Marilyn & Alexis

Marilyn Feltz, Blousons Noirs, Paris

Créatifs de haut vol et duo inséparable, en marge de la frénésie consumériste du milieu de la mode, Marilyn et Alexis ont créé leurs marques textile Marilyn Feltz et Blousons Noirs. Forts de leurs expériences dans les milieux de la musique, de la nuit et de leur goût pour les voyages, ils ont su transmettre à leurs lignes une touche singulière et clairement identifiable surfant sur le glamour, le raffinement français et le rock’n’roll roll. En quelques années, leurs créations et leur engagement pour le slow fashion ont su conquérir célébrités et fidéliser une clientèle, leur ouvrant ainsi les portes tant sur le marché français qu’à l’international. Rencontre avec deux créateurs atypiques et au talent assuré.

 

Avez-vous grandi dans un environnement familial sensible à l’art, la musique, la mode ?
A : Pas du tout, c’est plutôt l’inverse : j’ai grandi dans une famille traditionnelle et plutôt hermétique à ce monde. C’est sûrement pour cela, qu’en réaction, j’ai eu un besoin de rébellion et de création. J’ai découvert l’art et la musique dans la médiathèque municipale de la ville dont je suis originaire, Cambrai. J’y louais énormément de CD et de vinyles. Il y avait un cinéma art et essai en sous-sol et j’aimais traîner dans cet endroit magique. J’y ai rencontré le gars qui allait devenir le bassiste de mon premier groupe.
M : J’ai grandi en banlieue parisienne avec des parents plutôt très terre à terre et pas vraiment sensibles à l’Art. Cependant j’ai été élevée dans l’atelier de mon grand-père qui était horloger à Colombes. Je pense que c’est lui qui m’a donné ce goût pour l’artisanat et les savoir-faire intemporels. J’ai très jeune eu besoin de tout creuser, d’apprendre les choses à ma façon et évoluer dans des cultures underground. C’est certainement le coté super mainstream de mes parents qui m’a donné ce besoin de différence ! J’avais des copines plus jeune dont les parents travaillaient dans la mode, mais elles étaient en fin de compte très « formatées » et n’ont pas réussi à faire leur place. Maintenant avec le recul je me dis que sortir les griffes et chercher seule sa voie est la meilleure école !

 

Adolescents, quelles étaient vos inspirations et vos aspirations ?
A : C’est le rock qui m’a subjugué quand j’étais adolescent. Précisément une vieille cassette de « Fun House » des Stooges. un hurlement de Iggy Pop qui, à lui seul, résumait tout de cette vibration. Tellement différent de tout ce que je connaissais, c’était comme découvrir un monde nouveau. Cela m’a donné envie de monter mon groupe de rock. Je me suis désintéressé de tout le reste et j’ai consacré la majorité de mon temps à la musique … Le punk et la culture DIY ont bercé mon adolescence. On peut tout faire dans la vie quand on a eu un groupe de rock ado ! Hahaha !
M : Ado j’étais fascinée par des artistes du présent, qui proposaient un angle nouveau et puissant. Il me fallait de l’énergie à l’état pur ! Je passais ma vie dans cette librairie de dingue à Saint Germain qui s’appelait « Un Regard Moderne », fermée depuis peu malheureusement. C’était un laboratoire d’idées hallucinant ! Je piochais dans ce capharnaüm comme dans un magasin de bonbons ! J’aimais aller boire des cafés avec Yan Morvan, faire des images avec Romain Slocombe ou discuter musique avec Gaspar Noé quand on se croisait tard ! En règle générale, tout ce qui était typiquement « français » me paraissait trop historique et vieux ! Dans les années 90 je ne rêvais que de Californie ou tout était permis artistiquement. Les jeunes avaient la main ! A cette époque-là je ne me voyais pas vivre ailleurs que là-bas, donc dès que j’ai fini mes études je suis partie vivre à Los Angeles ! La musique a été ma première passion et mon école. Les Bad Brains et Fugazi ont changé ma vie, et après tant d’autres ! Une période complètement dingue !!

 

Avant de vous lancer dans l’univers du textile, dans quels secteurs professionnels évoluiez-vous ?
A : J’étais batteur et producteur jusque mes 35 ans. J’ai produit une dizaine d’albums, donné beaucoup de concerts mais, après toutes ces années, j’ai commencé à tourner en rond et être insatisfait de la musique que je faisais… J’ai longuement réfléchi puis j’ai arrêté du jour au lendemain pour me consacrer à notre marque de prêt-à-porter. J’y retrouve un sens, un enthousiasme et des challenges…
M : J’ai d’abord été journaliste musicale correspondante à Los Angeles dans des magazines de rock, comme Rock’n’Folk, Rock Mag,… J’ai ensuite brièvement bifurqué vers la presse féminine où j’écrivais des articles de société et de culture, puis la nuit, qui m’a permis de pas mal voyager…

 

Peut-on dire que votre esprit globe trotteur, que vos expériences passées dans la musique et le monde de la nuit ont forgé l’ADN de vos marques respectives ?
A : Tout vient de là je pense ! Mes capsules « Blousons Noirs » sont inspirées des looks des groupes que j’aime : The Smith, Prefab Sprout, Stray Cats, Daho… L’imagerie « rock and rollienne » a toujours inspiré la mode et vice versa. Pour moi le rock et la mode c’est pareil !
M : Complètement ! Notre travail est le reflet de notre histoire, c’est notre biographie, et c’est ce qui fait que notre démarche ne ressemble à aucune autre ! On ne suit aucun cahier de tendances. Chacune de nos pièces s’inspirent d’un lieu qui nous a marqué ou fait rêver. Ca peut être un club de jazz éclairé à la bougie au fin fond de Berlin, un apéro coucher de soleil sur une plage d’Ibiza ou un Ballroom Art Deco abandonné à LA. C’est comme si chaque capsule était le scénario d’un moment qu’on a voulu figer dans le temps.

 

En retrait des tendances dictées par le milieu de la mode, votre style, vos coupes et imprimés révèlent un intérêt pour le vintage et l’histoire de la mode..
M : Je pense qu’on a simplement perdu l’habitude de porter des beaux tissus et des belles coupes. Le prêt-à-porter actuel nous pousse vers des matières médiocres et stretch, des formes amples censées aller à tout le monde et donc vendre plus. Dès qu’on commence à travailler avec des tissus plus épais et structurants, à serrer les tailles, faire de jolis plis, des pinces, tout de suite on pense à des époques où le prêt-à-porter n’existait pas, donc à nos tantes ou nos grands-mères. Je ne suis pour ma part pas du tout obnubilée par le rétro, je suis à 300% une femme du 21ème siècle, mais je reconnais être fatiguée d’être tirée vers le bas en terme d’esthétisme juste pour enrichir les grosses marques et payer leurs boutiques sur les Champs-Elysées et leurs pages de pub dans Vogue.

 

Vous semblez attachés au modèle économique slow fashion. Quels en sont les avantages et les inconvénients ?
A : Je ne vois pas d’inconvénients à la « slow fashion »… Le monde du prêt-à-porter n’est rien de plus que celui de la consommation de masse, la consommation à outrance au mépris de l’être humain et de notre écosystème. Le rythme qu’il impose aux consommateurs est fou. C’est important de revenir à une consommation plus censée, plus intelligente.
M : Le plus compliqué c’est de rééduquer les gens qui font partie des trois dernières générations. Nous avons été élevés dans le boom de la pub, et on nous a programmés pour être de féroces consommateurs. Les gens qui passent chez nous ont compris qu’il n’était pas nécessaire de remplir des placards de façon compulsive. Ils se font plaisir avec des pièces qui ont une réelle valeur et sans obsolescence.

 

Etes-vous sensible aux arguments du Made in France et de l’impact écologique ?
M : Je pense qu’il est complètement aberrant que des t-shirts fassent deux fois le tour du monde avant de se retrouver en magasin ! C’est une démarche qui est complètement folle et opposée à la notre. Moi j’aime voir les artisans, qu’ils soient brodeurs, tisseurs, modélistes, dentellier, monteur… J’aime la proximité qu’on a avec tous nos intervenants, aller les voir dans les ateliers pour trouver des solutions, discuter, échanger, apprendre de leur expérience. Tout faire par ordinateur chacun de son coté de la planète, dealer des quantités de dingue pour être vulgairement brader en période de soldes, affréter des avions ou des cargos, jongler avec des chiffres comme si on vendait des yaourts, ça ne m’intéresse pas. Je veux garder l’humain. Je ne sais pas si c’est ça qu’on appelle aujourd’hui le Made in France… mais moi j’aime les choses « faites maison ». J’aime voir mes pièces du moment où on coupe jusqu’au moment où on pose les boutons ! Et nous adorons partager ces moments intimes sur notre Instagram !
A : Pratiquement toute notre activité de production se fait dans un rayon de un kilomètre. Notre atelier se trouve à quelques pas de notre boutique et nous utilisons en majorité des tissus français. Nous revenons en quelque sorte à un schéma artisanal… Je fais souvent le parallèle entre « le made in France » et le « manger bio ». C’est citoyen de produire et de consommer de la sorte. On peut produire en France sans que le coût ne soit exorbitant. Il faut encourager et promouvoir le « Made in France » et le « buy local ». Et le second hand évidemment , il faut recycler !

 

L’une des particularités dans la diffusion de Marilyn Feltz et Blousons noirs est la mise en place de pop up aux quatre coins de la France et dans plusieurs pays. Pourquoi ce choix ?
M : Nous ne voulons être distribués qu’en vente directe pour assurer à notre clientèle des prix « directs atelier ». Comme nous n’avons pour le moment qu’une boutique à Paris et une boutique en ligne, l’idée des pop-up stores est une façon sympa d’aller vers notre clientèle pour qu’elles puissent toucher, essayer, boire une coupe de Champagne avec nous ! En général nous louons une suite, ou sommes invités par une boutique locale. Ce sont toujours des moments de belles rencontres  !

 

Quels liens établissez-vous entre vos marques ?
M : La ligne féminine est indéniablement plus cocktail que notre ligne Homme qui est plus « Street », casual et plus accessible en terme de prix. Cependant le soucis de la belle finition, le coté presque cinématographique et des belles matières sont nos points communs ! Les deux lignes sont montées dans le même atelier et retracent la même histoire !

 

Si vous deviez définir en quelques mots l’esprit Marilyn Feltz et Blousons noirs, quels seraient-ils ?
M : Authentique, glam, romantique et un peu fou !
A : Rock and roll ! 

 

On associe à vos créations, quelques noms de célébrités Dita Von Teese, Brigitte, Elodie Frégé… Mais quelles idoles disparues auriez-vous aimé voir porter vos vêtements ?
M : On habille déjà des très belles inconnues avec des personnalités incroyables, mais je dirais Dalida sans hésiter ! Vali Myers, Romy Schneider, Nina Simone, Theda Bara… Et pourquoi uniquement des femmes disparues ?! J’adorerais aussi habiller des femmes uniques comme Julianne Moore qui m’hypnotise, Valérie Lermercier qui a une classe folle, Juliette Armanet, la pianiste classique Khatia Buniatishvili, la fille de Coutney Love et Kurt Cobain qui est juste magnifique, ou Vanessa Paradis… Bref, beaucoup de femmes !

 

A moyen terme, quels seront les défis que vous envisagez de relever ?
M : On aimerait ouvrir d’autres boutiques dans des villes comme Londres , Tokyo ou Miami où nous avons une clientèle qui ne cesse de grandir ! J’aimerais produire plus de modèles exceptionnels et cocktail, plus de robes de mariée aussi car bien que nous ayons quelques modèles disponibles on nous en demande toujours plus ! Bref, nous avons une multitude de challenges en vue, et l’aventure ne fait que commencer !!

 

sites internet
www.marilynfeltz.com
www.blousons-noirs.com

Photographe: Julien Lachaussée
Interview: Pascal Sanson