Dot Pierson, Vénus Erotica

Ci-dessus :  @Sophie Jarry

Explorer les territoires de l’intime et de la sensualité, poursuivre le combat pour le droit des femmes, décrypter le rapport homme – femme tel est l’ADN artistique de Dot Pierson. Du cinéma à la musique, de la littérature au journalisme, l’artiste occupe nombre médiums pour porter sa vision d’un monde plus juste à l’heure où tant de batailles restent à mener. Le monde de l’image reste son exercice de prédilection, des teasers engagés aux clips musicaux, des séries à son court métrage Ana, un monde où elle a su peaufiner au gré des années sa signature, sa patte entre sensibilité, féminisme et plaisir de la chair. Entretien.

A quel moment as-tu décidé d’embrasser une carrière artistique tournée vers le monde de l’image ?
J’ai fait des études de cinéma pendant cinq ans puis j’ai réalisé quelques détours pour y revenir de plus belle. L’image a toujours fait partie de moi, comme l’écriture et la musique. Les trois sont essentielles à mon épanouissement personnel et à ma vie professionnelle. Chacune se nourrit de l’un et nourrit l’autre.

Quelles rencontres furent déterminantes dans la concrétisation de ton choix ?
Mon retour à l’image a été en premier lieu une rencontre avec le sol, brutale et inattendue. Pour la faire courte, j’aidais un ami à ouvrir son bar, je me trouvais derrière le comptoir, quelqu’un a ouvert une trappe alors que je me trouvais dos à elle. Ce qui devait arriver arriva et je me suis retrouvée au fond du trou. A pas mal de niveaux d’ailleurs : totalement alitée, je ne pouvais pas faire grand-chose. Alors j’ai écrit des films, les Pink Noise Party m’ont proposée de réaliser leur clip et quelques semaines plus tard, je portais une caméra. Pendant mes études, des professeurs incroyables comme José Moure m’ont donnée l’impulsion. La musique a évidemment joué un rôle essentiel car je réalisais la plupart de nos clips. Et puis, je citerais des comédiens qui m’ont fait confiance comme Ornella Boulé, Guillaume Pottier et Mady et Monette Malrou pour mon premier film. Mais aussi Olivia Zam, Lola Dewaere, Stan Briche, Mathieu Metral, Matthias Van Khache, Claire Pataut, Eliza Calmat ou encore David Cheneau. Je pense aussi à la scénariste et réalisatrice Sarah Lou Lemaitre qui m’a apprise beaucoup de choses, tout comme Victor Pavy. Le chef opérateur Yves Kohen, ma première assistante réal Liz Vogel et mon meilleur ami (qui est aussi un réalisateur de grand talent) Guillaume Foresti. Les groupes qui m’ont fait confiance comme A Call At Nausicaa, Blackbird Hill ou Verlatour. Des sociétés de productions comme Flairs Production, les Films du Kiosque, Mara films ou Real Factory. Les techniciens du cinéma qui m’aident sur chaque projet et mon mari qui n’a de cesse de m’encourager et de me permettre de continuer à explorer cet art. Et la littérature, le vidéo-club en bas de chez moi, Netflix et Gina Rowlands… Je vais m’arrêter là car j’ai l’impression de faire des remerciements pour les Oscars.

Tu endosses plusieurs casquettes monteuse, cadreuse, scénariste, réalisatrice, bien que les fonctions soient liées les unes aux autres, dans laquelle t’épanouis-tu pleinement ?
Je serais incapable de m’arrêter sur un choix. J’ai besoin de toutes ces fonctions pour me réaliser. Tout comme je ne peux pas abandonner l’écriture et la musique. Tout cela fait partie de moi, intrinsèquement.

Ton champ d’action ne se résume pas au monde du cinéma mais inclut également la musique. Je pense au projet « Anita Drake », au collectif « Chair faible », peux-tu m’en dire plus ?
J’ai eu plusieurs groupes dont deux en particulier : Control et Anita Drake qui ont duré six ans. Nous avons vécu une expérience incroyable qui nous a menés à jouer à l’Olympia. Ces projets sont terminés depuis deux ans et je viens tout juste de remonter un groupe avec un ami. Pour l’instant, nous n’en sommes qu’à la première étape, celle de faire des chansons. Nous verrons ce qu’il en adviendra. Une chose est certaine : je ne peux pas m’en passer. En ce qui concerne Chair Faible, c’est un collectif féministe qui propose une unification féminine forte et moderne. Il est composé de femmes issues d’univers et de milieux différents qui ont en commun des valeurs intellectuelles et créatives ainsi qu’un désir d’égalité sociale. Celui-ci est moins actif car nous sommes dans la refonte du projet mais la lutte pour les droits des femmes et le féminisme ont la part belle dans mon travail. Je viens d’ailleurs d’écrire un documentaire avec Margot Balloffet sur le sujet.

Dans les clips que tu as signé pour Verlatour et A Call At Nausicaa, tu abordes de front le corps, les rapports homme/femme et une sexualité libérée. Faut-il y voir le fil conducteur de tes productions personnelles ?
Tout à fait ! Mon travail a pour thématiques essentielles  la sexualité, les femmes et leurs droits ainsi que les rapports homme/femme. Je me suis toujours intéressée à ces sujets et j’essaye de donner mon point de vue dessus. Ainsi, j’écris pour Playboy, je réalise les teasers de l’émission de Claire Pataut Remue la confiture qui traite de la sexualité et j’y ai fait une chronique. Je viens donc de finir un documentaire sur le féminisme en co-écriture et je sors à la rentrée de septembre 2017 un roman érotique. Lorsque l’on me demande de travailler de A à Z sur un projet de clip, par exemple, il est vrai que cela fait partie de ma patte. Mes productions sont souvent assez engagées.

A quand remonte ton engagement pour la reconnaissance des droits des femmes et des libertés individuelles ?
Je dois cela à ma grand-mère, immigrée polonaise, qui s’est battue pour le droit à l’avortement et la pilule, qui m’a toujours parlée de l’importance de la lutte pour ses droits et qui a été la première à me montrer ce qu’était une femme forte et indépendante. Le second moment fort a été lorsque j’ai écrit le clip de mon ancien projet musical Anita Drake pour la chanson Crawling on the Ground qui traitait du harcèlement de rue. C’était un soir, après une énième plainte d’une de mes amies qui venait de se faire agresser. J’ai eu envie d’en parler et avec Laurent Clement, nous l’avons mise en images. Ce clip a été un tournant : il a été repris un peu partout dans le monde et je me suis retrouvée à être porte-parole d’une lutte.


Images issues du teaser Remue la confiture #1,
Radio Marais

Comment définirais-tu le style, la touche, la signature de Dot Pierson réalisatrice ?
Je cherche une certaine esthétique qui est devenue, au fur et à mesure, ma patte : j’aime filmer au plus près des gens et des corps. Je vais chercher l’intimité dans le regard et les gestes. J’ai besoin que les personnages vibrent littéralement. Je demande beaucoup à mes comédiens et j’aime aller les fouiller au fond de leurs âmes. Je suis amatrice de rencontres aussi. Pour le rôle d’ « Anna » dans mon film éponyme, j’ai rencontré l’actrice Ornella Boulé sur le pas de ma porte. Elle venait pour autre chose et je n’arrivais pas à trouver la comédienne idéale. Lorsque je lui ai ouvert, ce fut comme un flash. C’était brutal et animal. J’aime mes comédiens comme mes amours et ils me le rendent bien.

Avec tes rubriques Méthode Dot dans le magazine Playboy France ou dans Remue la confiture sur Radio Marais, c’est une facette plus journalistique de toi que l’on découvre. Que t’apportent ces exercices journalistiques ? Quels sujets y développes-tu ?
J’ai beaucoup écrit pour des magazines, des webzines et pour la radio. J’aime beaucoup l’exercice car il me demande d’être moins dans l’emphase (que je pratique plus lorsque j’écris des romans ou pour des revues littéraires). Cela me permet de progresser, d’apprendre. A présent, je choisis mes contributions en fonction de mes intérêts artistiques. Là encore, on retrouve mes sujets de prédilections. Ce qui m’aide à grandir dans mes autres productions, de créer du lien et du sens.

Ton premier court métrage Anna, réalisé en 2015, a reçu plusieurs prix internationaux. Quel fut l’impact de cette reconnaissance de tes pairs ?
Tout à coup, je suis devenue réalisatrice avec des prix. Quelqu’un que l’on peut prendre au sérieux. Au-delà de tout ça, cela m’a juste donnée envie de refaire des films !

Suite à cette expérience, es-tu dans la préparation d’un long-métrage ?
J’ai un long métrage en court depuis déjà deux ans. Je pense que j’en ai encore pour quelques années d’écriture. Je ne veux pas me lancer maintenant car j’ai encore beaucoup de choses à apprendre et le format court me plaît aussi beaucoup pour cela. Je suis un diesel : chaque chose en son temps. Pour l’instant, je vais bientôt tourner mon nouveau court métrage que j’ai coécrit avec Calvin Dionnet.

Quelles sont les nouvelles de la série que tu as réalisé Becoming Zoey ?
Après un an de boulot, elle sort dans un mois et toute l’équipe a hâte ! Ce fut un travail de longue haleine : quatre ans de boulot avec des écritures et formats différents, un vrai engagement de la part des contributeurs divers et variés. Je suis très heureuse de pouvoir bientôt le montrer.

Sur quels projets travailles-tu en ce moment ?
J’ai un documentaire sur la musique que j’ai coécrit avec Guillaume Fédou et un autre avec Margot Balloffet qui sont en production. Je sors un roman érotique en octobre et mon prochain court métrage se tourne cet été. ! Bref, plein de belles choses à venir !

Interview : Pascal Sanson