Léon Gimpel Atelier de sculpteur

Dans l’atelier,
L’artiste photographié


Ci-dessus :
Léon Gimpel

Chez le sculpteur (P.L. Hypersens), 1911
Autochrome
© Collection Société française de Photographie, Paris/Léon Gimpel

Rares sont les occasions de s’immiscer dans le monde secret des ateliers d’artistes, de ceux dont on admire et plébiscite aujourd’hui les œuvres dans les musées, les expositions et galeries. Au prisme de la photographie, le Musée du Petit-Palais de Paris du cinq avril au dix-sept juillet prochain, lève le voile sur les coulisses de la création, sur la représentation de l’artiste, sur son rapport au modèle et la vie quotidienne dans l’atelier. Dans l’atelier, l’artiste photographié d’Ingres à Jeff Koons ne se limite pas au simple regard photographique porté sur l’intimité des artistes, sur leur cadre de travail mais par effet-miroir dessine aussi le profil des hommes dans l’ombre de l’objectif, des pionniers Désiré-François Millet, Maurice Guibert aux contemporains Gérard Rondeau et Charles Matton.

La représentation de la vie d’atelier fut jusqu’à la fin du XIXe siècle le privilège de l’art pictural. Avec pour témoins les chefs d’œuvres que l’on connaît; L’Art de la peinture de Vermeer, L’Atelier de l’artiste de Courbet, Caspar David Friedrich dans son atelier de Kersting ou L’Atelier rouge (1911) de Matisse… Une représentation souvent réduite à la figure de l’artiste mis en scène, à l’atelier comme espace de théorie et de pratique de la peinture, parfois à un lieu mondain. La naissance de la photographie, coincidant avec la démocratisation du statut d’artiste et l’essor des ateliers au XIXe siècle, vient bousculer règles et anciens principes. S’attachant dans un premier temps à immortaliser peintres, écrivains et sculpteurs en exercice ou en pose, les photographes vont, dès les années 1900, porter un regard nouveau sur le sujet. De Diers et Wagner et leurs études sur Duchamp, Nauman et Annette Messager, aux récents clichés panoramiques des ateliers d’Anish Kapoor et David Hockney par Gautier Deblonde, l’approche photographique évolue au gré des grands changements que connaîtront tout au long du XXe et début XXIe siècles, l’art, les artistes, et la fonction même d’atelier. Et ce dernier, n’aura de cesse de se renouveller de l’« atelier-bureau » d’ Olafur Eliasson à l’« atelier-usine » d’Andy Warhol, de l’« atelier in situ » de Daniel Buren à l’« atelier-objet » de Francis Bacon ou œuvre d’art de Paul Mac Carthy.

Désiré François Millet Nu allongé


Nu allongé, Désiré-François Millet, vers 1851
La « dormeuse de Naples » dans l’atelier d’Ingres, Daguerréotype

C’est à cette relation privilégiée entre l’objectif, le cadre et l’acte créatif que rend hommage l’exposition du Musée du Petit-Palais de Paris. Plus de quatre cents photographies, complétées de vidéos, de peintures et sculptures percent les mystères des ateliers d’artistes d’Ingres à Matisse, de Picasso à Jeff Koons, agencées selon trois grandes thématiques ; l’artiste en majesté, la vie dans l’atelier et l’atelier comme laboratoire du regard. Ainsi l’exposition met en perspective l’évolution du regard porté sur l’atelier et ses différentes approches historiques, sociologiques, artistiques, documentaires, alternant daguerréotypes, clichés anciens et modernes, couleur et noir et blanc. Une plongée inédite au plus près de l’inspiration, des espaces feutrés et singuliers, là où se dessinent tant d’histoires et se concrétisent tant de rêves.


Exposition
Dans l’atelier, L’artiste photographié,
d’Ingres à Jeff Koons,

du 5 avril au 17 juillet 2016

le Petit-Palais, Musée des Beaux-Arts de Paris
Avenue Winston Churchil, Paris

Renseignements
01 53 43 40 00
www.petitpalais.paris.fr

Auteur / Pascal Sanson