Eléonore Klar

I Heart magazine, Paris

En tout juste trente numéros, Eléonore Klar, directrice de publication et rédactrice en  chef du magazine trimestriel I Heart, aura su insuffler, à la presse dite de voyage, un esprit lifestyle et une vision émancipée des nombreux clichés liés au tourisme. La réussite d’I Heart réside tant dans son caractère itinérant que dans le judicieux équilibre entre hédonisme, mode, culture et carnet de routes. Au gré des destinations, de l’Australie au Maghreb, de l’Amérique à l’Asie, le magazine s’avère être l’indispensable guide pour qui s’intéresse aux nouvelles formes de tourisme et souhaite  découvrir sous un nouveau jour le génie humain et la richesse des lieux qu’il visite.

 

Quels chemins as-tu emprunté avant de lancer I Heart magazine ?
Des chemins sinueux ! J’ai entamé des études de communication à la Fac avant de me passionner pour la sociologie, mes recherches portaient alors principalement sur la musique pop. Arrivée en doctorat, je n’ai pas pu poursuivre et je suis entrée un peu par hasard sur le « marché du travail » en accompagnant un ami qui montait une marque de vêtements à Shanghai, où j’ai vécu en 2005. Une fois rentrée à Paris je me suis mise à piger un peu pour quelques magazines culturels, et j’ai fait un stage dans une rédaction musicale qui s’est transformé en CDI. De fil en aiguille, je suis devenue rédactrice en chef d’un autre magazine de cet  éditeur, un titre de mode et musique. Quand il m’a semblé connaître les rudiments du métier, j’ai eu envie de monter mon propre magazine.

 

Quand a commencé à germer l’idée de créer une maison d’édition et une revue ?
Je n’ai jamais rêvé de devenir éditrice, mais j’ai toujours su que je voulais monter une entreprise. J’ai eu plein d’idées avant celle d’un magazine itinérant, mais c’est la première qui m’ait donné envie de me lancer. D’abord parce que je travaillais beaucoup trop pour un « bébé » qui n’était pas le mien, ensuite parce que je devais faire des compromis éditoriaux qui me frustraient. Mais surtout parce que je me suis dit « ça n’existe pas, et c’est exactement ce que je voudrais lire ». Et concrètement, je travaillais déjà dans ce milieu. Je savais comment m’y prendre, distribuer, imprimer, et il n’a pas été difficile de monter une équipe et de trouver mes partenaires.  J’avais quelques milliers d’euros de côté, j’ai fait le grand saut en espérant qu’il pourrait y avoir un deuxième numéro.

 

Quelle est la définition la plus adéquate d’I Heart magazine ?
C’est la baseline : Magazine culturel itinérant.  On emprunte au guide touristique, au magazine de mode, de musique d’art ou de lifestyle, et même au journal intime, sans être strictement l’un ou l’autre.

 

Qu’as-tu souhaité insuffler dans le magazine que tu ne retrouvais pas ailleurs ?
Quand j’ai commencé à réfléchir au concept du magazine, je me suis aperçue que le voyage était très mal traité dans les média. Les lecteurs avaient le choix entre une approche de backpackers « Fred et Patoche chez l’habitant »  ou des resucées de communiqués de presse par des « journalistes » se faisant inviter dans des spas, en mode luxe, calme et volupté.  Quelle tristesse. Il y a quand même une fenêtre, voire une baie vitrée, entre ces deux visions super éculées du voyage. J’ai voulu aller à la rencontre des villes comme si je m’y installais, ce qui nécessite d’en comprendre le fonctionnement,  et d’y trouver mes habitudes, mes amis et mes loisirs.

 

Arrivée au trentième numéro, quel bilan fais-tu ?
Je n’en reviens pas qu’on en soit au 30ème numéro et qu’on ait survécu sept ans dans cette économie. On le doit à notre équipe, nos lecteurs, et à la fidélité de nos partenaires et annonceurs.  Maintenir non seulement la régularité mais la qualité du magazine demande beaucoup de travail et d’énergie, on est parfois découragés.  Mais ce n’est rien face à l’expérience assez dingue que nous vivons, et à nos souvenirs, pour la plupart imprimés.

 

Comment vois-tu le magazine évoluer ?
A long terme et dans un monde idéal, je voudrais qu’on devienne mensuel et qu’on ouvre un lieu où l’on pourrait partager physiquement nos découvertes, et mettre en avant les artistes dont nous sommes parfois les seuls à parler. Mais pour l’instant on se concentre sur une toute nouvelle formule du magazine pour le numéro 31, qui sera en kiosques mi décembre.

Site internet
www.iheart-magazine.com

Photographe: Chloé Gassian
Interview: Pascal Sanson