Magali Broc-Norris

Magali Broc-Norris,
Opéra de Lille

L’Opéra de Lille, qui a rouvert à l’occasion de Lille 2004, capitale européenne de la culture, s’est doté d’un atelier pour fabriquer des costumes. À 36 ans, Magali Broc-Norris est la chef de cet atelier. Pour chaque spectacle, elle coordonne une équipe de cinq à quinze personnes. Cette spécialiste des flous et des tissus fins travaille avec un matériel réduit — ciseaux, règle, épingles, machine à coudre — et « surtout des idées » dit-elle, dans ce métier où il faut apprendre à lire les corps et gérer les tempéraments de chacun, diva comme costumière. Magali Broc-Norris nous reçoit dans le petit salon d’essayage où les chanteuses et les chanteurs défilent et raconte son métier avec passion.

Quel a été votre parcours ?
J’ai fait un BEP spécialisé couture, puis un brevet de technicien de vêtements sur mesure. De Nice, je suis partie à Paris où j’ai commencé à coudre pour des compagnies de théâtre, puis sur des productions à l’Opéra Bastille et à l’Opéra Garnier. Ensuite, je suis venue dans le Nord et j’ai rencontré la costumière du Théâtre du Nord. Avec elle, j’ai commencé à faire des patrons, à couper des costumes. Je suis alors devenue chef d’atelier : j’ai appris à diriger une équipe, organiser des plannings, gérer des achats de tissus. Quand j’ai entendu parler de la réouverture de l’Opéra de Lille, j’ai postulé.

Quelles sont les différentes étapes pour la création d’un costume ?
Chaque nouvelle production d’opéra a son costumier. Il vient me voir avec les maquettes qu’il a dessinées. Nous échangeons des idées, parlons des inspirations. Le costumier a une formation artistique. Moi, je suis technique. J’interviens sur la fabrication des costumes : je connais la qualité des matières, je sais comment couper un vêtement. En regardant un patron, je sais ce que cela va donner sur le mannequin. Je connais aussi des techniques particulières, comme travailler les biais pour réaliser des godets sur des jupes. Après la création du costume, je supervise les essayages. Si je travaille sur la reprise d’un opéra déjà produit, les costumes sont prêts mais il faut souvent les retoucher. En refaire certains aussi s’ils sont abimés.

Comment travaillez-vous sur les corps des solistes ?
Les agents des solistes m’envoient des fiches de mesures, des photos des chanteurs. Quand je lis une fiche de mesure, je vois exactement comment est la personne. Mon métier, c’est de comprendre les corps. Après, soit je trace à plat les patrons, soit je vais travailler directement sur le mannequin en mettant de la ouate autour pour avoir la même morphologie que le soliste. Puis les chanteurs arrivent un mois avant la première pour les répétitions.
Vous ne travaillez que sur les costumes des solistes ?
Cela dépend des productions et des budgets. Souvent les chœurs sont habillés avec des vêtements qu’on achète directement dans des magasins contemporains. Mais, par exemple, pour l’Italienne à Alger de Rossini, le chœur d’hommes était habillé en robes que nous avons donc dû réaliser. Sur un opéra, il faut normalement créer entre cinq et vingt costumes.

Quelle est votre spécialité ?
Je travaille plutôt la couture floue, les tissus très fins. Donc pour les robes. Il y a une chef tailleur qui coupe les costumes homme. Ce ne sont pas les mêmes tissus, le même travail. Parfois, nous faisons appel à une spécialiste de la patine de costume qui vient user les costumes pour qu’ils n’aient pas l’air trop neuf sur scène. Il y a aussi des spécialistes des chapeaux.

Comment se déroulent les essayages ?
Cela dépend vraiment des solistes ! Ils viennent dans notre salon d’essayage, passent leurs costumes, bougent avec, essaient de s’assoir, de se lever, de marcher. Dans l’opéra moderne, les chanteurs doivent bouger davantage, être comédien. Nous devons ensuite faire des ajustements. Cela est déjà arrivé d’avoir des écarts sur un tour de taille ou de poitrine. C’est gênant. Ce qui n’est pas toujours évident, c’est d’avoir à habiller des solistes qui ont des corps fatigués. Alors on triche parfois, avec une gaine, un corset ou des collants pour que le corps et les jambes soient bien lissés, avec des soutiens-gorges qui tiennent bien ou au contraire, plus relâchés car le décolleté est très profond. Avec tout ça, les chanteuses sont parfois un peu saucissonnées. Mais cela reste du spectacle, il y a de l’artifice. Notre métier est de sublimer les solistes pour qu’ils soient beaux sur scène !

Opéra de lille
Marta, Opéra de Wolfgang Mitterer
Du 13 au 21 mars

Site internet
www.opera-lille.fr

Photographe : Ludo Leleu