La Villa Normand de Bernard Bougeault

Bien trop confidentiel, l’architecte Bernard Bougeault aura, bien plus qu’Auguste Perret, marqué de son empreinte, entre 1961 et 1976, la ville d’Amiens. De la maison de verre jouxtant Notre-Dame à l’église d’Etouvie, de la résidence Delpech à la Villa Normand, son engouement pour une architecture dans la continuité de Le Corbusier et Niemeyer, prône un retour à l’horizontalité, aux matériaux traditionnels et à l’artisanat, loin des grands ensembles en vogue à cette époque. Synthèse de sa vision architecturale, la Villa Normand, dans le quartier Henriville, détonne par son style moderniste modéré en rupture avec la verticalité des maisons bourgeoises avoisinantes. L’architecte François Bougeault lève pour nous le voile sur le travail de son père et sur cette villa aux étranges inspirations californiennes.

Pourquoi avoir baptisé cette villa du nom de Villa Normand ?

Toutes ses villas portaient le nom du client, ici le Dr Normand. Le bâtiment comprend l’habitation et le cabinet médical.

En quelle année fut-elle livrée à son commanditaire ?

Permis de construire en 1965 et livraison en 1967.

Dans la carrière de votre père, à quel moment intervient la réalisation de cette maison?

La 5ème année de son installation à Amiens, le volume de ses affaires s’est considérablement étoffé ; il a déjà réalisé nombre de villas, bâtiments publics, immeubles de logements collectifs… A cette période, il conçoit déjà minutieusement le plan d’aménagement et débute la réalisation de l’ensemble des 29 villas et habitats collectifs du Parc Delpech.

Quel est son process de création ?

L’implantation et l’orientation des maisons sont étudiées sur maquette afin d’obtenir un ensemble harmonieux. La maison individuelle est un exercice qu’il privilégie tout au long de sa carrière. Il reçoit longuement ses clients, mari et femme, dans l’huis clos de son bureau, les travaille au corps pendant des semaines en crayonnant des esquisses successives. Il tient compte de leurs moindres exigences fonctionnelles, mais reste seul maître à bord en ce qui concerne la mise en forme. Surpris du résultat inattendu dicté par leurs besoins, certains clients se révoltent en découvrant le projet, bien éloigné des clichés qu’ils s’étaient forgés en arrivant au cabinet, et reprochent à leur architecte d’être inflexible. Mais il leur tient tête. Les clients les plus malmenés ont pu devenir d’inconditionnels fanatiques… L’intérieur et l’extérieur sont dessinés à grande échelle ; les meubles déterminent les volumes ; ils sont toujours mis en place sur les plans quand ils ne sont pas conçus eux-mêmes. Les détails et le choix des matériaux sont étudiés, les fenêtres et portes d’entrées font l’objet de plans d’exécution et sont spécialement réalisés par un menuisier.

De l’extérieur, cette maison joue la carte du modernisme modéré, de l’équilibre entre intérieur et extérieur, des matériaux nobles…

Tout à fait.

Quel fut l’impact de cette construction, qui à bien des égards ressemble plus au style West Coast américain, je pense au Case Study Houses de Los Angeles, qu’aux maisons standard d’Amiens ?

Beaucoup de ses villas, bien que de style moderne, ont des murs en brique, des toits d’ardoise. Il reste peut-être à celle-ci la référence aux murs à pans de bois des fermes picardes : Pas de murs porteurs, mais une ossature en poutrelles métallique et un remplissage léger pouvant évoquer le torchis. Notons aussi l’ensemble menuisé de la façade sur le jardin. On retrouve bien entendu un vocabulaire emprunté aux grands maîtres du modernisme : un parti-pris privilégiant les lignes horizontales et un dessin de façade à la Mondrian.

Quelles étaient réellement ses influences ?

Ses influences sont multiples et se conjuguent dans le prisme de son regard : Monuments historiques, architecture traditionnelle bourgeoise ou paysanne, architecture moderne qu’il explore régulièrement lors de ses nombreux voyages en Europe, plus particulièrement en Finlande à cette époque.

Suite à ce projet, quelles furent ses réalisations ?

De nombreuses réalisations : la résidence Delpech, l’église Saint-Paul d’Etouvie… avec toujours ce souci d’équilibre, de proportions (le nombre d’or), de lisibilité du principe constructif retenu.

En quoi pourrait-elle être représentative de son œuvre ?

Pour toutes ces raisons, elle l’est..

Bibliographie : F. SAUVE, Bernard Bougeault, un architecte, une agence 1961-1976, Itinéraire du Patrimoine, juil. 2005

bernard.bougeault.free.fr

Auteur : Pascal Sanson
Photographe : GaËl Clariana