Karine
Dumont

Musicienne, compositrice, improvisatrice, Karine Dumont dessine, depuis des années, les contours d’une nouvelle géographie sonore. Ses pièces électroacoustiques, placées sans relâche sous le signe de l’exploration, guident l’auditeur vers des paysages sonores inédits. Cette musique savante, exigente et sensitive, l’amiénoise l’exerce le plus souvent au service de compagnies de théâtre en tant que musique de scène tout en développant parallèlement un projet solo baptisé Kalalunatic. Projet-laboratoire, où celle qui pratique le saxophone soprano, les claviers, le gamelan, les tablas et la basse, défriche, imagine, érige de nouveaux espaces. Alors qu’elle prépare plusieurs créations pour le théâtre, deux concerts à Venise et continue d’œuvrer pour la reconnaissance de l’électroacoustique et la recherche culturelle, Karine Dumont nous en dit plus.

La musique électroacoustique est-elle trop confidentielle ?

Quand elle est orthodoxe, doctrinaire, oui. Il faut pousser la porte de la salle. On a alors l’impression de se retrouver dans un temple bien gardé, et on va passer une heure dans le noir à observer des haut-parleurs… Or l’expérience s’ouvre à soi quand on se laisse faire. C’est le « deep listening » de Pauline Oliveiros ou l’écoute réduite de Pierre Schaeffer. On considère cette musique comme conceptuelle alors qu’elle n’est que sensations.

Comment te définis-tu artistiquement ?

Comme une sculptrice de sons. Le son, qu’il soit bruité, mélodique, rythmique, harmonique, synthétique, naturel, qu’il soit vent, pluie ou insecte, je le travaille comme on travaille la terre. Avec des oreilles fraîches si possible, débarrassées de tout à priori. La musique électroacoustique permet ça. Elle reste un espace des possibles, de tous les possibles.
Peux-tu nous en dire plus sur ton projet solo Kalalunatic Project ?
Kalalunatic, c’est mon laboratoire de recherche. C’est à cet endroit que je compose « pour rien » : j’expérimente une technique, je bloque sur un synthé, j’imagine des règles de composition … Ce n’est pas très médiatique car je fais peu de concerts. J’ai néanmoins réussi à faire l’album, « Alpha Canis Majoris », inspiré de Stockhausen. J’ai ainsi pu rencontrer le label « Electronic girls » basé à Venise avec qui je collabore désormais régulièrement.

De par tes collaborations, de longue date, avec les compagnies de Théâtre, Ches Panses Vertes, Théâtre inutile, Kollectif Singulier, Buchinger’s Boot marionnettes… Te perçois-tu comme une artiste « crossover » ?

Alors « crossover » j’ai dû aller chercher ce que ça voulait dire …  On retrouve des termes comme « hybridation ». C’est drôle parce qu’avec la Cie Théâtre Inutile, nous avons ouvert un laboratoire de recherche intitulé « Art et Epoque », en compagnonnage avec le philosophe Miguel Benasayag, et nous traitons précisément des phénomènes d’hybridation liés à notre époque. Ces phénomènes, liés à la macroéconomie, au néolibéralisme et aux nouvelles technologies, nous les étudions au travers de l’Art et du Spectacle vivant. Alors oui, artiste « crossover » ça me va.

www.kalalunatic.com

Auteur : Pascal Sanson
Photographe : Ludo Leleu