Fabien
Gaffez

Aux commandes, depuis 2012, du Festival International du Film d’Amiens, Fabien Gaffez n’est pas homme à se présenter sous les feux des projecteurs. Et pourtant, le directeur artistique du FIFAM* compte parmi les têtes pensantes du cinéma. Responsable du comité courts-métrages de la Semaine de la Critique au festival de Cannes, collaborateur de la revue Positif, essayiste écrivain, ses activités lui ont forgé un solide flair pour présenter au public amiénois les tendances du cinéma et les talents de demain. Alors qu’il peaufine la 34ème édition, ce passionné de Guitry et d’Eastwood nous parle sans fard du cinéma, du métier et du devenir du festival.

Quand as-tu pris conscience de l’importance qu’allait prendre le cinéma dans ta vie ?

Le cinéma a toujours eu de l’importance. Au moins depuis que j’ai découvert en salle Le Bon La Brute et le Truand, à l’âge de sept ans. Les films entrent petit à petit dans votre vie, ils la nourrissent, l’inspirent, la soutiennent. Le cinéma est à la fois un refuge et une issue de secours. Il ne s’agit pas de fuir le réel, mais de l’améliorer, de le contrarier, de lui donner des idées. La cinéphilie devient comme un art de vivre. On collectionne les films, on veut en parler, écrire dessus, bref, faire durer le plaisir et le transmettre. Ce qui m’a tout de suite plu, c’est la part d’enfance du cinéma, sa capacité d’ouvrir un regard émerveillé sur le monde. En revanche, je n’ai jamais eu l’ambition de travailler dans le cinéma. Cela ne m’a jamais traversé l’esprit. Je me suis tourné vers de longues études de philosophie. Pour moi, la cinéphilie, ça n’est pas un métier. Mais il y avait cette obsession de la transmission et je m’aperçois que toutes mes activités liées au cinéma avaient ça en commun : l’écriture, l’enseignement, les festivals. La difficulté, quand une passion se mue en métier, c’est de garder intacte cette passion primitive.

Quels sont les avantages et les contraintes d’être aux commandes de l’un des plus importants festivals de cinéma de France ?

La première des contraintes : tout faire pour garder sa capacité d’émerveillement devant les films. Il s’agit d’un métier, avec toutes les complications et les angoisses qu’exigent tous les métiers. Mon premier contact avec le monde de la culture m’avait désenchanté : je croyais n’y trouver que de grands passionnés. J’ai vite déchanté. Et puis, j’ai appris le métier. Si être cinéphile est une condition nécessaire, cela ne suffit pas à s’improviser programmateur. Il faut avoir une grande connaissance de l’histoire du cinéma, mais aussi avoir du flair pour capter les nouvelles tendances du cinéma mondial. Il faut avoir une mémoire vivante, tournée vers l’avenir. C’est d’ailleurs ce qui fait à mon avis la force du FIFAM. Les contraintes sont financières, structurelles, conjoncturelles. Il y a la concurrence parfois terrible entre festivals, une industrie en crise, la présence de marchands d’art peu scrupuleux, etc. Il y a le passage au numérique qui nous met en grande difficulté, puisque le Grand Théâtre de la Maison de la Culture, notre navire amiral, n’est pas équipé. Il faut préparer, pendant plus d’un an, un événement qui ne dure que dix jours. Les nerfs sont mis à rude épreuve. On joue sa peau à chaque match. Et on y laisse des plumes. Il faut de la force de caractère, de l’énergie, et un peu d’inconscience.

Quelle va être l’évolution du festival dans les années à venir ?

Le festival est aux portes d’une nouvelle ère, il peut grandir encore, confirmer sa réputation, affirmer son identité originale. Le FIFAM a l’étoffe pour devenir l’un des festivals internationaux les plus importants. Avec Hélène Rigolle [Secrétaire générale du FIFAM] et la nouvelle équipe en place, nous avons construit un projet sur cinq ans, qui porte déjà ses fruits. Le FIFAM va évoluer en termes professionnels, avec une plus large implication industrielle : la distribution en salle, l’édition de DVD et de livres, le cinéma 2.0, de nouveaux partenariats (Cinémathèque française, Villa Médicis à Rome). Nous voulons continuer de défendre les métiers du cinéma, développer la formation des jeunes, la transmission des savoirs, des savoir-faire. Notre implantation dans la ville et sa région va ainsi encore s’approfondir. Avec une orientation que nous voudrions pluridisciplinaire et tout au long de l’année. Bref, le FIFAM est au seuil de cette transformation, les idées, l’énergie, le cadre, sont là. Il nous suffit d’un coup de pouce pour faire encore monter Amiens de gamme.

* Festival International du Film d’Amiens

34ème Festival International du Film d’Amiens, du 14 au 22 novembre 2014.

www.filmfestamiens.org

Photographe : Ludovic Leleu