Collectif Païen

Lia & Camille,
Collectif Païen

Passionnés de voyage et de photographie, Lia Pradal et Camille Tallent ont uni leurs forces au sein du collectif parisien Païen. Tout a commencé par une excursion de plusieurs mois entre la Norvège, la Thaïlande, les États-Unis, le Canada et l’Islande. Avec pour seuls bagages une tente, un sac à dos et appareils photo, le jeune duo d’artistes a fait le choix de l’aventure. De leurs tribulations à travers le monde, ils ont ramené de nombreuses photographies aujourd’hui compilées dans des livres d’images parus au sein de leur collectif d’auto-édition collaborative. Leur dernier projet en date 27 poses, repose sur l’idée de confier un appareil photo jetable à un tiers, sans directive, afin d’en publier le résultat. Entretien.


D’où vient votre passion pour la photographie, notamment argentique ?
Lia — Étudiante aux Beaux-Arts de Paris, j’ai déjà une petite expérience photographique. J’ai toujours aimé faire de l’argentique. J’aime l’objet et ce côté rituel qu’il y a autour de cette pratique.
Camille — Moi, je me suis formé sur le tas. Avant ma pratique se limitait plus à la peinture et au dessin. La photo est venue avec Lia et les voyages. Elle m’a transmis sa passion, ses connaissances.

Comment vous-êtes vous rencontrés ?
C — Nous étions tous les deux gardiens de salle au Musée des Beaux-Arts de Toulouse.
L — Quelques mois après notre rencontre, nous avons pris une année sabbatique pour voyager. En revenant, nous avions fait beaucoup de photos. Et du coup, nous avons lancé un premier fanzine : Païen. Sorte d’ouvrage manifeste que l’on a fait innocemment, sans prétention, ni projection.

Quand avez-vous décidé de transformer votre collaboration en un collectif ?
C — Àprès notre voyage en Californie. Nous avions envie de réaliser ce désir de road-trip américain. Nous voulions vraiment être en symbiose avec la nature, les grands espaces. On campait et roulait sans véritable itinéraire. Avec dans notre sac juste un argentique et des appareils jetables.
L — À notre retour en France, nous avons sorti la chronique photographique 7777. Ça a été très formateur. Comme l’édition nous plaisait, on a eu l’idée de créer ce collectif et d’y inscrire ce premier ouvrage. Pour se donner une identité. Païen, c’est une restitution de nos « trips » en duo.
C — C’était presque cathartique, nous avions ce besoin d’éditer des ouvrages.

Comment se passe le travail en duo ?
L — La spontanéité est primordiale. On produit tout à deux assez instinctivement. On ne se répartit pas les taches, on rebondit sur les idées de l’autre. C’est un dialogue permanent.
C — Nous prenons exclusivement des photos de paysage, de nature. Le cadre urbain nous inspire moins. On a un peu ce fantasme de la cabane dans la forêt. C’est ce coté païen, animal, qui symbolise notre collaboration.

Vous avez imaginé, il y a quelques mois un projet collaboratif plutôt original…
C — C’est le projet 27 poses. Nous confions un appareil jetable à une personne qui n’a aucune pratique de la photographie. Sans contrainte aucune. L’intéressé prend donc 27 photos et nous les transformons en objet éditorial.
L — Pour l’instant, deux sont parus. Plus récemment, nous avons confié un appareil jetable à une jeune fille de neuf ans.
C — Comme pour retrouver la nostalgie des photos que l’on prenait avec des jetables pendant notre enfance.

À ce jour, vous avez édité six ouvrages, le dernier en date, est un journal qui associe le noir et blanc à la couleur…
L — L’incendie, c’est notre dernière série photo, prise dans le sud de la France et de l’Espagne. On l’a fait sous forme de journal grand format pour éclater la narration. Nous y alternons noir et blanc et couleur pour brouiller un peu les pistes.
C — Le leitmotiv est l’errance d’un personnage, qu’on retrouve notamment chez Jim Jarmusch. Nous avions envie de bâtir une narration autour d’une figure fantomatique. Il y a l’esthétique de la mise à feu et un certain onirisme.

Quels sont vos ambitions avec ce collectif ?
L — Pour l’instant ça reste de l’ordre du loisir sérieux. Mais à terme, nous aimerions que le collectif Païen se métamorphose en réelle maison d’édition. Il y a plein de gens que l’on souhaite éditer.


Exposition « Collectif Païen »
Du 22 au 27 mars 2016
Au 6b, 6-10 quai de Seine, Saint-Denis

Site internet
www.collectifpaien.com

Photographe : Mathieu Farcy