Megan Laurent

photographe, Amiens

ci-dessus :Sans Titre 2digital art, 2019

Du milieu du XVème siècle aux prémices de la Renaissance, l’artiste se livre, toutes pratiques confondues, au difficile exercice de l’autoportrait. L’Homme au turban rouge de Jan van Eyck (1433), L’Autoportrait à la fourrure de Dürer (1500), leur apporteront reconnaissance et lettres de noblesse. Cindy Sherman, Warhol, Koons entre autres perpétueront le geste en photographie. Les raisons qui poussent l’artiste à se représenter sont multiples : introspection, témoignage sur l’art, l’époque ou la société, exhibitionnisme, journal intime, autofiguration*, dogme… Photographe, Megan Laurent inscrit, à sa mesure, son travail dans cette longue tradition de la représentation de soi. Dans ses clichés, l’artiste ne se magnifie pas mais sonde les tréfonds de son identité. Au rythme de ses humeurs, ses photographies effectuent d’incessants va-et-vient entre catharsis, autofiguration et journal intime.


Pourquoi avoir choisi la photographie et plus particulièrement l’autoportrait ?
A vrai dire ce n’est pas un choix, j’ai commencé à me prendre en photo vers 20 ans, de manière pulsionnelle, c’était un moyen de pallier l’angoisse. La photographie a été le médium le plus direct me permettant de restituer une image, une atmosphère, une sensation que j’avais en tête. Auparavant je pratiquais des médiums plus picturaux, comme la peinture, l’encre ou la gravure. Je n’aurais jamais cru faire de la photographie à ce rythme, je trouvais ce média assez froid. Au final je pense que c’est ce qui m’intéresse, et surtout c’est l’idée du contrôle qui m’a poussée à me photographier, mettre mon corps en scène à ma guise ou cacher ce que je ne saurais montrer.

En quoi ton projet artistique est-il « existentiel » ?
Je l’ai défini comme un projet existentiel car mes autoportraits sont rythmés par mon vécu. Ils sont étroitement liés au besoin de me photographier pour me purger. Il est probable que je me photographie tout ma vie, sauf si un jour je sens que je n’aurai plus “rien à dire” sur moi par l’image. C’est une sorte d’auto-thérapie. D’où cette qualification d'”existentiel”.

Mise en scène minimale, lumière froide, chromie récurrente, cadrage millimétré, ton œuvre semble loin d’être instantanée. Quelle est ta méthodologie de travail ?
Mon travail est improvisé, plutôt dans une sorte d’improvisation contrôlée. Je ne prévois jamais à l’avance mes shoots, je ne me photographie que par besoin, même si je peux avoir envie de travailler sur une certaine lumière ou avec tel accessoire. Puis lors du shoot, je pose et repose durant des heures parfois, mais au final je ne vais effectuer que 10 à 30 photographies, mes temps de poses sont très longs. C’est un travail photographique que je réalise à tâtons, je répète sans cesse la même image tout en variant mes poses.

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Peux-tu nous parler de tes références, de tes sources d’inspiration ?
Pour la photographie en terme d’autoportraits : Francesca Woodman a laissé une grande impression sur moi, ainsi que Claude Cahun et John Coplans. Je m’intéresse également au théâtre et à la danse, notamment au travail de Pina Bausch. Je puise dans ma pratique de ces deux disciplines pour composer mes photographies. Quant aux textes, je m’intéresse particulière à une écriture crue et sèche, comme celle de Sarah Kane, Sylvia Plath ou Bukowski.

Jusqu’où iras-tu dans la réalisation de ce projet photographique?
Je n’ai pas réellement de limites même si je peux m’autocensurer dans l’image, par exemple on n’y voit jamais mon corps dans son intégralité. Je trouve que ce n’est pas nécessaire. Je ne veux pas créer d’autoportraits racoleurs. Cependant j’ai beaucoup moins de pudeur dans mes textes, je me laisse aller plus facilement. Après en terme de thématique je n’ai pas de limite. La solitude, le deuil, le sexe, la mort, la famille, tout ce qui participe de la vie.

www.meganlaurent.com

Interview : Pascal Sanson
Photographe : Ludovic Leleu