Le musée
du Vitrail

Situé aux abords de la cathédrale Notre-Dame d’Amiens et de l’ancien Hôtel des trésoriers de France, le Musée du vitrail abrite l’une des plus importantes collections privées de vitraux d’art, notamment religieux, courant du XIème siècle au XIXème siècle. Ancien élève des Beaux-arts d’Amiens, Compagnon et Meilleur ouvrier de France, Claude Barre, son propriétaire, partage avec les visiteurs la passion des maîtres verriers pour l’Art de la Lumière, du Beau et de la Foi.

Il ne fallait rien de moins qu’un écrin, une maison de la fin du XVIème – début XVIIème siècle, reflet d’une ville à l’économie alors florissante, pour accueillir les précieux vitraux religieux réunis au cours de ces six dernières décennies par Claude Barre. Porté par le désir de transmission d’un savoir-faire millénaire, soucieux de sauvegarder et de présenter au plus grand nombre les chefs-d’œuvre des anciens passeurs de lumière, le maître verrier ouvre son musée en 1985. C’est sur deux niveaux, restituée dans un cadre d’exception, en l’occurrence des caves du XIIIème siècle, que l’histoire du vitrail religieux livre ses secrets et la ferveur d’un homme pour cet art au service de l’église. « J’ai cette passion depuis l’âge de 8 ans. Pendant la guerre, nous étions évacués à Collonges la Rouge, un très beau village de Corrèze où j’étais enfant de chœur. Et il y avait un vitrail, un Saint Joseph dans une église qui tombait un peu en ruines. Et j’ai dit : ce métier-là je le ferai. Ce vitrail-là, peut-être qu’un jour, je le restaurerai. ». Même si la restauration du Saint-Joseph ne s’est pas faite, bien d’autres saints sont passés depuis entre ses mains dans les 4000 églises, chapelles, basiliques où il est intervenu.

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Des œuvres gothiques et Renaissance à celles plus récentes de Matisse ou Mongrenier, Claude Barre a appréhendé toutes les techniques et tous les styles. Et ce savoir, il le transmet tout au long d’un parcours de 75 pièces d’excellence à caractère religieux, de la naissance du vitrail figuratif du XIème siècle au modernisme des années cinquante. Du plus ancien vitrail des lieux, les « Trois têtes » de 1070 au rondel de Sainte Catherine du XVIIème, la collection permet de voir la rupture culturelle et visuelle entre le Moyen-âge, la Renaissance et l’Age classique. De comprendre l’impact de cet art narratif, considéré au départ comme « La Bible des pauvres », et nécessaire pour « diriger la pensée des fidèles par des moyens matériels vers ce qui est immatériel » selon les vœux de l’abbé Suger, conseiller de Louis VI et VII. De la « Grisaille » cistercienne, verre incolore prônant l’épure, à la puissance du bleu de Chartres, en passant par l’invention des émaux, du « jaune d’argent » et de la sanguine, l’ensemble des pièces exposées narre l’évolution des techniques et esthétiques de cette corporation. Parmi les plus belles pièces de l’âge d’or du vitrail, on notera le panneau aux « Tours de Castille » (XIIIème), les couleurs du « Péché originel » de l’école de Troyes en trois vitraux (XVIème), la « Sainte Barbe à la tour avant sa décollation » (XVIème) magnifiée par le bleu de Chartres, de l’école flamande une plantureuse « Sainte Anne apprenant à lire à la Vierge » (XVIIème) et la contemporaine « Descente de croix » (1954) de Gérard Ansart. Le musée du vitrail permet d’embrasser une grande partie de l’histoire de ce que l’on appelle « la lumière divine », d’en comprendre les différentes étapes de fabrication, de percer les mystères de la couleur. En marge de la collection religieuse, une galerie dédiée aux vitraux civils du XIXème et XXème siècle occupe l’étage ; des œuvres d’une rare finesse issues en majeure partie des mouvements Art Nouveau et Art moderne, dont un panneau de l’artiste pragois Alfons Mucha.

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Le Musée du vitrail, 40 rue Victor Hugo, 80000 Amiens
Ouvert Mardi, jeudi et samedi à 15h, réservation recommandée
Durée de la visite de 45mn à 1h.
03 22 43 08 50

AUTEUR : Pascal Sanson
Photographe : Wilhem Arnoldy