Les chasses
exotiques

Trésor, ô combien inestimable, les Chasses exotiques ou en pays étrangers de Louis XV, portent à son paroxysme la passion des Bourbons pour l’Art cynégétique, dit l’Art de la chasse. Réalisées entre 1735 et 1757 pour les châteaux de Versailles et de Choisy, les onze peintures sont œuvres des plus renommés peintres d’histoire, de fêtes galantes et de batailles : Boucher, Van Loo, Parrocel… Des appartements royaux à la mairie d’Amiens, les toiles auront parcouru un long périple avant de venir compléter en 1923, dans leur intégralité, les collections XVIIIème du Musée de Picardie.

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C’est pour agrémenter la petite galerie de Versailles, au second étage de la cour de marbre, que Louis XV commanda ce décor pictural d’exception. Les neuf premières toiles furent livrées entre 1737-38, comprenant la Chasse aux lions de Jean-François De Troyes, la Chasse de l’éléphant de Charles Parrocel, la Chasse au tigre de Nicolas Lancret, la Chasse au léopard de François Boucher, la Chasse de l’ours de Carle Van Loo, la Chasse chinoise de Jean-Baptiste Patter, la Chasse du taureau sauvage de Parrocel, la Chasse de l’autruche de Van Loo et la Chasse du crocodile de Boucher. Ce n’est qu’en 1757, et pour le petit château de Choisy, que la Chasse au lion d’Afrique combattu par des dogues et la Chasse à l’ours de Pologne arrêté par des chiens de forte race de Jean Jacques Bachelier viendront parfaire cette incroyable série.

Privilège d’un cercle restreint d’invités, les chefs-d’œuvre étaient présentés dans un espace confiné.Accrochées à 60 cm du sol, les scènes de chasse, les figures humaines en butte à de féroces prédateurs, les paysages exotiques pouvaient ainsi être admirés à hauteur d’homme. Conçues pour impressionner les convives et enorgueillir son altesse royale, leur impact était garanti. Comment ne pas être troublé par la tension dramatique des sujets et la violence des combats ? Comment ne pas être ébloui par cette perfection de l’Art français et ce tournant du goût pour l’exotisme ? A l’image d’un livre, les Chasses sont une ouverture sur le monde. Un Ailleurs, plus fantasmé que réel, où l’on croise un roi de Chine, des chasseurs turcs, espagnols, polonais, égyptiens confrontés à ce que la faune compte de plus effrayant. Dans un décor magnifié constitué de pyramides, de rotondes antiques, de pagodes, de nature luxuriante, des taureaux sauvages, des tigres à rayures d’Asie, des hyènes, des léopards mouchetés d’Afrique, des crocodiles, des éléphants et des ours bruns livrent bataille à mort. On notera que le réalisme des animaux reste dans l’ensemble approximatif, ces derniers étant esquissés à partir de récits d’explorateurs, d’œuvres d’autres peintres tels Rubens et Tempesta. Le cycle des Chasses suit, à peu de chose près, les mêmes règles de composition : au premier plan une chasse, au second un paysage décoratif suivi d’une ouverture sur l’horizon et un vaste ciel. Héritage de l’Art Baroque, les couleurs chaudes et chatoyantes reflètent les goûts de l’époque, tout comme la luminosité vaporeuse. Le décor pictural reste en place jusqu’en 1767, avant d’être mis en dépôt dans les magasins de la surintendance de Versailles, suite aux réaménagements de la petite Galerie.

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A partir de 1794, pour la première fois depuis leur création, le public découvre ces trésors de l’Art français au Musée national de Versailles. Les années suivantes, les Chasses sont dispersées en plusieurs lieux au gré du pouvoir. Pour exemple, la chasse du Taureau sauvage de Parrocel passe du Louvre, à la vénerie de l’empereur Napoléon III, au Ministère de la guerre, au palais de l’Elysée, au musée de Calais avant d’être déposée à Amiens. En vue de la signature de la Paix D’Amiens, une partie des toiles est exposée en novembre 1801 à l’hôtel de ville. En 1923, dépôt du Louvre au Musée de Picardie, les onze Chasses de Versailles et Choisy, soit la totalité des commandes royales pour la première fois réunie, témoignent aux yeux du grand public de l’excellence de la peinture française du XVIIIème.

Convoitée, parfois même sujet sensible, la collection des Chasses exotiques du roi Louis XV enrichie d’esquisses, après achèvement des travaux du Musée, retrouvera les cimaises d’un  pavillon réalisé à son intention. L’occasion d’une redécouverte exceptionnelle par les amiénois et visiteurs, de l’un des joyaux du Siècle des Lumières.

Auteur : Psacal Sanson
Photographe : Marc Jeanneteau – Musée de Picardie