HOLLYSIZ

Corps et âme

La comédienne Cécile Cassel s’est transformée il y a quatre ans en HollySiz, une chanteuse blonde platine, conquérante, qui brasse plein de musiques (rock, électro, pop, hip-hop). Après la déferlante de son premier album My Name Is, porté par le single « Come Back To Me », et une tournée qui a duré deux ans, HollySiz est de retour en ce début d’année avec un nouveau long-format, Rather Than Talking, tout aussi vitaminé, sur lequel elle a invité Luke Jenner (The Rapture), Adrien Gallo (BB Brunes), Owlle ou The Skins.

Ton premier album, My Name Is, est sorti en 2013. T’attendais-tu à un tel accueil ?
Je ne m’attendais à rien. Je ne m’étais pas projeté dans quelque chose. Quand on sort son premier album, on ne peut pas avoir confiance. On est dans la spontanéité et on fait les choses avant tout pour soi, pas pour un public, puisqu’il n’existe pas. Donc le succès de cet album a été un tourbillon ! Au départ, tout cela n’est que virtuel. Ce sont des chiffres de ventes, des vues sur YouTube et puis, quand la tournée démarre, les salles se remplissent. La première date de la tournée, c’était à Caen. Je me posais la question : « Qui sont ces personnes qui vont venir ce soir ? » Je continue à être surprise et très touchée par l’accueil de l’album et de la tournée.

 

Cet album a été disque d’or. Cela signifie quelque chose pour toi ?
Je suis allé dans des studios d’enregistrement où il y avait des disques d’or de Queen ou de Adele. Je regardais ces objets et cela avait du sens. Pourtant c’est quelque chose de très abstrait pour moi un disque d’or. Surtout que je ne l’ai pas encore reçu… et qu’on va me le remettre aujourd’hui même ! (l’interview a été réalisée le 18 décembre 2017, NDLR). Donc depuis ce matin, j’y pense évidemment et cela devient de plus en plus concret. Ce disque d’or, cela me touche beaucoup. Alors que je n’ai pas mon bac et que je n’ai pas de diplôme ! J’ai juste mes trois étoiles en ski et cinq galops en équitation. Mais j’ai un disque d’or ! (rires)

Quel a été le moment le plus fort de ces quatre années ?
Le plus incroyable je crois, c’est quand j’ai entendu « Come Back To Me » la première fois à la radio. C’était juste le jour à j’étais en chemin pour aller tourner le clip. Une assistante était vu me chercher en voiture. Il était 5h30 du matin. Nous étions Porte de La Chapelle. Le temps était improbable, complètement brumeux. Et là, « Come Back To me ». Je me suis mise à hurler de joie, à taper sur le toit de la voiture. L’assistante, que je ne connaissais pas, a du me prendre pou une folle ! Il y a eu d’autres moments forts. Comme quand des amis qui étaient en discothèque à Bali m’ont envoyé une vidéo avec des personnes qui dansaient sur ce même morceau. C’est le pouvoir universel de la musique. C’est complètement dingue.

 

Tu as fait une centaine de concerts dans la continuité de ce premier album. Quels sont souvenirs les plus marquants de cette tournée ?
Le concert de La Cigale était particulier. J’ai grandi dans le 18e arrondissement à Paris et je suis souvent allé à La Cigale pour voir des concerts. Notamment certaines de mes idoles comme Gossip ou Justin Timberlake. Donc, là, cette Cigale était complète pour moi avec dans la salle, ma famille, mes amis et tout ce public. C’était très émouvant. Le festival Solidays a été aussi un moment fort. Quand nous avons fait le soundcheck, juste avant de monter sur scène, il y avait dix personnes devant la scène. Et puis quinze minutes après, il y avait des milliers de personnes. C’était incroyable. J’ai fini en larmes à ce concert. Je vais en citer un troisième, à Mulhouse. J’avais une belle fièvre, 39 degrés. J’étais à l’article de la mort (rires). Au bout d’un morceau, j’ai parlé au public avec beaucoup de sincérité. Je lui ai expliqué la situation et ce public, très bienveillant, m’a porté pendant tout le concert. Il y avait une atmosphère incroyable, fiévreuse.

 

Cette tournée t’a amené aussi à l’étranger…
En Angleterre, en Italie et aussi au Brésil. Pour le tout dernier concert de la tournée, nous avons joué dans une favela à Rio de Janeiro, pour le festival Planeta Ginga. Les Brésiliens sont très chauvins en musique : ils écoutent principalement de la musique brésilienne. Nous ne parlions pas leur langue et nous faisions du rock. Et pourtant la réaction des enfants de la favela a été immédiate, très spontanée et ce concert a été complètement magique.

 

Comment as-tu imaginé ce deuxième album, Rather Than Talking ?
Je voulais retrouver l’énergie qu’il y avait au moment de faire mon premier album. Cette fraîcheur. Cette spontanéité. Surtout, je ne voulais pas réfléchir à ce qui pourrait plaire ou pas. Je voulais garder cette envie de m’exprimer sans contrainte. Pour faire cet album, j’ai beaucoup voyagé. J’avais envie de me frotter à d’autres cultures. Et je me suis souvenu des albums forts que j’écoutais quand j’avais 15/16 ans. J’ai eu envie d’écrire l’album que j’aurais aimé écouter à cet âge-là.

 

Cela signifie quoi Rather Than Talking ?
Littéralement « plutôt que parler ». Ce qui sous-entend « agissons » ! C’est la première chanson que j’ai écrite pour l’album et je n’avais pas prévu dans faire le titre de l’album. Mais ce disque parle beaucoup d’agir… même si on se casse la gueule. Les morceaux sont aussi sur du temps qui passe, sur le fait qu’il faut profiter de chaque instant de la vie.

 

Quelques sont les artistes, musiciens mais pas uniquement qui t’ont nourri durant ces dernières années ?
Récemment, j’ai beaucoup aimé des artistes comme Anderson Paak et Kendrick Lamar. Egalement Florence & The Machine. Je suis très touchée par son univers. Son dernier album est un bijou. J’aime aussi profondément Orelsan. Et puis, il y a des artistes ou des groupes que je ne laisse jamais loin de moi comme Sergio Mendes, Stevie Wonder, Radiohead ou Portishead. L’année dernière, je suis aussi revenu en arrière sur des artistes dont je ne connaissais que la partie immergée de l’iceberg. En particulier David Bowie et Otis Redding. Comme j’ai passé le permis il y a quelques mois, conduire me permet aussi d’écouter beaucoup de musique et je me nourris toujours de rock, de trip-hop et de hip-hop. Mes grands frères (Vincent Cassel et Mathias Cassel, alias Rockin’ Squat du groupe Assassin, NDLR) écoutaient tout le temps du hip-hop. J’ai cette culture en moi.

 

Dans le texte accompagnant ton album, il est écrit que l’« album a été composé dans un moment volontairement chaotique ». Qu’est que cela veut dire ?
Pour ce nouvel album, j’avais besoin de m’extirper de ma zone de confort. Quand tu sors de tournée, et pour moi, elle a duré deux ans, tu es un peu perdue. Tu n’as plus de vie sociale, car pendant tout ce temps tu as veux peu de personnes, peu d’amis. Entre deux bouts de tournée, quand tu rentres chez toi, tu es épuisée. Pourtant, plutôt que d’enregistrer l’album à Paris, dans le confort que je connais, j’ai eu envie de me frotter à d’autres cultures, à d’autres manières de faire. Le mot « chaotique » dans le texte est peut-être fort. On dira plutôt « désordre » !

 

Deux villes ont été importantes dans la construction de l’album : New York et La Havane. De quelles manières ces villes ont-elles influencés le disque ?
New York fait partie de ma culture musicale et cinématographique depuis ma plus tendre enfance. Un jour, à 15 ans, j’y suis allé avec mes parents et je suis rentré dans l’écran de cinéma. Cela m’a bouleversé. J’ai pleuré pendant trois jours et je n’ai jamais quitté cette ville trop longtemps. A la fin de la tournée, j’avais envie d’y retourner, d’y passer du temps. Finalement, j’y suis resté un an. New York est construite sur un sous-sol en granit : il y a une forte énergie qui se dégage du sol. Cette ville m’influence d’en tout : je suis allé voir des installations, des expositions d’art contemporain. Et puis, j’y ai pris beaucoup de cours de danse. J’avais envie de me réapproprier mon corps. Et puis, c’est une ville de musique aussi. Une vie cosmopolite toujours impressionnante. La Havane, c’était la première fois. J’avais une fascination pour Cuba grâce à la musique et au film de Wim Wenders, Buena Vista Social Club. J’y ai fait deux voyages, dont un toute seule, durant lequel j’étais hébergée chez la tante d’un percussionniste que je connais. J’étais dans un quartier populaire, au cœur de La Havane, et je suis tombée amoureuse de cette ville et de ce pays.

Le Pays Basque a été aussi important dans la réalisation du disque.
J’y habite à moitié. Le Pays Basque fait partie de ma vie. C’est un endroit où la nature est très présente et je m’y ressource. Pour l’album, j’avais vingt-cinq morceaux, plus ou moins finis. Et j’ai eu besoin de sortir du béton des villes, d’être moins polluée et d’y voir clair pour terminer l’album. J’ai embarqué Yodelice et Xavier Caux au Pays Basque. Tous les matins, on partait faire du surf tous les trois. On se vidait le cerveau, face à l’océan, face à la nature. L’après-midi, on travaillait et on finissait les morceaux.

 

Même si tu as cherché à « sortir de ta zone de confort » pour cet album, il y a aussi quelque chose de rassurant pour toi à retravailler avec Maxime Nucci, alias Yodelice, et Xavier Caux.
Travailler avec tous les deux, c’est devenu une évidence. Ce ne l’était pas au départ. J’ai fait beaucoup de maquettes, avec plusieurs producteurs pour cet album. Et les meilleurs maquettes étaient celles réalisées avec Yodelice et celles avec Xavier Caux, car ils avaient travaillé séparément avec moi. Tous les trois, nous sommes un vieux « trouple » (rires). On se connait énormément.

 

Il y a plusieurs invités sur ton album. Peux-tu nous dire un mot sur chacun ?
La rencontre avec Luke Jenner, le chanteur de The Rapture, a été fondamentale. Je suis une grande fan de The Rapture et nous nous connaissons depuis un moment déjà. Cette amitié s’est transformée en collaboration, sur le morceau « I Will ». Avec lui, j’ai découvert l’écriture automatique, cette manière spontanée d’écrire, guidé par l’inconscient. Luke m’a influencé dans ma manière d’écrire. Il m’a poussé pour que mes textes soient les plus personnels possibles. Owlle chante la voix sur la boucle de « White Mistress ». Notre parcours se fait en parallèle. Nos premiers albums sont sortis en même temps et nous nous sommes beaucoup croisées sur des festivals. On s’est épaulé pendant la conception de nos seconds albums respectifs. Elle a fait un très beau disque. J’ai invité aussi Adrien Gallo. Il m’avait déjà invité sur un album de BB Brunes et il était venu faire un titre bonus de la réédition de mon premier album. Adrien est l’une des plus jolies plumes en France et nous avons toujours du plaisir à faire de la musique ensemble. Ces derniers mois, nous avons réalisés trois morceaux, et un seul, « Boy », est sur l’album. Enfin, il y a également The Skins. Sur le titre « All About Now ». C’est un jeune groupe de hip-hop new-yorkais. Les mecs ont entre 17 ans et 23 ans. Ils appartiennent à cette jeune génération complètement décomplexée. Ils on tune énergie incroyable et ils foncent.

 

Tu danses souvent dans tes clips. De quelle manière la danse fait-elle partie de ta vie ?
Elle est partout, tous le temps. Je danse continuellement chez moi. Et je danse partout. Quand je me baladais dans new York avec Luke Jenner, je faisais des petits pas de danse en attendant de traverser à un feu. Il me disait que ce n’était pas normal (rires). En fait, je m’exprime beaucoup par le corps, par le mouvement. Et je suis très tactile aussi. J’ai besoin de toucher les gens qui me sont proches.

 

Que t’a apporté la chorégraphe Marion Motin (1) pour le clip du morceau « Fox », que tu as d’ailleurs réalisé ?
Elle a réussi à mettre des images sur mes mots, à transformer mes idées en mouvements, en chorégraphies. Dans ce clip, je voulais qu’on ressente toute l’énergie qui veut sortir du corps. Quelque chose d’un peu tribal. Comme un combat. Je suis très admirative de son travail.

 

Tu as une image de femme forte, conquérante, battante. Elle se situe où la fragilité de Cécile Cassel ?
Je suis quelqu’un de très sensible. Pour cacher ma timidité ou mes complexes, je parle fort. Il faut trouver de la force en soi pour affronter la dureté du monde. Ce qui me sauve de tout, c’est que je suis très déterminée, très volontaire !

 

RATHER THAN TALKING Lp,
HollySiz, Parlophone / Warner Music

site internet
www.hollysiz.com

Photographe: Dimitri Coste
Interview: Olivier Pernot