Juliette Charlot

Maison de l’architecture des Hauts-de-France, Amiens

Rodée aux responsabilités dans le milieu culturel, Juliette Charlot – Denoueveglise officie désormais en tant que directrice de la Maison d’architecture de Picardie. Avec ses deux cents mètre carrés idéalement situés à Amiens, la maison dispose d’un espace conséquent et de caractère pour mener à bien ses missions de valorisation du patrimoine architectural régional, qu’il soit moderne ou contemporain. Soucieuse de sortir de la confidentialité et de transmettre son engagement, la Maison de l’architecture met en place, tout au long de l’année, une programmation originale alliant culture et architecture. Retour sur un pari réussi et une maison en perpétuelle évolution.

Par quoi as-tu été le plus agréablement surprise lorsque tu as débuté dans le monde de l’architecture ?
Comme beaucoup de personne, j’avais quelques préjugés sur la profession d’architecte… j’ai découvert un métier exigeant et passionnant au carrefour de divers univers et en adéquation avec de nombreuses corporations professionnelles – qui est à juste titre reconnu « d’intérêt public » car également au service des personnes démunies : j’aime donner en exemple les actions considérables dirigées par la Fondation des « Architectes de l’urgence » – une association née à Amiens et qui a siégé à ses débuts dans nos locaux – qui œuvre aujourd’hui dans le monde entier pour des reconstructions intelligentes d’habitats dévastés lors de catastrophes naturelles.

Avant d’intégrer la Maison de l’architecture, tu as travaillé plusieurs années dans le milieu culturel. Quelles étaient tes fonctions ? Quels liens établis-tu entre ces deux domaines ?

Normande d’origine, je suis arrivée à Amiens il y a 15 ans afin de poursuivre des études en art : je peux avec fierté déclarer que j’ai dû occuper quasi toutes les fonctions et dans presque tous les équipements culturels amiénois. C’est cette expérience spécifique, liée à ce réseau culturel, qui m’a permise de décrocher ce poste de directrice de la Maison de l’architecture de Picardie… Mais il est toujours possible de trouver des liens… L’architecture ou le paysage contemporain sont également par extension de l’urbanisme et de l’environnement : le cadre de vie peut être abordé d’un point de vue artistique, social, esthétique, politique, économique – mais il y a un volet technique monumental et entrepreneurial fort dans la profession d’architecte que je ne connaissais pas du secteur artistique. Les architectes répondent à des concours et sont soumis à énormément de contraintes ou de normes imposées par des textes qui réduisent le champ des possibles. Les enjeux financiers sont énormes pour le territoire et la qualité des logements réalisés impacte directement la vie des gens.

Quand a été décidée la création de la Maison de l’architecture ?
Il existe en France 33 Maisons de l’architecture, soit au minimum « une » par petite région (dont les DOM-TOM)… elles ont toutes des formes de fonctionnement et des programmations différentes. La nôtre existe depuis 2001, avec l’inauguration de ses locaux de 200m2, sous sheds vitrés, idéalement situés en centre ville juste à côté de la Maison de la Culture d’Amiens.

Comment et autour de qui la structure s’organise t-elle ?
Association loi 1901, c’est une structure qui fonctionne autour d’un salarié et grâce à l’énergie bienveillante du conseil d’administration composée d’architectes de la région et d’acteurs de la vie civile. Le président actuel est Jean-Louis Maniaque. Les adhérents y sont fidèles : ce sont grâce à eux que je constate que les gens sont amoureux des spécificités de leur ville et soucieux de son développement.

Quelles en sont les missions premières ? En quoi ont-elles évoluées depuis le début ?
La mission principale de notre association reste celle de valoriser et de sensibiliser le grand public à la qualité architecturale du territoire, au patrimoine moderne et contemporain… Toutefois, la manière d’exposer l’architecture en nos murs a évolué. Avant, comme lors des biennales d’architecture, nous présentions les plus remarquables et innovants projets d’architectures. Désormais, nous parlons d’actualité en présentant les résultats de concours du territoire.
L’une des priorités donnée à votre action se tourne surtout vers la pédagogie, le débat, la confrontation des idées autour de l’architecture…
En effet, pour promouvoir l’architecture contemporaine, nous mettons en œuvre un programme culturel dynamique : 4/5 expositions dans l’année, 6/7 conférences, des visites de chantier ou des voyages… Nous accueillons quelques colloques et mettons en œuvre des ateliers pour le jeune public. En Novembre prochain, un enseignant en sculpture vient encadrer un atelier d’initiation aux « structures en spaghettis ». Je vous assure, qu’à ce niveau là, le résultat est bluffant et très esthétique. Malheureusement dans notre grande région, nous n’avons qu’une seule école d’architecture basée à Lille (NB : ENSAP Lille) : c’est pourquoi nous sommes heureux de présenter prochainement aux visiteurs les travaux de fin d’année de deux écoles d’architecture – entre le 4 juillet et jusqu’au 30 septembre – afin de susciter quelques vocations !

Dans le bel espace que vous occupez actuellement, vous avez mis en place une programmation de nature plus culturelle. La culture te semble t-elle nécessaire pour capter un plus large public vers l’architecture ?
Oui. C’est dans notre intérêt d’ouvrir notre établissement à d’autres publics par ce biais, d’autant que nous sommes de plus en plus sollicités pour participer à des projets extérieurs, mais nous réclamons que ces propositions restent liées à la thématique architecturale, même s’il s’agit de danse ou de musique. De nos jours, les publics fluctuent et les pratiques artistiques sont perméables, mais nous ne braderons jamais sur la qualité de ces nouvelles propositions : nous ferions fuir notre public de base qui plébiscite avant tout de parler d’architecture, seul sujet que nous maitrisons et avec exigence !

Pensez-vous amplifier ce recours aux ateliers, aux expositions, au spectacle vivant dans les années à venir ? Avec quelles autres structures êtes-vous amené à collaborer.
Nous espérons pouvoir engager une deuxième personne en 2018, pour porter tous nos projets et ils sont nombreux ! Nous pourrions ainsi répondre aux diverses sollicitations extérieures émanant du milieu pédagogique et culturel…
Pour le moment nous consolidons les partenariats actuels car nous apprécions la fidélité et la constance. Mais oui, nous réfléchissons au développement d’un festival itinérant du « Cinéma d’architecture » en France et nous allons lancer prochainement un « Grand prix d’architecture Hauts-de-France » en collaboration avec tous les acteurs d’architecture de la région (CAUE / CROA / ENSAP Lille / WAAO – Centre d’architecture et d’urbanisme de Lille).

Quel public ciblez-vous ?
Nous ne ciblons personne en particulier, nous espérons avant tout satisfaire nos publics et ceux à venir autour de nos choix de programmation. Nous sommes à l’écoute de leur « désir d’architecture » en espérant que notre pari sur l’exigence de nos propositions sera la leur.
La Maison de l’architecture va connaître une mutation, avec une nouvelle appellation, peut-être de nouvelles missions à venir… Peux-tu m’en dire plus ?
Effectivement, nous avons décidé de changer de nom : à partir de juillet 2017 nous devenons la Maison de l’architecture des Hauts-de-France. Cela nous engage à agir davantage sur l’ensemble du territoire.

Quels seront les temps forts de cet automne et de cette fin d’année 2017 ?
L’exposition de travaux d’étudiants en école d’architecture de Paris-Belleville et de Lille (maquettes à l’échelle 1/20e), visible jusqu’au 30 septembre. Puis à partir d’octobre, une exposition de dessins originaux et précieux – qui proviennent d’archives du diocèse et de la société des antiquaires de Picardie – ceux de Jean Herbault, architecte du XIXe S. et important maitre d’œuvre pour la physionomie actuelle d’Amiens… elle sera associée à l’exposition de dessins contemporains d’architectes de la collection de l’Académie d’architecture de Paris. Une manière de rappeler que la pratique du dessin, de l’ébauche d’une idée à la représentation du projet, est intrinsèque au métier d’architecte.


Site internet
www.ma-lereseau.org/picardie/

Photographe : Mathieu Farcy / Signatures
Interview : Pascal Sanson