Louise & Lambert

Hobbies magazine, Paris

En trois numéros, Lambert Stroh, Louise de Montalembert et Grégoire Belhoste ont relevé le pari de mettre en orbite, autour de la planète presse indépendante, un magazine ovni, percutant et graphique, le bien nommé Hobbies. Semestriel à la ligne rédactionnelle et esthétique inspirée, le magazine radiographie le monde des collectionneurs et des aficionados en tous genres. Rien n’échappe à l’œil d’Hobbies, ni les joueurs de boules de Madagascar, ni les adeptes du circuit bending, ni les #Ikeahackers… Entre photographies documentaires, articles rigoureux et billets d’humeur, la revue pose un regard comportemental, sociétal, culturel sur nos passe-temps, nos passions, nos addictions. Un regard bienveillant et nécessaire sur ces moments de lâcher prise, où l’émotion l’emporte sur la raison.

Comment est né Hobbies ? Et quels en sont les principaux artisans ?
Lambert — Hobbies est né de la rencontre entre Grégoire (journaliste), Louise (graphiste) et moi-même, au lycée. Après avoir tenu un webzine et publié deux fanzines, nous avions envie de nous lancer dans une aventure éditoriale un peu plus sérieuse. On s’est réuni autour d’un verre, on a discuté de l’objet qu’on voulait concevoir et on s’est lancé. Aujourd’hui, les principaux artisans sont nos talentueux contributeurs : journalistes, photographes et illustrateurs.

Sociétale, humaniste, comportementale, culturelle. Quelle définition conviendrait le mieux à votre revue ?
L — Catégoriser Hobbies n’est pas simple, les libraires nous le disent souvent. Grégoire et moi-même sommes des lecteurs assidus de presse culturelle et je crois qu’elle nous influence beaucoup. Cependant, Hobbies est peut-être à ranger du côté des revues qui font une large place au photoreportage.

Pelote basque, trains miniatures, course de lévriers, jantes de voitures, armes à feu, survivants de la Tektonik… Vous explorez tant les collections que les passions et les addictions. Mais au-delà des collectionneurs et aficionados vers quel lectorat tendez-vous ?
L — On n’a jamais réfléchi en termes de « cœur de cible ». On s’adresse à la curiosité naturelle de tout un chacun. Tout le monde aime avoir l’opportunité d’explorer des univers qui ne sont pas les siens et qui sont riches et colorés, comme c’est le cas des différents loisirs cités.

Hobbies s’articule autour de deux parties à la fois complémentaires et distinctes. L’une portée par la photographie et l’autre, Quartier libre, tournée vers l’illustration et le graphisme. Pourquoi ce choix ?
Louise — Cette répartition s’est faite très logiquement lorsque nous avons construit la revue. La première partie est vraiment journalistique, on y retrouve des interviews, des portraits, des reportages. Il fallait que les images qui illustrent ces textes soient de la photographie pour montrer qu’il s’agit d’une réalité, d’un témoignage. Quartier Libre, quant à elle, est un cahier plus libre, qui fait la part belle aux tribunes, aux billets d’humour, aux textes à la première personne. Il fallait que les images qui accompagnent ces papiers soient elles aussi libérées. L’illustration était une évidence : on donne à un dessinateur libre cours à son imagination pour interpréter les différents textes.

Si je ne me trompe, vous revendiquez une certaine prédilection pour la photographie documentaire…
Lo — Oui, parce qu’elle permet de montrer la vie des gens, c’est un témoignage. Notre démarche ne consiste pas à embellir les choses ou à les mettre en scène, mais à rendre compte d’une réalité. C’est important pour nous.

Quelles sont selon vous les caractéristiques graphiques et esthétiques du magazine ?
L — Nous sommes allés piocher différents éléments dans des formats divers. Quartier Libre doit beaucoup aux titres de presse comme Gonzai et aux publications de notre jeunesse Technicart et Nova Magazine. Pour ce qui est de la première partie, on s’est inspiré de maquettes plus anciennes encore, qui faisaient, elles aussi, la part belle au journaliste de terrain et à la photographie : VSD et Paris Match, il y a fort longtemps. Aujourd’hui, il n’y a guère que M, le magazine du monde qui nous enthousiasme.

Quelles perspectives envisagez-vous pour le magazine à moyen terme ?
L — Qu’il s’agisse de l’aspect éditorial ou commercial, on se bagarre au quotidien pour solidifier et pérenniser notre projet. C’est difficile dans la conjoncture actuelle et vue la force de frappe de notre petite structure, mais on veut y croire.

Site internet
www.revue-hobbies.com

Photographe : Mathieu Farcy / Signatures
Interview : Pascal Sanson