Niloufar Banisadr

Le corps et la raison

Ci-dessus : How massive is destruction ?, 2015, Photographie issue de la série Mes voyages,
Galerie 55Bellechasse

De sa jeunesse iranienne, de sa quête d’identité à celle de la mémoire familiale, de son exploration de la figure féminine à son attachement au respect des droits des femmes, de tout cela la photographe Niloufar Banisadr en a fait la matrice de son œuvre. Une œuvre sensorielle, mémorielle, parfois transgressive à appréhender comme un journal où l’émotion prime et d’où surgissent mille et une interrogations. Comme des chapitres, ses autoportraits et séries photographiques de Light She Is à Lettre de Mado viennent compléter, chacun à leur manière, la réflexion de l’artiste sur l’intime et l’universel.

Vous avez passé une partie de votre jeunesse à Téhéran en Iran. Quel regard portez-vous sur ces années ?
Avec 15 ans de recul – j’ai quitté l’Iran en décembre 2002- lorsque je repense à ma jeunesse à Téhéran, je me rends compte qu’à l’époque réaliser nos simples loisirs avec nos amies n’était pas sans angoisse et sans trouble de l’esprit. Par exemple, pour faire la fête chez des amis, il résidait toujours une certaine crainte et nous devions sans cesse penser à baisser la musique et, éviter d’être  trop nombreux. Je me souviens aussi des voyages avec mes amies en bus à travers l’Iran pour découvrir les nombreux monuments et photographier les paysages. L’Iran est un pays à découvrir et les gens sont très accueillants. Ce pays c’est ouvert récemment de nouveau aux touristes venues d’Europe et l’Asie. En hiver, il y a beaucoup d’activités également. Comme aller faire du ski. Le ski était un grand luxe et le loisir le plus exclusif de notre génération, car on peut avoir plus de liberté en haut des pistes et lors des soirées au coin d’un feu. On ressent quelque chose de magique quand on lit ensemble les poèmes d’Hâfez ou que l’on écoute de la musique pop en dansant. Mais lorsque l’on fait la fête chez des amis, que l’on danse ou que l’on écoute les dernière musiques pop occidentales, on apprend en même temps jeune à s’imposer des limites et à bien réfléchir pour éviter des problèmes aux conséquences imprévisibles. Toutefois, je sais pour l’avoir vécu que mes parents et les jeunes d aujourd’hui en Iran bénéficions d’une éducation scolaire d’un niveau excellent, tant dans l’art que la médecine, le commerce, mais aussi dans l’informatique. Pour la jeunesse, il y a beaucoup d’avantages à être en Iran, et ce de plus en plus ces dernières années avec la fin des multiples restrictions bancaires et commerciales.

Quelles furent vos premières émotions artistiques et photographiques ?
Dès l’âge de 5 ans, j’aimais peindre à la crèche. Plus tard, je me suis mise à peindre de façon assez libre, certains diraient “surréaliste” : par exemple, la mer en rouge et le ciel en jaune. Plus tard, à l’université de Azad, je me suis intéressée et focalisée sur l’image et la photographie, qui ont une longue tradition en Iran. Mes premières séries de travaux avaient un objectif d’apprentissage de la lumière. Elles sont à l’origine de la suite de ma carrière et d’immenses émotions. En effet, mes photos ont été jugées trop provocantes. J’ai été censurée et condamnée. Afin de ne plus mettre en danger mes proches et mes modèles, je suis devenue mon propre sujet/objet, y compris dans mes travaux les plus abstraits et/ ou conceptuels. Je suis un peu une photographe du self portrait et une narratrice de ma vie et de mes interrogations à travers les images. L’émotion est partout dans l’art qui m’intéresse et attire mon regard. Et en moi, j’ai ce besoin, parfois, que cela sorte. C’est quelque chose qui peut ressembler peut-être à un accouchement, avec un mélange de phases de plaisir, de souffrance et de doute. J’essaie également dans mes travaux de susciter des émotions et de poser des questions. Moi-même, je n’en ai pas forcément les réponses, et elles n’existent certainement pas d’ailleurs…

Ci-dessus :Voile aux vents (détail), 2010-2012, photographie, 
Galerie 55Bellechasse

De vos années d’études en photographie passées à l’université Azad, quels enseignements gardez-vous ? 
Ce dont je me souviens le plus, le cours de laboratoire noir et blanc. Pendant 4 ans et 6 heures par semaine, on allait dans la chambre noire. A l’époque de la photographie argentique on réfléchissait davantage pour prendre un « shoot de photo », on attendait impatiemment pour développer nos films… Et puis, la joie de les voir se révéler sur le papier, de regarder nos planches contact, d’éditer et de faire des tests, puis d’autres tests, pour arriver à un bon tirage pouvait durer une après- midi entière, voire même bien plus longtemps, comme pour certaines photos de Freud. Toutes ces étapes étaient des moments magiques et une démarche passionnante. Aujourd’hui, quand je regarde les archives de mes négatifs de toutes ces années, que j’ai conservées dans des boîtes à chaussures, je me dis que j’ai eu de la chance d’avoir reçu cette éducation si complète.

Quels furent vos premiers contacts avec le monde de l’art ? Fréquentiez-vous une communauté ou scène artistique particulière ?
Mon premier contact avec le monde de l’art s’est fait à l’âge de 14 ans, quand j’allais à des cours particuliers de peinture ; mes deux grands maîtres étaient des peintres iraniens : Taha Behbahani et Gholamhosein Nami. Quand j’était petite, mon père prenait des portraits magnifiques de ma mère et de ma sœur et de moi, puis il fabriquait chaque année des albums de famille. En effet, la photographie était sa passion. Grâce à nos portraits et des photos de paysages de nos vacances, il gardait la trace de notre vie ensemble, de nos journées, de nos premiers pas. J’ai toujours été fascinée par ces albums et souvent j’ai passé des heures à les feuilleter. Plus tard, à l’université, j’ai découvert Shirin Neshat, Cindy Sherman, Richard Avedon et John Batho. Ainsi que mes maîtres iranien : Kamran Adle, Mohammad Faraj, Bahman Jalali, Sadegh Tirafkan et Mehran Mohajer.

Vous avez commencé par la photographie classique de portraits féminins, sans l’ambition de vous projeter au-delà. A quel moment, l’idée de travailler sur des projets plus personnels a t-elle émergé ? 
J’ai commencé à prendre des portraits de femmes et d’enfants à partir de ma troisième année d’université pour avoir mon indépendance financière, j’en ressentais le besoin. A cette époque, nous étions très peu de femmes photographes qui prenaient des portraits dans un atelier privé. Mais, entre temps, j’ai toujours pratiqué et réalisé mes inspirations. Elles étaient à l’époque souvent sous forme de mises en scène, qui rappellent le souvenir d’une époque classique de l’art (Elle est Lumière) ou une écriture photographique narrative de l’histoire de mes questions de jeune femme (la Chaise polonaise) ; avec toutes les complexités des femmes iraniennes dans une société en plein bouleversement.

Ci-dessus : I am an indian, 2015, Photographie issue de la série Mes voyages,
Galerie 55Bellechasse

Dès votre première série Light she is (1998), et plus tard avec les photographies de Freud (2004), vous avez été confrontée à la censure. Comment avez-vous surmonté cet épisode ? Cela a t-il eu une influence sur votre travail ?
Oui, en effet, la censure a eu une grande influence sur tous mes thèmes,  thèmes que je réalisais en Iran, puis en France. Ainsi, pour Light she is, j’aurais dû censurer le corps et le visage de mon modèle, car à cette époque, les surveillantes de l’université trouvaient cela trop provocant. C’est toujours le cas d’ailleurs, même si cela l’est moins en Iran qu’ailleurs dans la région. Alors, pour éviter la censure, j’ai remplacé mon modèle par une chaise : la « Chaise Polonaise », qui est caractéristique et typique pour les iraniens. C’est un objet qui est le symbole de la nostalgie des pays de l’Est, représentatif à la fois d’un travail solide mais aussi raffiné, qui est l’image de la femme. C’était d’ailleurs la chaise des cuisines dans les familles bourgeoises. Quand à cette époque, j’ai été un peu frustrée de ne pas pouvoir continuer avec mon modèle, j’ai choisi cette chaise comme nouveau modèle. Et je trouve que le résultat est bien plus mystérieux et offre plein de possibilités étonnantes. Une chaise vide parle beaucoup, surtout quand elle a une histoire aussi longue que ces chaises utilisées par ma famille depuis presque 100 ans ! Dans la série de voile d’eau le corps est abstrait et très impressionniste, il suggère une nudité totale et l’attente. Quant à la série de Freud, je l’ai réalisée sans censure mais c’est moi-même qui ai voulu la censurer pendant plus de 10 ans. (Je n’ai pas exposé ces photos jusqu’à l’âge de 40 ans). En effet, je l’ai réalisée sans me poser de limites, alors que je vis en France et que le thème du voile religieux envahit les médias et l’Assemblée Nationale. Ces premières lois sur l’interdiction du voile m’ont fortement surprise : comment peut-on se dire démocratique quand on interdit ? Je pense que le mieux est de donner aux femmes la liberté de décider par elles-mêmes ! Pour la série Empreinte ; les corps étaient censurés et les serviettes gardent plus que les empreintes du corps, elles conservent la trace du passé, d’une histoire qui est finalement pleine de mystère.

Peut-on envisager vos autoportraits comme le miroir de votre émancipation ?
Oui et Non. Oui, car j’ai osé pour première fois utiliser l’empreinte de mon corps pour raconter l’histoire de nos générations en image, et par là rester fidèle à la réalité « sans respecter la barrière iranienne ». Non, car pendant 10 ans j’ai évité de les exposer en public. Le série Freud est restée dans un tiroir pendant 10 ans car je voulais me protéger, j’avais peur que mon travail soit mal interprété et d’avoir des difficultés pour retourner chez mes parents en vacances. Entre temps, je me suis focalisée sur le tissu, (une sorte d’inspiration du voile) dont le résultat était une image abstraite sans présence de corps ou d’aucun personnage, juste sa trace. Comme la série Empreinte, les séries Voiles aux vents ou la série A couvert sont assez conceptuelles, il y a beaucoup de tiroirs pour en comprendre tous les sens.

Ci-dessus : Khayyam, 2015, Photographie issue de la série Mes voyages,
Galerie 55Bellechasse

Reconnaissez-vous une certaine dimension transgressive dans votre travail, je pense notamment aux séries Sexy Window ou Freud ?
Oui ! Pour la série Sexy window, je préfère plutôt le nom Voiles aux vents  qui correspond mieux à cette série. Au début de la prise de vue, je n’ai pas réalisé certains aspects de cette transgression, c était à nouveau assez freudien, cet aspect “sexuel” était un peu inconscient. J’observais pendant des heures à l’extérieur de la fenêtre de la chambre de mon appartement parisien dans le 11ème. Je trouvais simplement ces mouvements de danse de voiles dans le vent lors des mois de printemps beaux… sensibles, sensuels et poétiques ! Cela me rappelle l’Iran, quand le vent se lève et qu’il soulève nos voiles, nos manteaux et nos cheveux.  Qu’est ce que la danse des voiles va montrer ? C’est à chacun de deviner ou d’attendre la suite ! Ceci me rappelle aussi le film de Abbas Kiarostami : Le vent nous emportera. Tandis que pour la série de Freud, l’idée était déjà fixe dans ma tête, j’ai été influencée par la loi d’interdiction du port du voile à l’école en France en 2003 et par les manifestations des femmes qui étaient contre cette loi. Comme je venais d’un pays dans lequel le port du voile est obligatoire, tout cela me donnait envie de parler de nos contradictions, ici et là, de façon très directe et sans aucune hypocrisie.

De vos premières connections avec le monde occidental, quelles impressions avez-vous en mémoire ?
En 2001, lors de mon premier voyage en France, j’ai vu beaucoup d’expositions, et la majorité de celles-ci étaient focalisées sur le corps nu. Cela m’a impressionnée car je n’en avais jamais vu autant ! Le fruit de cette impression a été que, lors de mon retour en Iran, j’ai réalisé la série de Voile d’eau qui est une sorte de nu mais dans laquelle on ne voit pas le corps nettement. Le corps est en effet dans l’eau en mouvement et je l’ai pris avec la vitesse basse. Il s’agit d’une sorte de photo impressionniste ou abstraite.

Ce n’est qu’arrivée en France, que vous décidez de présenter vos
photographies. Quel fut l’élément déclencheur ?
J’avais commencé à montrer la série de Freud en masquant les parties visibles de mon corps sous des collages de feuilles de journaux. Le résultat n’était pas satisfaisant pour moi, et je trouvai que la photo seule, sans collages, était plus parlante. Un de mes professeurs à l’université de Strasbourg II, Mr Germain Roesz m’a encouragé à développer cette série et il disait un jour tu allait les monter. J’avais commencé dès l’année 2007 à travailler avec la galerie Negpoz en France et la galerie DIFC à Dubai, qui a exposé certains de mes travaux. Il y a aussi l’école Spéos de Paris où j’ai étudié et enseigné pendant 6 ans le tirage noir et blanc. Là, ce qui m’a aidée, c’est l’accès au studio de photographie, au service informatique mais aussi d’être en permanence parmi des grand maîtres photographes, comme Paolo Roversi et Peter Lindberg et leur demander leur avis en permanence sur mes projets était un luxe à l’époque pour moi. C’était aussi un excellent moyen de me motiver et de réaliser mes projets dans des conditions idéales. Plus tard, lors de ma première rétrospective à l’ouverture de la galerie 55 rue de Bellechasse en 2013, j’ai montré mes photos en m’assurant que tout n’était pas visible de la rue, et que l’on pouvait facilement fermer la pièce dans laquelle je montrais la série de Freud. Un des éléments déclencheurs était la motivation et l’énergie de mon galeriste, Bertrand Scholler, qui m’a convaincue de montrer cette série. Depuis, 55Bellechasse me soutient dans le monde entier.

L’un des premiers thèmes que vous avez exploré n’est-il pas celui du corps et de son effacement ?
Oui, il y a toujours une sorte d’effacement ou de censure dans tous mes thèmes. Pour La chaise Polonaise, la chaise remplace la femme ; pour la série Voile d’eau, on voit le corps abstrait et pas visible à la manière d’un tableau impressionniste. Je voulais suggérer un corps (de femme) sans jamais rien montrer : l’eau qui bouge a été ma meilleure alliée. Dans la série Empreinte, les corps sont censurés sur les serviettes de plage et ne laissent que leur trace.

Vous avez souvent recours au tissu à la fois pour la matière et à la fois pour ses dimensions historique et symbolique. Pourriez-vous m’en dire plus sur votre approche ?
Le tissu est le symbole du voile, l’imposition de porter le voile ; c’est toujours une problématique pour certaines femmes en Iran, même après 37 ans. Porter le voile pour certaines femmes est une tradition et elles y croient et tiennent à le porter, mais pour d’autres ce n’est pas important ! Donc ces femmes se battent avec plus ou moins d’astuce, on porte le voile de façon espiègle, on essaie d’en faire un outil de séduction “coquin” et parfois il y a des femmes qui provoquent sur Internet, en mettant des photos d’elles dans les lieux publics en Iran sans voile : pour montrer leur désaccord. Ces jeux de cache-cache permettent aussi de porter le voile de façon plus libre et détendu, mais aussi avec des modèles différents, colorés et créatifs. Cela intéresse la femme iranienne qui est très indépendante et forte dans notre société. Nos apparences, ou nos habits de ville, sont le voile et le manteau. Depuis 37 ans, il y a beaucoup de designers de mode iraniens qui ont créé des manteaux et des voiles adaptés aux saisons et à la mode  compatible avec l’Orient et l’Occident. Donc, depuis toujours on essaie d‘être créatif avec ces tissus, du coup cela m’a motivée pour en faire mon fil rouge, travailler sur le tissu, comme les serviettes de plage, le rideau, les bâches, etc. …. « Ces tissus qui protègent ou qui cachent le corps et les cheveux ! »

L’autre thème abordé dans vos œuvres relève de vos interrogations sur l’identité, sur la confrontation entre les mondes occidental et oriental. Qu’aimeriez-vous que les gens perçoivent de votre message ?
Je voudrais montrer que les femmes iraniennes sont modernes, qu’elles ont obtenu le droit de voter à peine 2 ans plus tard que les françaises, qu’elle peuvent exercer touts les métiers y compris des métiers de chauffeur de taxi, de conducteur d’autobus, qu’elles peuvent voyager seules sans autorisation particulière, etc.… Nous avons ici et là une image négative, car nous n’accédons pas à des informations vraies. Grâce à l’art, on peut dire beaucoup de choses ou au moins quelques unes, mais tout ce qui est fait laisse une trace et c’est bien.

Avec Lettre de Mado, n’êtes-vous pas en train d’aborder une étape plus mémorielle dans votre travail ?
Mado (Mon arrière grand-mère) que je connaissais très bien, était une sacrée femme que j’admirais beaucoup. J’ai découvert les lettres qu’elle a échangées pendant 65 ans avec sa meilleure amie restée en France. Je veux aider à partager à travers ses correspondances, sa passion et sa personnalité qui étaient pour moi alors mystérieuses et inconnues. Elle était très discrète. Mais je veux aussi véhiculer son amour très fort pour l’Iran, pour sa famille et pour le respect de ses engagements. Elle n’est jamais rentrée en France, même après la révolution et son divorce, et elle n’a jamais arrêté d’enseigner le français. Elle mériterait une médaille ! Des centaines d’iraniens parlent français grâce à elle. C’est si important pour l’image de la France.

De quelle manière travaillez-vous, de la préparation à la réalisation d’une série ?
Au cours de la préparation d’un projet, je fais des recherches sur des artistes qui m’inspirent, j’étudie et je lis des œuvres autour de mon sujet. Puis, je prends conseil auprès d’un ami qui est directeur artistique, Bernard Derenne, pour finaliser le projet et enfin je réfléchis au choix du papier et de l’encadrement. Ceci étant, j’essaie toujours d’être en lien avec mon fil rouge du tissu, de la femme, et de l’autoportrait.

Quels sont vos projets en cours ?
Finir le projet de Lettres de Mado et mon futur projet sera autour de la nature pour retrouver la paix.

Vous comptez désormais comme l’une des références de la scène artistique iranienne contemporaine. Quel rapport entretenez-vous avec cette dernière ? 
Il y a des forts mouvements artistiques et une envie d’art contemporain en Iran. Depuis l’année 2001, il y a un grand nombre de galeries d’art qui ouvrent chaque année. Il y a également des festivals et des biennales ainsi que, plus récemment, des foires. Il y a beaucoup de collectionneurs iraniens qui investissent sur des artistes iraniens. A part le cinéma, grâce à des réalisateurs comme Abbas Kiarostami et Asghar Farhadi ou encore Marjan Satrapi, l’art contemporain n’est pas encore reconnu dans le monde. Néanmoins, quelques artistes, comme Parvis Tanavoli, Shirin Neshat, Shadi Ghadirian et Ali Banisadr ont une certaine notoriété. Il faut toutefois reconnaître que l’art iranien est peu connu hors d’Iran.

Vous avez dit, « La censure est devenue une caractéristique essentielle de l’art iranien ». Depuis, constatez-vous une certaine évolution et peut-on être optimiste ?
Je suis très optimiste pour l’avenir de l’Iran, surtout sur la scène artistique. La première ouverture s’est ressentie en 1997 après l’élection du Président modéré Mr Khatami, avec un dialogue de civilisations et la mondialisation. C’est vraiment à cette époque que l’art contemporain a commencé à être exposé dans les musées et les galeries d’art. Ceci s’est vu à travers l’ouverture de nombreuses écoles privées et institutions, l’affectation de bourses à certains étudiants pour aller étudier à l’étranger, des échanges entre étudiants, etc. Je me souvient même qu’à Paris, l’espace Electra a montré une exposition sur la photographie contemporaine iranienne, et, en 2007 grâce à Anahita Ghabaian, qui est le première galeriste spécialisé en photographie, il a organisé une exposition 165 ans de l’histoire de la photographie en Iran, au musée du Quai Branly en 2009. Une grande exposition intitulée « Unedited History » sur l’art contemporain iranien de 1960 jusqu’à aujourd’hui a également été organisée au Musée d’Art Moderne de Paris en 2014, et une exposition de photographes iraniens intitulée (Iran Année 38) organisée par Anahita Ghabaian et Newsha Tavakolian (photographe) aux rencontres de la photographie d’Arles aura lieu cette année, en juillet 2017. Aujourd’hui, avec l’actualité partout dans le monde, et les tensions avec l’Iran il y a un intérêt très fort pour nos artistes et notre civilisation. Le flux de tourisme en provenance d’Europe vers l’Iran est en pleine croissance et l’art iranien s’exporte et s’expose. Mais surtout, ce que je souhaite dire, c’est que nous sommes un grand peuple avec une longue histoire, et que c’est ce peuple qui de lui même pourra changer le sens de son histoire.
Si mon travail peut contribuer à aller dans ce sens, alors tant mieux, j’aurais accompli quelque chose !

Site internet
www.niloufarbanisadr.com

Interview : Pascal Sanson