Marie Rémond

Diplômée de l’Ecole Supérieure d’Art et de Design d’Amiens (ÉSAD), formée à la marionnette traditionnelle par Françoise Rose-Auvet et à sa forme contemporaine par Sylvie Baillon, Marie Rémond, a pris la direction en octobre 2017 du théâtre de Chés Cabotants d’Amiens, lieu où Lafleur et ses acolytes à tringles et à fils font revivre depuis les années quatre-vingt dix un art populaire plus que bicentenaire. Forte de cette double culture, la marionnettiste et metteur en scène s’est fixée pour mission d’établir des passerelles entre ces deux approches et s’est attelée à renouer les liens entre le valet en velours rouge, la culture picarde et les Amiénois.

 

Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec la marionnette ? Pourquoi cet objet vous a –t-il tant marqué ?
J’ai toujours été attirée par les personnages animés, les automates et marionnettes. Par le design graphique aussi. C’est lors de mon apprentissage à l’ÉSAD que j’ai découvert la marionnette avec le théâtre La Licorne installé à Dunkerque. Cela a été pour moi un choc esthétique et une révélation. J’ai toujours ressenti un manque autour du travail de la matière. Avec la marionnette, il était possible de donner vie à celle-ci. Cela a guidé l’ensemble de mon parcours. Après mes études, je suis allée me promener à l’étranger avant de tomber sur une annonce du théâtre des Cabotants. Ce n’était pas un nom qui m’était inconnu mais il restait assez mystérieux. J’avais vaguement entendu parler du personnage de Lafleur sans pour autant l’avoir approché. Je suis arrivée vraiment par hasard et j’ai été formée à la marionnette traditionnelle par Françoise Rose (ancienne directrice du Théâtre de chés Cabotants d ’Amiens). Outre la découverte du personnage de Lafleur, qui ne m’a pas tellement quitté après, cela a été ma première rencontre avec la langue picarde. Après quatre ans, j’ai eu envie de découvrir la marionnette contemporaine avec Sylvie Baillon, Directrice du Tas de Sable et metteur en scène de Chés Panses vertes.

 

Quel a été votre impression la première fois que vous avez manipulé une marionnette ?
C’était assez étrange, dans le bon sens du terme ! Ces marionnettes ont déjà une vie. Ce n’est pas tant le fait qu’elles soient un objet patrimonial mais que quelque chose transpire d’elles. Il faut comprendre qu’elle c’est moi et que moi c’est elle. Il y a une vraie interrogation au-delà de la manipulation technique. Même si ce n’est que de la matière sans vie ou presque, il peut très vite se dégager quelque chose de la marionnette, c’est à nous de le décider. Tout passe par le corps, c’est aussi cela que j’essaye d’enseigner aux comédiens marionnettistes : il y a un rapport très physique à cet objet. Elle est une émanation de celui qui la dirige, il faut utiliser ses jambes, ses doigts, son corps…. On accompagne le mouvement. Cette relation devient rapidement très intense.

 

ce lieu et ces personnages emblématiques pour les années à venir ?
J’ai eu besoin de passer de la tradition à un aspect plus contemporain mais candidater ici m’est apparu comme une évidence. J’ai ressenti des choses aux Cabotants, je m’en suis nourrie et aujourd’hui j’ai envie d’inscrire ce théâtre dans son temps. Je souhaite créer un pont entre cette marionnette traditionnelle et la marionnette contemporaine. L’enjeu, c’est comment rendre vivant ce qui est patrimonial, comment un Lafleur d’hier pourrait dialoguer avec un Lafleur d’aujourd’hui. Il faut aller à l’essence de ce qu’est ce théâtre et le réinventer pour les générations futures. C’est pour cela que je suis en lien avec le Musée, le Conservatoire, l’UFR des arts… Il est nécessaire d’étudier, de croiser les disciplines et les répertoires. J’ai par exemple demandé à un auteur contemporain d’écrire pour la marionnette traditionnelle. L’idée est aussi de faire venir la marionnette contemporaine aux Cabotants pour créer des rencontres. L’objectif est de parler au plus grand nombre, aux enfants comme aux adultes d’ici et d’ailleurs pour faire redécouvrir Lafleur, son trait d’humour, sa ruse… Sur la forme, il faut que la mise en scène porte une attention particulière sur la marionnette et sur l’action. Il faut ouvrir le champ des possibles, être vivant.

 

Théâtre de marionnettes Chés Cabotans d’Amiens
31 Rue Edouard David, 80000 Amiens

renseignements
03 22 22 30 90
www.ches-cabotans-damiens.com

illustratrice: Elene Usdin
Interview: Diane Laphung