Hubert Lenoir

Extravagabond

À vingt-quatre ans, Hubert Lenoir est un nouveau visage dans le paysage de la chanson francophone. Audacieux, insolent, flamboyant, provocant, il rayonne sur scène avec son look androgyne et ses histoires d’aujourd’hui, désœuvrées et touchantes. Il vient du Québec, mais sa musique en dépasse largement les frontières comme son premier long-format, le concept-album Darlène, dépasse les cadres établis et navigue entre pop, jazz, psychédélisme, glam rock. Un opus d’une grande sincérité qui séduit un auditoire de plus en plus large au regard de la succession de concerts joués à guichet fermé. De ses débuts dans la rue aux grands festivals de cet été, il se livre avec gentillesse et lucidité, malgré le jet lag et la fatigue.

À quoi rêviez-vous quand vous avez commencé à chanter dans la rue ?
Je ne rêvais pas à autre chose que de payer mon loyer. Chanter dans la rue est une expérience difficile. Je pourrais même dire que c’est la pire scène au monde : tu es complètement au bas de l’échelle sociale et l’opinion des passants est plutôt négative à ton encontre. Mais j’avais ce désir de chanter devant un public et de faire quelque chose d’intéressant artistiquement. À l’époque, je faisais des reprises blues, avec une énergie punk. C’était les prémices de ce que je fais actuellement.

Votre premier groupe, The Seasons, a eu du succès. Pourtant, vous avez décidé de vous lancer en solo. Aviez-vous besoin de plus de liberté OU DE CRÉATIVITÉ ?
Complètement. Avec ce groupe, au départ, j’avais juste envie de jouer de la musique avec mes amis. Après, ça a pris des proportions qui nous ont dépassés. Et rapidement, ce n’était pas ce que je voulais faire artistiquement.

Darlène, votre premier album, est un album concept, qui accompagne le roman du même nom de Noémie Leclerc. Comment avez-vous travaillé ensemble ?
Nous étions tous les deux chez nos parents, avec cette envie d’écrire quelque chose. Elle un roman, et moi, je voulais faire un album, quelque chose de conceptuel et de grandiose. Nous nous sommes rendu compte que dans nos écrits, nous parlions des mêmes choses. Alors, nous avons écrit en même temps. Au fur et à mesure, Noémie me faisait lire des chapitres, et moi je lui faisais écouter des ébauches de chansons. Cela nous motivait. Nous nous sommes ensuite orientés vers un projet en deux parties, un roman et un album. Comme Prince l’avait fait pour Purple Rain, en réalisant un film et un disque.

Vos influences musicales sont très larges. Quels sont les artistes qui vous accompagnent toujours, de votre enfance à maintenant ?
J’ai eu plusieurs phases. Quand j’étais enfant, j’écoutais ce qui passait à la radio ou je regardais MTV. Je pouvais être fan de groupes comme Limp Bizkit… J’ai découvert plus tard et j’ai été beaucoup influencé par les Beatles, la pop seventies, le soft rock de Steely Dan ou Fleetwood Mac. Prince, bien sûr, ça reste une grande référence. Comme David Bowie, Kanye West, Paul McCartney ou Brian Eno. Ma génération a grandi avec Internet : j’ai eu accès à plein de musiques, peu importe la décennie ou la popularité des artistes. J’ai comme ça pu découvrir également beaucoup de groupes obscurs sur Bandcamp.

De qui êtes-vous admiratif dans la MUSIQUE pop d’aujourd’hui ?
Dans la pop au sens large. Disons, plutôt dans le hip-hop, j’aime beaucoup Rihanna, Kendrick Lamar, Tyler The Creator, Kanye West, Frank Ocean. Ils font partie de mes influences, même si cela ne s’entend pas vraiment dans ma musique. Même si j’ai des influences plus anciennes, seventies, je me considère comme un musicien moderne.

Vous avez travaillé avec l’artiste Gabriel Lapointe. Qu’apporte-t-il à votre univers ?
Je travaille avec Gabriel depuis longtemps. Il a fait des dessins et co-réalisé deux clips pour moi. C’est un grand artiste. Je suis admiratif de son travail et il est inspirant pour moi. Noémie, lui et moi, nous nous comprenons parfaitement : nous aimons et nous détestons les mêmes choses.

On vous dit extravagant. Par quoi se matérialise cette extravagance ?
Je ne sais pas ce que ça veut dire extravagant. L’extravagance dépend de tes normes. Ce que je fais, pour moi, c’est juste… normal !

Que pensez-vous de votre reconnaissance actuelle, avec des prix au Québec et des salles complètes en France ?
J’essaie de ne pas trop y penser. Mais quand j’y pense, je trouve que c’est cool que ce projet avec Noémie, cet album, parle à plein de monde.

Est-ce important pour un artiste québécois comme vous de trouver un écho outre-Atlantique, en France particulièrement ?
Oui, c’est important, car je n’ai pas envie de contextualiser ma musique dans un espace qui serait restreint au Québec. Le Québec, c’est juste un territoire. Parmi tant d’autres. Je suis un musicien, un artiste. Je ne suis pas juste un Québécois ou un chanteur francophone.

Êtes-vous impatient de monter sur les scènes de grands festivals FRANÇAIS ET européens comme Les Eurockéennes, Les Vielles
Charrues ou Dour ?
Définitivement ! J’ai hâte de tenter l’expérience. Même si j’ai déjà fait des grands festivals au Québec et au Canada et que j’ai déjà joué au Japon ou aux États-Unis. Donc finalement, cela ne change pas grand-chose.

Comment va s’écrire votre futur ?
Mon futur ? Je l’espère ensoleillé, teinté de belles musiques et d’art… avec plein de plaisir en chemin !


site internet
www.darlenedarling.com

Interview: Olivier Pernot