Malick Fadika

Loud Booking, Lyon

Lyonnais d’adoption, Malick Fadika a longtemps gravité dans les nuits parisiennes en produisant des soirées électroniques dans différentes salles dont l’Elysée-Montmartre et le Rex Club. Aujourd’hui, à la tête de Loud Booking avec sa compagne Céline Lagarde, il organise les tournées en France d’artistes comme Amon Tobin, Paula Temple, Metz, Kid Koala ou Ebony Bones. Il est aussi le créateur du festival Transfer dont la troisième édition s’est déroulée au printemps dans la capitale rhônalpine.

 

Comment s’est faite ton éducation musicale ?
Mes parents étaient passionnés de musique. Surtout mon père. Il écoutait des disques dans tous les styles. Du rock et de la pop, des classiques de son époque. Il m’a fait ainsi découvrir les Beatles, Jimi Hendrix. Et aussi des groupes plus contemporains, hip-hop, comme Run-DMC ou Public Enemy. Mon père était juriste et sa vie était tournée vers la musique. Mon oncle, le frère de mon père, était fan de jazz et j’ai découvert cette musique grâce à lui. Je suis né en Côte d’Ivoire et je suis arrivé en France quand j’avais trois ans. Finalement, j’ai peu de références africaines. Après cette éducation musicale faite par ma famille, j’ai continué à écouter beaucoup de musique et à approfondir.

 

Te destinais-tu à travailler dans la musique ?
Pas du tout. Surtout que je ne suis pas musicien. Enfant, j’ai fait un peu de guitare et de piano. Mais j’ai vite arrêté : je n’avais pas la patience d’apprendre. J’ai fait des études de droit. Petit à petit, ma passion pour la musique a été trop forte et elle s’est transformée en métier.

 

Comment es-tu rentré dans la musique ?
Par les soirées que j’ai commencé à organiser à Paris durant les années 1990. Il y a eu des soirées drum n’bass au Divan du Monde, les soirées house Jelly Babies à l’Elysée-Montmartre où, avec le collectif Fantasia, on a fait venir Robert Owens, Satoshi Tomiie. Il y a eu aussi les Authentik Sessions aux Bains Douches quand David et Cathy Guetta en étaient les patrons. Et enfin, les soirées Divine au Rex Club où ont joué Luciano, Matthew Dear, etc. C’était une période faste : les gens se posaient moins de questions avant de sortir. Il y avait plus de liberté, plus de folie dans ces années-là. La nuit, ça ne s’arrêtait jamais.

 

Comment es-tu devenu tourneur ?
À Paris, en plus des soirées, je travaillais dans la boîte de production Salam Aleikum. Je faisais du management et je faisais tourner des artistes comme Grand Popo Football Club, Bazbaz, Melvil Poupaud, Scratch Massive, etc. En 2001, j’ai rencontré ma compagne, Céline Lagarde, et je l’ai rejointe à Lyon et nous avons monté quelques temps après notre propre agence de booking, Loud Booking.

 

Quel est l’esprit de Loud Booking ?
Au départ, en 2005, nous nous sommes rapprochés du label électronique Bpitch Control et nous avons fait tourner ses artistes : Paul Kalkbrenner, Apparat, Modeselektor, etc. Le catalogue de Loud Booking était très électro avec aussi des artistes du label Warp comme Chris Clark et ceux du label Kitty Yo. Puis, l’agence est devenue plus rock avec Metz ou Show Me The Body. Nous avons un catalogue pointu, avec des groupes qui sont bons sur scène. Je vais régulièrement repérer des nouveaux groupes dans des festivals comme The Great Escape à Brighton, Reeperbahn à Hambourg ou Les Transmusicales de Rennes.

 

Quels sont les artistes que tu es fier d’avoir dans ton agence ?
Je suis très content de travailler avec la DJ et productrice anglaise Paula Temple. C’est une artiste qui a des principes, une intégrité. C’est un plaisir aussi d’avoir les Canadiens de Metz. Ils sont droits dans leurs bottes et ne font pas de mauvais concerts. Par le passé, j’ai beaucoup aimé travailler avec Modeselektor et Apparat.

 

Tu es à l’origine du festival « Transfer ». Quelle est l’idée fondatrice de cet événement ?
C’est un festival indie rock, dans une ville très électronique avec « Nuits Sonores » et « Le Sucre ». L’idée de « Transfer », c’est d’inviter des groupes émergents et des découvertes, pas nécessairement des têtes d’affiche. Cette année, il y avait Toy, Temples, Beak>, et aussi Ditz, Lice, Drahla, les groupes de demain ! Le festival a eu lieu au Transbordeur et à l’Épicerie Moderne, mais j’aimerais qu’il s’étende par la suite dans plus en plus de salles de l’agglomération lyonnaise.

 

site internet
www.loudbooking.com

illustratrice: Elene Usdin
Interview: Olivier Pernot