La playlist
Hiver 2015-16

Ci-dessus :
FRAU SILBERFISCHER  Spectrum EP
(Bon Temps Records)

bon-temps_mag6-img (52)

FLOATING POINTS — Elaenia (Pluto)
Après une douzaine de maxis, l’Américain Sam Sheperd passe au long format avec ce premier album aux douces textures traversé de nappes planantes. Ce défenseur de la slow house érudite et non rébarbative signe un disque délicat en suspension, où sa vision du jazz, moderne, organique, se love dans des arrangements électroniques proche de l’ambient. Les inconditionnels de Nicolas Jaar ou de Four Tet seront séduits par ces longues plages rêveuses et envoûtantes sur lesquelles Floating Points s’est entouré d’instrumentistes hors pair. Comme dans Silhouettes (I, II & III), chevauchée ternaire de plus de dix minutes, ou Argenté, aux boucles de synthés cosmiques.

ARNO — Human Incognito (Naïve)
« Je suis un vieux “motherfucker” ! » Arno attaque fort son 11e album. Le chanteur belge trimballe son blues tout au long des onze nouveaux titres de ce disque sensible. Il sait être touchant sur les ballades en français Je veux vivre ou Quand je pense à toi. Et il utilise l’anglais pour les titres les plus rock’n’roll : Now She Likes Boys ou Never Trouble Trouble. Arno n’oublie pas aussi d’avoir cet esprit déconnant, typiquement belge, et balance Une chanson absurde, son nouvel hymne loufoque. À 66  ans, cette sorte de Tom Waits européen est comme une belle bouteille de vin bonifiant avec l’âge. Santé ! (sortie de l’album le 15 janvier 2016).

BODYBEAT — 8 (Alpage Records)
Le trio Bodybeat est tombé dans le chaudron du groove new-yorkais et revendique clairement les influences de Chic, d’ESG ou de Talking Heads. En rajoutant une touche synthétique, dans l’esprit de l’Italo-Californien Giorgio Moroder, et quelques voix charmeuses à la Prince, le kid de Minneapolis, les Lillois rendent hommage au funk discoïde 70’s et le propulsent dans le futur avec des agencements électro et des voix robotisées. Ce premier album va réchauffer les froides soirées d’hiver avec son fort pouvoir calorifique. Que ce soit avec des compositions dancefloor ou avec une reprise séduisante et méga groovy du Thunderbird ESQ de The Gories.

JULIA HOLTER — Have You In My Wilderness (Domino)
À l’heure des tops de fin d’année, l’album qui ressort est celui de la songwritrice américaine Julia Holter. Consacré album de l’année par les magazines anglais Mojo et Uncut, deuxième pour Q Magazine, ce disque paru fin septembre a parfaitement épousé l’automne. Les chansons entre pop et folk de la jeune trentenaire californienne sont lumineuses et intenses. Avec des envolées acoustiques (cordes, claviers, cuivres) qui chatouillent doucement les oreilles. Parfois comparée à Kate Bush ou Joanna Newsom, Julia Holter signe une pop libre sur ce quatrième album d’où émerge sa voix, intime et saisissante.

bon-temps_mag6-img (51)

BRUCE BRUBAKER — Glass piano Versions (InFiné)
EP faisant suite à l’album Glass Piano, magistrale et épurée réinterprétation des œuvres de Philip Glass par Bruce Brubaker en mode piano solo, Glass piano versions continue l’exploration amorcée par le musicien via six remixes par la jeune et plus affirmée garde de l’électro-techno internationale. Inspirées, sensibles, appliquées, les relectures de Julian Earle, Akufen, John Beltran, Biblo, Francesco Tristano et Plaid érigent au rang d’art le remix. Dans un tourbillon de références jazz, classique, house, techno, électronica, ambient, et opus marque le pas et donne à entendre que le mariage du classique et de l’électro a quelque chose à voir avec l’avenir.

EMMA DE SEZE — Spacio Cold (Tom Tom Disco)
Pour clôturer une année ultra-productive, après DraculaBold sur le label US Race Car, les titres Wild at heart et Obsidian sur les compilations Bon Temps #1 et  Berlin Female Waves, Emma de Sèze fraye pour son nouvel opus du côté du Danemark. Signé sur le label Tom Tom Disco, l’EP Spacio cold parfait la touche toujours aussi introspective et mentale de la belle Amiénoise. En trois titres Discotroll, Single dance, Spacio cold et les remixes de James Rod, Richard Rossa et Tyf, la musicienne montre l’étendue de ses pouvoirs, prompte à vous embarquer dans une rythmique minimale-techno lanscinante et d’un érotisme low-fi. Hypnotique.

FRAU SILBERFISCHER — Spectrum EP (Bon Temps Records)
Graphiste et créatrice de fringues la journée, la Berlinoise Frau Silberfischer profite de la nuit pour enregistrer dans son home-studio ses visions électroniques. Ce très beau premier EP, masterisé par Jan Driver (un lieutenant de Boys Noize), révèle quatre compositions techno aux textures sombres et profondes et aux rythmes lents et lourds. Ce gros maxi comporte aussi trois remixes. Verlatour donne une relecture dancefloor de Spectrum, tandis que Swarm Intelligence signe une version deep et angoissante du même morceau. René Schier transforme de son côté Gravitate en virée électronica captivante.

NEW ORDER — Music Complete (Mute/Pias)
La basse de Peter Hook, ronde et frondeuse, est un élément fondateur de l’électro-pop de New Order. Ce premier album des Mancuniens sans l’irascible bassiste allait-il tenir la route ? Clairement oui. Avec des titres majestueux (le single Restless, l’addictif Singularity, le mélancolique Nothing But A Fool), des curiosités (Plastic et sa boucle à la Moroder, Stray Dog chanté par Iggy Pop) et des déceptions aussi (l’insupportable Tutti Frutti et l’anodin People On The High Line, tous les deux chantés par La Roux). Cet album hétéroclite, résolument électronique, est finalement le beau disque d’un groupe vieillissant qui rêve éternellement de dancefloors.