Neo Pop Japan

Fantasista Utamaro

Il n’est pas un artiste tout à fait comme les autres. À l’instar d’un Keith Haring, Fantasista Utamaro revendique une créativité sans limites, excluant un art cantonné aux supports traditionnels, dépendant uniquement des galeries ou du circuit de quelques collectionneurs. Sa doctrine d’un art sans frontières, accessible, urbain et populaire, lui permet d’explorer de multiples champs ; du textile au design, de l’animation à l’illustration, de la peinture à la décoration intérieure. Explosif, fougueux, survitaminé, son style, clairement identifiable, est en connexion directe avec la culture pop japonaise, et mâtiné d’art traditionnel. Un mix de styles parfait, basé sur la répétition à l’infini de motifs, compatible avec tous les médias. De son adolescence à ses inspirations, de sa vision de la pratique artistique à sa collaboration avec Pharrel Williams, Fantasista Utamaro lève le voile.

 

Où as-tu grandi au Japon ?
J’ai grandi dans la banlieue de Tokyo, dans de multiples endroits. Durant ma jeunesse, j’ai souvent dû déménager, ce fut un déchirement à chaque fois. Mais étrangement, cela a aussi beaucoup influencé ma créativité.

 

Durant ton adolescence, Quels étaient tes centres d’intérêts ?
Je regardais beaucoup de dessins animés, je lisais des mangas. Cela m’a inspiré et certainement été déterminant dans mon choix de carrière. Durant cette période, j’ai aussi pris conscience de l’impact de la création japonaise de par le monde.

 

Quel a été ton cursus ?
J’ai étudié le design textile à l’université d’Art de Tama. Ensuite, j’ai travaillé dans un studio de graphisme et une agence de communication. Et pour finir, je me suis installé à mon compte durant dix années et créé mon entreprise Kotobukisun Inc.

 

De quelle manière s’est forgé ton style en tant qu’artiste visuel, designer ?
La pop culture japonaise est au cœur de mes influences, notamment l’animation, les bandes dessinées, sans pour autant écarter l’art traditionnel. J’essaie de capter l’essence de certains courants artistiques pour ensuite les réinterpréter, réinventer, apporter ma touche.

 

Alors que ton travail est très lié à l’univers des mangas et de l’animation, puises-tu parfois certaines de tes inspirations dans la tradition japonaise ?
Effectivement, mes travaux les plus récents font référence avec l’art traditionnel japonais. Je cherche le plus souvent à combiner art traditionnel et pop culture.

 

On te classe dans le mouvement artistique Pop japonaise. Qu’en penses-tu ?
Je pense que j’aimerai être genre… une sorte d’ambassadeur pour la culture pop japonaise. Cette dernière est indissociable de mon art. Et j’aime l’idée de pouvoir la partager avec le monde entier, de la promouvoir.

 

Quelle serait selon toi la meilleure définition de ton style ?
Urbain, accessible et populaire.

 

Tu évolues à la fois dans le design graphique, dans l’animation, dans le design textile, dans la direction artistique. N’aspires-tu pas à moyen terme à ne privilégier qu’une pratique, je pense à la peinture notamment ?
Ma doctrine est que la créativité et l’art doivent être sans limites. L’une des caractéristiques de mon travail réside dans la production de « motifs de carrelages », la répétition des motifs renvoie à la notion d’infini et peut être décliné à l’infini. Mon travail sur les motifs s’applique tant au textile, au design, au dessin animé, à la décoration, à la mode qu’à l’art. Je ne veux pas m’enfermer dans un seul champ de compétences. Par exemple, l’art en tant que tel m’ennuie en partie parce que dans cet univers, les collectionneurs ne pensent qu’à la valeur de l’œuvre et à sa signature sans autre considération. J’aimerai que mon travail soit reconnu pour sa dimension populaire et accessible et non pas qu’au seul titre d’art.

 

Que peux-tu me dire de ton expérience dans le monde de la presse, particulièrement sur l’édition de ton magazine What’s a Fantasista Utamaro ! ?
J’ai voulu avec ce magazine, faire la radiographie et soutenir un large panel de styles et d’artistes japonais. Ce fut l’occasion pour moi d’en interviewer plusieurs sur leur processus de création et d’ailleurs cela m’a considérablement inspiré.

 

En 2014, tu réalises avec Takashi Murakami et Mr., le clip It Girl de Pharrels Williams aux références mangas, pixel art et jeux vidéo. Quels enseignements retiens-tu aujourd’hui de cette réalisation vidéo à portée internationale ?
Ce projet de vidéo a été une riche expérience pour mon équipe et moi. J’ai réalisé cette vidéo avec l’artiste Mr. et une équipe d’une centaine de personnes. Takashi était producteur sur ce projet. Travailler avec Pharrels Williams était formidable, comme il est très sensible à la pop culture japonaise, j’ai pu exploiter de multiples facettes de ce style pour réaliser ce travail vidéographique.
Et effectivement, cela m’a apporté une visibilité encore plus grande.

 

Tu es représenté en Europe par Tokyoïte et Sato creative. Comment vous êtes-vous rencontré avec Julien Sato, fondateur de ces agences ?
Julien et moi, nous nous sommes rencontrés à Tokyo, il y a une dizaine d’années. Et étrange coïncidence nous sommes nés le même jour. Au Japon, nous avons travaillé sur plusieurs projets en commun et organisé pas mal de soirées. Il réside aujourd’hui à Paris, et moi à Brooklyn, mais nous demeurons très connectés. Et nous restons fidèles à notre « mission », celle de faire la promotion de la scène artistique japonaise, de mieux la faire connaître.

 

Pattern, @Utamaro Fantasista
 

 

Comment expliques-tu le succès des artistes japonais en Occident ?
Actuellement, je m’interroge sur la notion de succès pour les artistes, pas que les Japonais mais de manière générale. Il y a différentes formes de succès pour les artistes. Il y a ceux qui ont pour objectif de vendre à tout prix leur art et ceux qui désirent avant tout développer leur créativité. Avant d’emménager à New York, je pensais que vendre mes œuvres était une fin en soi, que cela participerait à la réussite de ma vie. Mais le constat récent que j’ai fait de la scène artistique new-yorkaise m’a déprimé. Je pense que l’argent nuit vraiment à la créativité. Dans le système actuel, l’artiste est plus préoccupé par ses ventes que par la création. Je pense que les artistes devraient plutôt trouver un équilibre entre leurs ventes et leur créativité.

 

Quel artiste japonais t’inspire ?
Pour moi, la personne actuellement la plus créative est Hayao Miyazaki du studio Ghibli. Un très grand réalisateur d’animation.

 

Comment vois-tu évoluer la pop culture
japonaise ?
En quelques années, l’animation japonaise a connu un essor considérable, il suffit de regarder le nombre de propositions disponibles sur Netflix pour s’en rendre compte. D’ailleurs, c’est un excellent moyen pour découvrir la scène artistique pop nippone. Les principales évolutions viendront de là, et les artistes japonais ne vont pas tarder à le comprendre.

 

Tu vis aujourd’hui aux États-Unis, comment gères-tu cette nouvelle vie ?Pour être franc, je n’aime pas New York. Je trouve que d’une manière générale les gens sont trop égoïstes, trop centrés sur eux-mêmes. Et certains ne se gênent pas pour s’accaparer la créativité des autres… Cette ville est très compétitive et la vie y est chère. L’argent et l’opportunisme dominent tout. Il serait facile pour moi de quitter New York, mais j’aimerai avant de partir y réaliser quelque chose d’important artistiquement.

 

Sur quels grands projets travailles-tu actuellement ?
Je viens de lancer une marque de mode appelée R4G avec une entreprise japonaise, tout en continuant de collaborer avec d’autres marques sur des séries capsules. Ce mois-ci à Brooklyn, je prépare le lancement d’une soirée dédiée à la culture pop japonaise qui s’appelle Modeo Club. D’autres projets sont en cours, notamment un à Paris avec Julien Sato. Et après New York, j’envisage sérieusement à m’installer sur Paris.

 

Respect for Utamaro Fantasista, @Utamaro Fantasista
 

 

site internet
www.fantasistautamaro.com
instagram.com/fantasistautamaro

Photographe: Hayato Takahashi
Interview: Pascal Sanson

Courtesy Tokyoïte
  www.tokyoiite.com
Courtesy Sato
  www.satocreative.com
  instagram.com/sato_creative