Gabriel Folli

Gabriel
Folli

Memories

Singulière collision entre le passé, le présent et un fragile futur, l’œuvre de Gabriel Folli émerge de nos traces, de nos empreintes et des mille et un souvenirs que nous disséminons ici et là. Photographies familiales, documents de réception, tickets de caisse, films en super 8, tous soumis à une relecture nostalgique et altérés par de multiples traitements, constituent la colonne vertébrale de ce long travail de l’artiste sur la mémoire et l’archive. Qu’elles soient vidéographiques, dessinées ou peintes, qu’ils s’agissent des expérimentations vidéos de la série 1981-2013 ou des récentes peintures Missing children, les œuvres de Gabriel Folli redonnent vie à ce qui n’est plus, réécrivent l’histoire de nos vies minuscules et tentent de conjurer l’oubli. Entretien.

Quel a été ton premier contact avec l’Art ?
Ça remonte au lycée, avec les visites de musées, notamment au Centre Pompidou. J’étais plus axé sur la bande dessinée à cette époque, ce n’est qu’après mon bac, en faculté d’arts plastiques que j’ai réellement pratiqué et commencé à peindre.

Ton orientation première était donc plutôt tournée vers le dessin…
En fait, j’ai toujours aimé dessiner. Au collège, je dessinais beaucoup de bandes dessinées, de mangas… Je n’étais pas très attiré par la peinture, ce n’est venu qu’après. En faculté, j’ai commencé par peindre des choses assez académiques, nature morte, portrait. En travaillant sur la thématique de l’archive et de la mémoire, je me suis vraiment tourné alors vers la peinture, la vidéo, le dessin contemporain pour abandonner définitivement l’univers de la bande dessinée.

Maddie


Maddie, série missing children
fusain et pierre noire sur papier aquarelle, 56 x 76 cm, 2015

En quoi t’est-il nécessaire d’explorer simultanément la peinture, la vidéo, le dessin ?
Le dessin, la peinture, l’art vidéo m’intéressent en tant que tels mais également pour les différents traitements qu’ils permettent.

Quel(s) autre(s) média(s) aimerais-tu aborder ?
Sans aucun doute l’installation. Il y a trois, quatre ans, j’ai commencé à stocker pas mal de documents, de photographies, de papiers divers. Je dirais que cela me semble assez logique comme nouvelle direction. J’ai quelques projets qui mûrissent…

Quand s’est imposé le thème de la mémoire et de l’archive dans ton travail ?
Dès ma troisième année de fac en 2012, dans un atelier de Ghislaine Vappereau avec un premier travail textuel et documentaire autour de factures et tickets de réception. Et à la suite d’un atelier vidéo d’Emma Dusong, j’ai approfondi mes recherches et filmé mon grand-père quatre années, dans son quotidien, jusqu’à sa mort. Pour fixer ses souvenirs et ses contre-souvenirs. Je me suis intéressé aussi à l’archive, en m’appuyant sur les nombreux documents, photographies que ma famille a conservés.

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Cyril (8 ans),
huile et acrylique sur toile, 50 x 60 cm,
2016

Bien que sous-jacentes, tu questionnes aussi les thématiques de la disparition, de l’oubli, de l’insécurité…
C’est un travail en partie centré sur un environnement qui est naturellement voué à disparaître.

Faut-il voir dans la confrontation d’éléments du passé, du présent et futur, la colonne vertébrale de ton projet ?
C’est un travail de réappropriation d’images globalement à partir de la photographie. Je m’en sers dans mon travail mais je ne me revendique pas photographe, je reprends des vieilles photos familiales ou d’anonymes, chinées ou récupérées sur le net. C’est une tentative de réécriture du passé dans le présent. J’aime cette idée de réécrire une histoire, de donner une seconde vie à des documents. Cela à peut-être aussi rapport avec mon caractère nostalgique…

Le portrait occupe une place privilégiée dans ta production. Pourquoi ?
J’envisage le portrait de différentes manières. Au début dans mon travail sur les photographies de ma famille, j’avais pour objectif l’effacement de leur identité, notamment avec ma série assez radicale Altérations. Plus récemment, avec la série des Missing Children, portraits avec un traitement brouillé noir et blanc, j’aborde plus l’atemporalité du portrait.

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Christophe et Nicolas -1981, 

acrylique-sur-toile, 89 x 116 cm,
2016

Tu travailles beaucoup sur l’altération de l’image, quelles techniques utilises-tu ?
En peinture, dernièrement je me suis intéressé à une technique assez aléatoire utilisée par Gerhard Richter avec des raclettes, des règles. En dessin, j’utilise principalement le fusain, et avec une gomme, de l’eau de javel, je contrôle aisément ce que j’estompe. Je réfléchis également à la dégradation dans le temps…

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Ice-Floe-fusain,
pastel blanc et pierre noire sur papier aquarelle, 56 x 76 cm,
2015

Comment expliques-tu l’omniprésence du noir et du blanc ?
Le noir et le blanc m’attirent notamment pour les forts contrastes, pour la référence au passé, à certains univers cinématographiques aussi. Je sais que j’arriverai à la couleur, c’est une question de sensibilité, de temps, je l’expérimente encore.

En peu de temps, tu as déjà réalisé un certain nombre de séries. Tu es assez productif…
Je travaille assez rapidement. Je suis assez organisé, j’essaie d’avancer sur plusieurs projets à la fois, sur la peinture, le montage vidéo ou le dessin.

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New-Frontier,
fusain et graphite sur papier, 75 x 110cm,
2015

Où peut-on, prochainement, découvrir tes nouveaux travaux ?
Mon exposition « Nouveaux dessins » sera visible à la Artitude galerie & Espace Alloué de Bruxelles, du 16 juin au 30 juillet 2016.

EXPOSITION « Nouveaux dessins »,
Du 16 juin au 30 juillet 2016,

Artitude galerie & Espace Alloué
Rue de la Longue Haie 23, Bruxelles

www.gabrielfolli.wix.com

Interview: Pascal Sanson
Photographe : Mathieu Farcy