Emmanuelle Axer

Maisons de mode, Lille-Roubaix

Visage féminin de l’emblématique multimarque Lillois « Série Noire », Emmanuelle Axer promène son œil expert sur l’univers de la mode depuis 25 ans. Autodidacte, l’acheteuse femme qui n’aime rien tant que les créateurs qui cassent les codes, fonctionne avec le cœur sans occulter la raison. Un alliage qui fait du 14 rue Lepelletier un repère pointu et éclectique où pièces de créateurs côtoient accessoires, livres, vinyles, mais aussi œuvres d’art. Toujours en duo avec Olivier Axer, elle a pris la direction en mai 2017 de Maisons de Mode, incubateur de jeunes créateurs qui se décline entre Lille et Roubaix. Un nouveau défi pour cette fille du Nord. Rencontre.

 

Vous êtes aujourd’hui reconnue comme l’acheteuse femme du multimarque « Série Noire ». D’où vous vient cette sensibilité pour la mode et comment s’est construit votre œil d’experte? Lorsque j’ai rencontré mon mari, Olivier Axer qui a créé « Série Noire » en 1982, il était fasciné par le vêtement de travail et avait pris une orientation plutôt worker. Nous avons décidé d’ouvrir la femme en 1993. J’avais déjà une inclinaison pour les créateurs et nous avons commencé avec Paule Ka, Jean-Paul Gaultier, Michel Klein. C’était un esprit très différent auquel Olivier a adhéré. J’ai toujours été sensible à la mode. Je crois que ma mère y est pour beaucoup, je revois d’ailleurs une photo de moi à quatre ans avec un petit manteau en vinyle rouge bordé de fausse fourrure. J’aime les créateurs, leur capacité à innover tout le temps. Je suis touchée par les coupes qui portent les matières, un revers de col de veste en baby camel cousu main, un beau touché, un beau tourné… Mon œil d’acheteuse, je l’ai construit petit à petit. L’envie évolue au fil des ans, nous sommes tous en métamorphose. J’aime être devant un vêtement en me disant que j’adorerais voir une femme le porter. Il y a des acheteurs qui choisissent avec le cœur et d’autre avec les chiffres. Moi je dirais qu’il est important de faire les deux. Réduire la mode au business n’a pas de sens. Un bon acheteur doit avoir de la culture.

 

Quel créateur vous marque particulièrement par son propos, son œil ou son
expression artistique ?
Je ne peux pas en citer qu’un seul ! Il y a des créateurs comme Phoebe Philo, Muccia Prada, Ann Demeulemeester, Alexander McQueen ou Heidi Slimane, à sa façon, qui sont des êtres un peu exceptionnels. Le fil rouge c’est qu’à chaque fois il s’agit de gens qui bousculent les codes.

 

En quoi la mode est-elle importante ? que représente le vêtement pour vous ? est-ce que Notre rapport à celui-ci a-t-il évolué depuis les dernières vingt-cinq années ?
Le vêtement est social. On se met en scène, on met notre être dans le paraitre, on affirme quelque chose lorsque l’on s’habille. L’allure d’une personne est significative. C’est terriblement puissant les codes vestimentaires ! Avec « Série Noire », il y a une forme d’éducation et de transmission des valeurs de la marque et du créateur. Il est très important d’être à l’écoute d’un client, mais aussi de ressentir sa façon de bouger, de s’adresser à vous. C’est ce qui fait notre identité. Aujourd’hui, on laisse moins de place à la découverte du talent, aux jeunes créateurs. C’est encore plus difficile à transmettre même si les millennials sont très curieux et ont soif de savoir. Notre rôle c’est aussi de proposer autre chose, de faire pencher pour ce qui n’est pas la sécurité, de créer une ouverture.

 

Depuis un an, sous l’impulsion de Philippe Zmirou vous avez pris la direction avec Olivier Axer de Maisons de Mode, un incubateur pour jeunes créateurs. Comment abordez-vous ce nouveau rôle ?
J’ai été très surprise. J’ai beaucoup réfléchi parce que c’est un nouveau challenge. Je peux apporter mon savoir-faire sur les circuits de distribution, établir un plan cohérent de collection… mais l’objectif est aussi de changer d’orientation, de faire entrer des partenaires privés, de trouver une certaine rentabilité. Nous avons décidé de nous ouvrir au lifestyle, aux sneakers ou aux bijoux. Il n’y a plus que des « textiliens » au sein de Maisons de Mode. Il faut aussi apporter un certain principe de réalité. C’est fondamental. Je suis très touchée par les jeunes créateurs, ce sont des gens qui font preuve d’une très grande ténacité, mais ils ne peuvent pas se laisser aller comme ils le voudraient. Tout le monde ne s’appelle pas Saint-Laurent et tout le monde n’a pas son Pierre Bergé.

 

site internet
www.maisonsdemode.com

Photographe: Maisons de Mode
Interview: Diane La Phung