Laure Dalon

Musée de Picardie, Amiens

C’est l’un des événements les plus attendus de cette année, la réouverture en mars prochain du Musée de Picardie après de longues années d’intenses travaux de modernisation et d’extension. Nommée directrice des musées d’Amiens en 2017, Laure Dalon a eu la lourde charge de mener à son terme cette entreprise titanesque. Passée par l’École des Chartes, son premier poste fut celui de conservateur en charge des collections Beaux-arts au sein de ce même musée dont elle a pu diagnostiquer toutes les spécificités, les atouts comme les faiblesses, les enjeux et les attentes du public. Pour nous, elle revient sur son parcours, sur cette rénovation hors normes confiée au duo d’architectes Frenak & Jullien, sur les objectifs fixés et les temps forts qui jalonneront cette année 2020.

 

Avez-vous le souvenir d’une œuvre, d’un artiste ou d’un instant qui vous a décidé à embrasser une carrière en lien avec l’art et la culture ?
Sans hésitation : la Danaé de Rodin ! J’ai découvert cette sculpture dans un livre emprunté à la bibliothèque alors que j’étais adolescente et je me souviens de l’avoir regardée inlassablement, fascinée par la beauté et la sensualité de ses courbes, la vie frémissant sous le marbre.

 

Avant de prendre la fonction de directrice des Musées d’Amiens, vous étiez déjà en poste au sein du Musée de Picardie. Quel était votre domaine de compétences ?
C’est effectivement à Amiens que j’ai occupé mon premier poste, celui de conservateur en charge des collections Beaux-Arts, c’est-à-dire les peintures, les sculptures et les dessins du XVIe au XIXe siècles inclus. Une vaste période, que j’ai pris beaucoup de plaisir à explorer ! Après m’être spécialisée durant quelques années sur la sculpture des XIXe et XXe siècles, je me suis rendu compte que j’aimais plus encore embrasser une large période, essayer de la comprendre et de partager avec nos visiteurs ce qui me semblait le plus significatif ou le plus amusant. C’est également ce que j’ai fait, d’une façon différente, en travaillant durant quatre ans pour la Réunion des musées nationaux – Grand Palais.

 

Selon vous, en quoi le Musée de Picardie est-il spécifique par rapport aux autres musées ?
C’est vraiment un lieu magique ! Les collections sont riches, éclectiques et passionnantes, mais je crois que c’est vraiment le bâtiment lui-même – son architecture, ses décors, l’atmosphère qui y règne – qui distingue ce musée de tous les autres.

 

Le projet de rénovation lauréat fut celui de Catherine Frenak et Béatrice Jullien. Sur quels critères leur projet a-t-il fait la différence au regard des autres propositions ?
De tous les projets, elles proposaient le plus respectueux du monument d’origine et elles répondaient assez bien à toutes les problématiques du programme : la rénovation du palais, la création d’un nouvel accueil, l’ouverture du musée sur la ville.

 

Quelles modifications majeures ont été apportées à l’édifice durant ces travaux ?
Une véritable révolution s’opère : l’entrée ne se fait plus dau niveau du hall historique, mais à l’arrière du monument. C’est le pavillon Maignan, construit dans les années 1910-1920, qui endosse le rôle d’accueil. Il fait le lien entre le palais et l’extension qui a été construite ces deux dernières années. Dans un autre registre, les décors d’origine, recouverts de plusieurs couches de peinture depuis le début du XXe siècle, ont été très largement dégagés et restaurés : le premier étage en est métamorphosé.

 

L’agencement des collections va-t-il évoluer ? Quelles seront les nouveautés ?
Le sous-sol et le rez-de-chaussée ne faisaient pas partie du programme initial des travaux. Nous avons toutefois profité de nos deux ans de fermeture pour y intervenir : peinture, signalétique, position de certaines vitrines, enrichissements du parcours… En ce qui concerne le premier étage, ce sera une redécouverte complète : fermé depuis plus de dix ans, ce niveau est réinvesti en totalité, ce qui offre des surfaces importantes pour réaccrocher les œuvres emblématiques et révéler de nombreux tableaux méconnus.

 

Pour cette première année de réouverture, pouvez-vous nous en dire plus sur les temps forts à venir ?
Le raccrochage des collections sera accompagné d’une exposition autour de l’histoire du musée. La grande exposition de l’année aura quant à elle lieu à l’automne, autour des Puys d’Amiens, extraordinaires chefs-d’œuvre du XVIe siècle : ce sera la participation du musée au 800e anniversaire de la cathédrale d’Amiens.

 

site internet
facebook.com/MuseePicardie

Photographie: Musée de Picardie
Interview: Pascal Sanson