Bain de minuit

KEVIN CZERNIEWICZ,
Bains de Minuit

– Lille

Depuis un an, Bains de Minuit Productions investit les petites salles de la métropole lilloise – Biplan, Péniche, Cave aux Poètes, Club de l’Aéronef – pour déclarer son amour au rock et au folk psyché. Cette nouvelle structure mise sur des groupes peu médiatisés et un rapport de confiance commence à se créer avec un public croissant de fidèles.

Comment s’est mis en place Bains de minuit productions?
Rien n’était prévu. J’étais commercial pour la marque Rainett, des produits d’entretien écologiques. À côté, j’ai toujours été passionné de musique et je me suis retrouvé à aider Lena Deluxe pendant plusieurs années. À la fois assistant et manager. Un jour, je lui cherchais une date sur Strasbourg et on m’a proposé en retour un groupe, Dirty Deep. Aucun programmateur n’était intéressé à Lille. Comme je trouvais le groupe sympa, j’ai décidé de faire le concert moi-même. C’était il y a un an. Le concert a bien fonctionné et on m’a branché pour faire un deuxième concert. Puis un troisième. J’ai alors créé une page Facebook, puis l’association Bains de Minuit Productions. Et depuis, la structure a déjà fait 38 concerts. Tout s’est enchaîné très vite !

L’association s’est étoffée depuis …
J’ai fini par arrêter mon travail pour me consacrer entièrement à Bains de Minuit. C’était une décision un peu folle. D’autres personnes ont intégré ensuite l’association, pour gérer l’accueil du public et des groupes, pour faire à manger et loger les musiciens, pour s’occuper de la communication. Nous sommes une petite équipe de cinq personnes passionnées avec des profils différents, des étudiants, des salariés. L’idée de l’association, c’est de faire venir des groupes qu’aucune salle n’aurait fait. Cela crée du sens, une valeur ajoutée. Nous travaillons de toute façon sur des concerts à jauge réduite avec des artistes en découverte qui sont souvent peu ou pas suivis par les médias.

Quels univers, quelles esthétiques musicales défendez-vous ?
Mon premier amour, c’est le rock psychédélique californien de la seconde moitié des années 1960. Des groupes comme Jefferson Airplane, The Doors ou Love. J’aime cette vague psychédélique hippie et rock dans l’âme qui avait une identité forte et un côté politique. Cette envie de changer la société, le monde. Bains de Minuit défend le rock psychédélique mais s’ouvre aussi au folk, à la dream pop. De la musique à guitares. Mais on pourrait faire aussi un groupe de jazz ou du hip-hop. Nous avons cette volonté de ne pas s’enfermer et nous fonctionnons au coup de cœur.

Quels sont tes meilleurs souvenirs dans les concerts que vous avez organisés ?
Celui de Chocolat a été mémorable. Le groupe avait perdu sa feuille de route et s’était fait piquer son GPS. Ils ratent le concert et finissent par arriver vers 23 heures… Les mecs étaient très sympas et voulaient jouer à la place dès le lendemain. On réussit alors à monter une date dans l’urgence, en une nuit. Le concert était plein et merveilleux. Ça a créé un truc particulier entre ces Québécois et nous. Il y a aussi le groupe psychédélique texan Holy Wave. Ils venaient de passer au festival Levitation à Austin et jouent à Lille le jour de mon anniversaire. C’est un groupe que j’écoute depuis plusieurs années. Pour me faire plaisir, les mecs me demandent s’il y a un titre que j’aimerais les voir jouer. J’en cite trois. Ils les ont répétés dans la loge juste avant le concert et ils ont fait les trois sur scène !

Quels projets aimeriez-vous développer ?
Déjà, nous montons un « psychfest » à la rentrée (Strawberry Fest., les 17 et 18 septembre) et je pense aussi à un week-end sur la francophonie, avec des groupes français, québécois ou d’ailleurs. L’idée est de montrer que la francophonie peut s’exprimer autrement que dans la chanson et la variété. Cela peut être dans le rock, la pop, le hip-hop. J’aimerais aussi monter un projet autour des pays du Moyen-Orient, notamment l’Irak et l’Iran. Avec de la musique, des conférences, de la peinture. Montrer l’aspect culturel de ces pays-là. Mais c’est plus compliqué à mettre en place parce que c’est un sujet sensible. Sinon, nous avons plein de choses en réflexion pour aider des groupes locaux à se développer. Cela peut être un label, mais aussi faire du booking, organiser des tournées.
Nous sommes super motivés !

Concerts à venir
The Missing Season (indie rock), le 29 juin au Biplan ; Syd Kemp (psych pop rock), le 20 août au Bistrot de Saint-So ; Cool Ghouls (60’s psych folk rock), le 8 septembre au Biplan

www.facebook.com/bainsdeminuitproductions

Photographe : Ludo Leleu
Interview : Olivier Pernot