Élodie Bernard

Regard / b, Orléans

Engagée dans la promotion des artistes issus de l’Art contemporain, Elodie Bernard, jongle entre plusieurs fonctions… A la fois Bloggeuse, rédactrice pour la presse, critique d’art et commissaire d’expositions, elle s’active avec ferveur à rendre visible les artistes émergents, et œuvre pour l’accessibilité de ce monde que l’on considère trop souvent et à tort destiné à un cercle restreint ou aux élites. Formée à la faculté des Arts d’Amiens, c’est en Estonie et avec l’organisation d’une première exposition qu’elle décide d’embrasser une carrière tournée vers l’Art. Aujourd’hui, à la direction des plusieurs projets, le blog Regard/ b, les expositions en appartement Living Cube et de multiples collaborations en cours, elle nous livre les clés de sa réussite, son regard et ses attentes sur le monde de l’Art.

 

Te souviens-tu de ta première émotion face à une œuvre d’art ? A-t-elle été déterminante dans ton choix d’embrasser une carrière liée à l’Art ?
Celle dont je me souviens comme si c’était hier, c’est ma première rencontre avec une expansion de César. C’était lors d’un voyage scolaire au Centre Pompidou. Elle était là, posée au sol, étendue, comme mouvante. D’un blanc parfait. Je l’ai longuement observée. J’étais fascinée par sa forme, une forme fluide, fruit du hasard de la matière. Complètement à l’opposé de ce que je pouvais imaginer être de la sculpture à cette époque. Je ne sais pas si cette œuvre a été déterminante dans mon choix de carrière, en revanche elle a eu un impact certain. Elle m’a ouvert au champ des possibles.

 

Quels chemins as-tu empruntés pour devenir commissaire d’expositions et critique d’art ?
J’ai obtenu un master en Arts plastiques à la faculté des Arts d’Amiens. Puis, je suis partie en ERASMUS. J’ai commencé le commissariat lorsque j’étais aux Beaux Arts en Estonie à Tartu. Durant les cours de pratiques, plus intenses qu’à l’université, je me suis rendu compte que créer, c’était pas du tout pour moi (rires). Pour un rendu en « pratique de la vidéo », j’ai proposé une exposition avec les travaux de tous les autres étudiants étrangers. Je ne voulais pas faire ça dans la galerie de l’école, mais dans l‘ancien cinéma de Tartu. Le projet a rencontré un grand succès. J’ai adoré fédérer du public autour des travaux, écrire un texte, penser l’organisation… C’est cette expérience qui m’a fait prendre conscience que je voulais être commissaire d’exposition. De retour en France, j’ai commencé par créer une association pour proposer des expositions. Et depuis, je n’ai pas arrêté…

 

Les réseaux sociaux ont-ils joué un rôle important dans le développement de ta carrière ?
Oui, clairement. C’est un très bon outil pour diffuser un travail, montrer que l’on est actif et curieux. Surtout lorsque tu es en région. Et puis ça me permet rapidement de partager des images de ce que je découvre et souhaite promouvoir auprès d’un grand nombre de personnes issues d’horizons différents.

 

En 2015, tu fondes le site Regard | b, quels en étaient les grandes lignes et les objectifs ? Quel public ciblais-tu ?
Je voulais surtout partager mon amour pour l’Art. Le plaisir que j’avais de voir les œuvres en vrai, de réfléchir autour d’une œuvre, d’une exposition. L’Art, c’est fait pour partager un point de vue, discuter, débattre. Regard | b, c’est aussi l’envie de montrer à travers un regard différent, plus léger, mais sans ôter la qualité de ce qui est présenté, que l’art est accessible. L’objectif était, et est toujours, de donner envie aux lecteurs d’aller découvrir une exposition et ça fonctionne.

 

Penses-tu, comme beaucoup, qu’Instagram est devenu la plus grande galerie du monde ? De quelle manière appréhendes-tu ce média ?
Non, pas du tout, le plus grand catalogue du monde oui ! Il faut voir les œuvres en vrai ! Aucune plateforme, aucun réseau social ne pourront remplacer les galeries, les espaces d’arts, les musées, les foires. Mais j’avoue, j’adore Instagram, on peut se tenir au courant de ce qui se passe dans la création contemporaine à l’autre bout du monde, échanger avec tel ou tel artiste en un clic. N’est-ce pas le rêve?

 

Tu soutiens activement certains artistes émergents par le biais d’expositions, d’articles… Souhaiterais-tu représenter des artistes? Selon quels critères ?
Pour le moment, je ne représente pas personnellement les artistes, mais j’y pense réellement. J’ai eu la chance de pouvoir en soutenir via la galerie Bruxelloise La peau de l’ours, pour laquelle j’ai travaillé un an en tant de directrice artistique. Pour choisir un artiste, je n’ai pas de critères précis, je préfère laisser la place aux rencontres, à ma sensibilité et à la force de ce qui se dégage des œuvres que j’ai devant les yeux. Ainsi, le choix de travailler avec tel ou tel artiste se fait naturellement.

 

En 2017, tu inaugures à Orléans un cycle d’expositions en appartement : Living Cube. Le premier bilan de ce concept te satisfait-il ? Envisages-tu de l’exporter ?
Un bilan ultra positif ! Si bien que pour cette seconde édition, j’ai dû ajouter des dates d’ouverture. Les collectionneurs répondent présents, il y aussi beaucoup de premier achat qui sont fait à Living Cube, et ça c’est une réussite. C’est un plaisir immense d’accompagner ces premières acquisitions. Les médias en ont parlé, ce qui est très positif pour les artistes, car l’objectif est avant tout de donner une visibilité au travail d’artistes émergents, dans un autre cadre que celui des galeries, musées ou centres d’art. Je travaille à la troisième édition, toujours à Orléans, je ne pense pas pour le moment exporter le concept.

 

2018 fut ton année Bruxelloise, ville dans laquelle tu as multiplié les expositions. Bruxelles est-elle devenue essentielle au monde de l’Art ?
Essentielle je ne sais pas, mais ville d’expériences et d’expérimentations indéniablement !

 

A quoi ressemblera l’année 2019 d’Elodie Bernard ?
Une année riche. Il s’est déjà passé de belles choses depuis le début d’année. En ce moment, je planche sur un projet nouveau pour moi, sur une invitation du collectif d’artistes Sacre Bleu. Un festival pluridisciplinaire qui aura lieu les 12, 13 et 14 avril à Orléans, alliant concert, évènements d’art urbain et exposition d’art contemporain dont j’assure le commissariat. J’y présenterai notamment des œuvres de Kévin Cadinot. #staytuned

 

site internet
www.regardb.com

illustratrice: Elene Usdin
Interview: Pascal Sanson