Musée
la Piscine

Ci-dessus : le bassin art déco aux dimensions olympiques
et la galerie des sculptures des XIXe et XXe siècles

MARIAGE RÉUSSI ENTRE COLLECTIONS ET PATRIMOINE, la Piscine de Roubaix s’inscrit dans la lignée d’Orsay et du Guggenheim de Bilbao. Joyau architectural des années 30, cet ancien temple du corps reconverti en musée d’art et d’industrie est aujourd’hui inscrit au patrimoine du XXe siècle.

Dans la présence du musée roubaisien en tête du palmarès des musées de France, il faut y voir non seulement la reconnaissance de ses collections XIXe et XXe, mais aussi celle d’un patrimoine d’exception signé Albert Baert. Un plébiscite donc, pour ce bijou d’architecture des années 30, qui avant sa reconversion en musée, fut considéré comme « la plus belle piscine de France ». Un temple art déco de l’hygiène et du sport, bâti entre 1927 et 1932, dont l’une des fonctions était d’adoucir le rude quotidien des milliers d’ouvriers de la cité lainière. C’est à l’architecte Albert Baert que fut confié, par Jean Lebas, maire de l’époque, le chantier de la piscine de Roubaix. Livré en 1932, le bâtiment affiche une grande modernité doublée d’une rare magnificence. Au coeur d’un urbanisme dense, constitué de manufactures, d’ateliers, de maisons, l’architecture presque abbatiale de Baert se démarque. Une dimension religieuse souhaitée par le maître d’oeuvre, qui pour concevoir l’établissement balnéo s’est appuyé sur les plans d’une abbaye cistercienne. Dès l’entrée et sa façade romano byzantine, Baert revendique un style entre théâtralité et épure. Des salles d’eau aux soins, de la buvette au solarium, l’architecte multiplie les références à la vie monacale ; voûte démesurée et cabine-cellule, jardin claustral, béton monochrome gris, économie des motifs décoratifs. L’esthétique art déco participe quant elle à la théâtralité des lieux, incarnée par l’espace baignade. Sous une voûte digne d’une nef, un bassin en mosaïque bleu bordé de balustrades « style viennois », réhaussé de verrières en éventail évoquant le lever et coucher du soleil. Un chef d’oeuvre art déco. Sa renommée fut immédiate et perdura jusqu’à sa fermeture en 1985. Cinq ans plus tard émergera le projet de reconversion des bains en établissement culturel, permettant ainsi de palier au manque de musée et de contrer la crise industrielle textile avec un projet valorisant.

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Au premier plan :  La jeune fille à la fontaine,
marbre de Pierre-Alexandre Schoenewerk, 1875

En 1994, le choix de l’architecte se porte sur Jean- Paul Philippon, à qui l’on doit le Musée d’Orsay. Débutés en 98, les travaux prennent en compte la réhabilitation de la voûte, du bassin, des vitraux, la transformation des cabines et salles de bains, la construction d’une nouvelle aile et entrée en lieu et place d’anciennes entreprises textile. Soit le passage d’un sanctuaire de l’hygiénisme à un musée solidaire, industriel et mémoriel. Inaugurée en 2001, la Piscine-Musée d’Art et d’Industrie André Diligent s’inscrit dans l’ADN de Roubaix. Tout en conservant pour écrin la magnificence des temps passés, le musée offre à voir sur 11 000 m2 une riche collection centrée sur l’histoire industrielle de la ville, les Beaux Arts et Arts appliqués. Autour de l’iconique et fédérateur grand bassin Art déco mué en galerie de statues décoratives, un parcours guide le visiteur à la découverte des oeuvres phare Telles « La petite châteleine » de Camille Claudel, « La baigneuse » d’Ingres, le combat de coqs de Remy Cogghe, la communiante de Tamara de Lempicka, et mille et un autres chefd’oeuvres de l’esprit fin de siècle à la figure moderne, du naturalisme au groupe de Roubaix. En miroir au passé textile de la ville, s’ajoute des milliers de références de tissus du VIe au XVIIIe, et de tout un pan de l’histoire de la mode et du design. En complément des collections permanentes, et ce depuis l’arrivée du conservateur Bruno Gaudichon, la Piscine présente de magistrales expositions nationales dédiées notamment à Degas, Chagall, Picasso…

LA PISCINE – MUSÉE D’ART ET D’INDUSTRIE ANDRÉ DILIGENT
23 rue de l’Espérance, Roubaix
Renseignements : 03 20 69 23 60
www.roubaix-lapisicne.com

Auteur : Pascal Sanson
Photographe : Gaël Clariana