Craig, empereur de la techno de Détroit. Quelques performances plus tard, les deux artistes mettent en stand-by leur projet commun et Delia Gonzalez part s’aérer dans le milieu de l’art contemporain berlinois. De cette immersion en territoire allemand naît « In remembrance », installation sonore et visuelle qu’elle présente à la Galerie Fonti de Naples en 2010. Inspirée par le guide spirituel russe George Gurdjieff et le romancier Henry Miller, « In remembrance » est constituée de quatre courts films 16mm, portraits de ballerines dansant face à des miroirs sur quatre pièces sonores néo-classique jouées au piano. Regroupées aujourd’hui sur un même album, ces compositions s’inscrivent pour les intentions dans la continuité de « Days of Mars », tout en s’émancipant de son identité synthétique. On pense à Satie, à Philip Glass, à Mike Oldfield, à l’écoute des mouvements I, II, III, IV de l’album. Déshabillée de toutes sonorités analogiques, la musique de l’artiste américaine se fait plus organique, plus méditative, jusque dans la relecture qu’en offre le producteur techno Bryce Hackford au travers de ses quatre remixes. Avec « In remembrance », Delia Gonzalez nous exhorte une nouvelle fois à traverser le miroir.

« IN REMEMBRANCE » LP,
Delia Gonzalez, DFA records / Pias

www.dfarecords.com

Auteur : Pascal Sanson
Photographe : Delia Gonzalez