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La Mverte
Sueurs froides

En une poignée d’Eps et une imparable esthétique morbide et ésotérique, la Mverte, projet derrière lequel se cache le parisien Alexandre Berly, a su se faire une place à sa mesure dans le paysage des musiques électroniques. Talent confirmé par son passage à la Red Bull Music Academy, ce musicien multi instrumentiste, dj et producteur, distille une techno matinée de sonorités cold eighties, de synthés analogiques et kicks ravageurs. Un univers sonore dont le particularisme est d’être à la fois dansant et cérébral, libérateur et hypnotique et dont la Mverte nous livre les clefs.


D’où te vient cet intérêt pour l’esthétique de la « belle mort », du romantisme noir et de l’ésotérisme ?
De l’enfance, très surement. J’ai toujours été attiré par les symboles, le fantastique, la mythologie. Je me suis intéressé à la maçonnerie, à la face sombre du romantisme effectivement. La mort sous l’ensemble de ses aspects, aussi. C’est difficile de trouver une raison précise. C’est simplement un univers où je me sens bien.

Envisageais-tu, à l’origine, La Mverte comme un projet global incluant au-delà de la musique, une esthétique, un message, un récit ?
Il m’est toujours un peu difficile de savoir où commence et finit La Mverte tant la frontière avec ma personne est fine. A vrai dire, je ne réfléchis pas le « projet » en tant que tel, mais plutôt comme un avatar de ce que je suis. Difficile, donc, de ne pas l’envisager comme global. Toutefois, si message il y a, celui-ci est exclusivement esthétique. Je n’ai aucune envie, tout du moins aujourd’hui, de délivrer un message – politique par exemple.

Peut-on définir ta signature comme l’art de danser avec le chaud et le froid, le groovy et la cold 80’s ?
C’est toujours compliqué pour moi de définir la musique que je fais. J’aimerais penser que, si j’ai une signature, celle-ci est plus dans les textures des sons que j’utilise que dans les « formes » de la musique en elle-même. Mais oui, j’imagine que l’on peut dire que je navigue entre le chaud et le froid, à différents niveaux.

Ton prisme musical est assez large, mais la cold, la new wave, le post-punk occupent une place de choix…
J’écoute (ou ai écouté) beaucoup de choses différentes oui. De la disco à la techno, en passant par les courants wave et bien d’autres. Mais il est effectivement vrai que le post-punk et les new, cold, synth, etc. – wave occupent une place de choix. J’ai commencé à jouer de la musique en étant bassiste dans de petits groupes de punk et de post-punk, je suppose que ça a laissé une trace indélébile. Et puis, comme pour le message esthétique dont nous parlions plus haut, c’est tout simplement un endroit musical où je me sens bien.

Te sens-tu d’une certaine manière dans la continuité d’un style allant de guerre froide à Colder à Zombie Zombie ?
Il me semble que ce serait un peu prétentieux, tout du moins poseur, que de dire cela. J’aime bien sûr tous les groupes cités, mais il me semblerait malvenu de dire que je suis dans leur continuité. A vrai dire, je ne réfléchis pas en ces termes. Avec Her Majesty’s Ship (le label sur lequel je suis signé), nous sommes plutôt pour faire ce que nous voulons, de la manière dont nous le voulons, sans se « placer » par rapport aux autres. Nous avons un ADN, c’est évident. Mais ce n’est pas une équation de groupes d’hier et d’aujourd’hui.

L’Electroclash ne te laisse pas insensible, je crois. Que retiens-tu de ces années Gigolo Records ?
En fait, j’ai vraiment été amené à la musique électronique par l’electroclash. Plus jeune, j’écoutais principalement du disco, Motown chez ma mère et de la new wave chez mon père. Ce fut un électrochoc alors, quand j’ai découvert cette musique qui me semblait taillée sur mesure pour moi. Ce sont donc des années qui ont une saveur particulière pour moi.

D’ailleurs, le traitement de ta voix sur certains titres n’est-il pas un clin d’œil à l’electroclash ?
Inconsciemment peut être, oui.

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© Marie Athénaïs

A quel moment as-tu décidé de passer plus sérieusement aux claviers analogiques ? Lesquels ont ta préférence ?
Assez vite, en fait. J’en ai très vite eu marre de passer des heures à créer des presets sur des VST, à la recherche des textures qui me convenaient. J’avais plus l’impression de faire de la programmation que de la musique. Et puis, le contact avec l’instrument fait vraiment partie de ma « routine » d’écriture comme de production. J’utilise l’ordinateur comme un enregistreur, un outils pour traiter le son, mais pas du tout comme un générateur (ou exceptionnellement). J’ai donc travaillé et économisé pour pouvoir m’acheter mes premiers synthés. Après, j’en aime beaucoup, et des différents. Mais mon couple Roland SH-101 et SH-09 a une valeur sentimentale particulière.

Penses-tu comme Arnaud Rebotini, par exemple, que le SH1O1 est « primordial » pour qui compte se lancer dans l’acquisition de synthés ?
Je ne dirais pas qu’il est « primordial », mais c’est en effet un synthé très complet, simple de prise en main et très versatile. On peut réellement tout faire avec cet instrument, et la combinaison avec la TR-707 permet d’avoir un petit kit complet, malheureusement de moins en moins abordable vu les prix pratiqués en ce moment, mais par principe accessible. C’est mon fétiche, en effet, mais chacun aborde la musique par sa propre voie, son propre médium. Comme pour le reste, il n’y a pas de règles.

As-tu la tentation à moyen ou plus long terme de passer d’un projet solo à un groupe ?
J’ai commencé en venant de groupes et j’ai eu la chance (et le plaisir) de tourner avec Yan Wagner, donc je sais un peu ce que c’est. Après, oui, l’envie commence à poindre. Un jour, peut être, surement. Pour autre chose.

Après Acid Washed, Yan Wagner, Alejandro Paz, quelle(s) collaborations (s) aimerais-tu voir se réaliser ?
Il y a des envies, c’est évident, mais il est trop tôt pour en parler. Notamment une qui est bien lancée, mais chaque chose en son temps. C’est difficile de s’avancer avant que cela ne soit conclu. Patience.

Le choix d’un label n’est pas anodin pour un artiste. Comment as-tu rencontré David Shaw et Charlotte Decroix du label HMS ?
J’ai eu le plaisir de rencontrer David lorsque je jouais avec Yan Wagner, pour la tournée de son premier album, au Temps Machine de Joué les Tours. David y faisait la première partie avec son projet David Shaw and the Beat, et je me souviens d’une belle et longue soirée, arrosée de whisky et de discussions animées. J’avais notamment évoqué mon projet qui était tout juste en train de se concevoir dans ma tête, et David m’a proposé de lui envoyer des démos. La semaine suivante, nous nous rencontrions chez lui, et l’aventure était lancée. J’ai ensuite rencontré Charlotte, et notre petite famille s’est formée.

Quels moments et enseignements gardes-tu après plus d’un an sur les routes ?
Pas si simple de lister les enseignements tant ils sont nombreux, à plein de niveaux. Mais je garde d’excellents moments en tête bien sûr. J’ai la chance de travailler avec une équipe de choc. Mon tourneur, My Favorite, et mes ingénieurs du son Simon-Pierre Tourette et Pierre Bonnet. Ensemble, nous avons parcouru de beaux festivals, comme Dour cette année, Rock en Seine, Le Nuits Sonores et le Sonar l’an passé. Les soirées que l’on organise avec le label, évidemment. Il y a tellement de choses qui se sont passées qu’il est difficile de n’en garder que quelques unes. Mais c’est un plaisir sans cesse renouvelé que d’être sur la route chaque weekend ou presque. Parfois difficile ou fatigant, mais toujours gratifiant, aussi bien personnellement que pour la musique que l’on défend.

Quels projets pour cette fin 2016 ?
Je suis en train de boucler mon premier album. C’est réellement excitant, mais très, très prenant. Un peu stressant aussi. Hormis cela, je continue de jouer régulièrement, en live comme en DJ. J’ai aussi des collaborations en tête, dont une déjà lancée, mais chaque chose en son temps. Step by step.

Sites internet
www.facebook.com/la.mverte.music
www.soundcloud.com/la-mverte/
www.hmsrecords.com

Interview : Pascal Sanson