Nicolas
Auvray

Directeur porté par la passion du théâtre et par un profond respect pour le public, Nicolas Auvray insuffle depuis 2006 un vent nouveau sur la Comédie de picardie d’Amiens. Du grinçant Cabaret des hommes perdus de Christian Siméon à la Crise de Foi de Sophia Aram, ses choix de programmation privilégient le mélange des genres, les auteurs oubliés du répertoire, la satyre social et surtout la dérision. Il revendique l’écclectisme et le droit à la fantaisie dans une période où le théâtre, trop souvent englué dans le conformisme, aurait besoin de se dérider. Alors qu’il prépare sa neuvième saison, ce passionné nous livre sa vision du théâtre.

Trois mots pour définir le Comédie de Picardie ?

La comédie de Picardie, c’est un esprit de générosité, de convivialité et d’ouverture. D’ouverture vers un public le plus large possible et envers les auteurs contemporains.

Ta programmation est marquée par l’écclectisme, le mélange des genres, la fantaisie et un soupçon d’anticonformisme. Comment l’expliques-tu ?

Je crois que le théâtre est multiple. On peut à la fois aimer Molière et prendre plaisir à du bon bon boulevard comme Sacha Guytry. C’est pourquoi je privilégie l’écclectisme. J’aime bien le mélange, ça ne me pose pas de souci de programmer du stand up et du répertoire. J’aime les choses qui bousculent le monde, l’anticonformisme, tout cela avec de la fantaisie et de la dérision. La dérision permet aussi de réfléchir sur nous-même.

Quelles ont été les nouvelles orientations de la programmation à ton arrivée ?

J’ai élargi la programmation à des spectacles de théâtre musical tel Le cabaret des hommes perdus de Christian Simeon, de seul en scène aussi. L’humour, le burlesque, la dérision a certainement pris une part plus importante. Il est nécessaire de s’amuser, voir les choses avec plus de légèreté. Labiche disait « La France est un pays joyeux ». Au dixième neuvième siècle on considérait la France comme un pays joyeux. Il est temps qu’elle le redevienne, elle semble un peu triste en ce moment.

Comment la Comédie de Picardie soutient-elle la création régionale ?

Une des particularités de la Comédie de Picardie, c’est d’avoir augmenté le nombre de représentation des compagnies régionales avec beaucoup de plaisir et sans contrainte. Nous programmons environ 3 à 4 représentations de compagnies régionales, en plus des metteurs en scène associés originaires de Picardie.

Quels seront les prochains défis pour la Comédie de Picardie ?

Trouver un bon équilibre entre le répertoire et la redécouverte des auteurs classiques oubliés comme le Guillaume Tell de Schiller que nous avons défendu cette année. Il ne serait pas raisonnable de présenter tous les ans, l’Avare, Les fourberies de Scapin ou les Jeux de l’amour et du hasard. Ensuite, mettre en avant de nouveaux auteurs travaillant sur les questions de société, qu’ils soient français ou étrangers. La scène anglaise est extrêmement dynamique à ce sujet.

Quel regard portes tu sur le théâtre d’aujourd’hui ?

Je trouve que le théâtre d’aujourd’hui est très diversifié. Ce qui m’ennuie un peu, c’est que l’on est un peu en panne d’auteurs dramatiques. De plus, je constate que le théâtre ne laisse pas assez de place à la comédie, à la joie de vivre. Il n’y a pas assez de légèreté, de positif, peut-être est-il trop dépendant du regard universitaire.

Comment augmenter la fréquentation des théâtres ?

Il faut que le théâtre parle du monde d’aujourd’hui, qu’il sorte de la logique de répertoire. Molière, Racine, Shakespeare il en faut, en partie pour former une partie des jeunes spectateurs mais on doit aussi s’interroger sur les grandes questions posés par notre monde.

L’une de tes plus belles émotions à la Comédie de Picardie ?

C’est un seul en scène burlesque que nous produisons, le spectacle Les fureurs d’Ostrowsky de Gilles Ostrowsky sur une mise en scène de Jean Michel Rabeux. L’histoire des Atrides revisitée dans l’esprit des Monty python. J’ai eu aussi beaucoup de plaisir à travailler avec Pauline Bureau est son traitement avec humour de la question du genre dans son spectacle Modèles.

Peut-on dire que le théâtre c’est la vie ?

C’est drôle comme question car souvent je me demande si le théâtre est plus beau que la vie ou si la vie est plus belle que le théâtre. Et finallement, après quelques années passées dans ce métier, je constate que le théâtre c’est quand même plus beau que la vie.

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Comédie de Picardie – 62 rue des Jacobins – 80000 AMIENS
Renseignements, réservations : 03 22 22 20 20

www.comdepic.com

Photographe : Gaël Clariana