Paprika Kinski
Le sucre et l‘épice

Voix douce, enjôleuse, basse tout en rondeur, percussions idylliques, la pop matinée de new wave de Paprika Kinski occupe une place singulière dans la galaxie électronique du label parisien Her Majesty’s Ship records (H.M.S). Avec les titres Jamaïca, Kids of your crime, l’Ep Steady Lover, sorti en 2016, signe les contours d’un univers, tantôt sensuel, tantôt mordant, marqué par la féminité. Experte en aller-retour entre la musique et la mode, la musicienne lilloise se concentre en ce moment sur la sortie de—son second opus prévue pour le printemps prochain. Interview.

À quoi/qui fait référence ton nom de scène Paprika Kinski ?
Il fait référence à Natajssa Kinski et son petit pull mohair dans le mythique Paris, Texas de Wenders. Le « Paprika » s’est ajouté naturellement, tout simplement, car il sonnait bien. Au départ, il s’agissait plutôt d’une blague, car mon nom de famille est une plaie à prononcer. Comme il a bien plus au label, nous l’avons adopté.

De quelle manière la musique s’est-elle
immiscée dans ta vie ?
Quand j’étais petite, j’étais souvent seule. J’ai commencé à créer des choses parce que je m’ennuyais. Je n’aurais peut-être pas été si créative si j’avais eu des frères et sœurs. J’adorais dessiner sur des petits carnets avec des portées musicales. Ma mère en a donc déduit que la musique m’intéressait et m’a inscrite au conservatoire, un gros malentendu en somme.

La basse s’est vite imposée dans ta pratique de la musique. Pourquoi ce choix ?
Au départ, je pratiquais la flûte traversière, mais quand je me suis retrouvée à l’internat, mes colocataires ne supportaient pas le son, alors je me suis tournée vers un instrument que je pouvais jouer au casque. Et, il y avait ce bassiste très mignon, c’était un bon moyen de faire connaissance…   

Quels univers musicaux ont imprégné ton adolescence ?
Nirvana, Tchaïkovski, Mariah Carey, Les Smashing pumpkins, The cardigans, The pixies, No doubt, Noir désir, dEUS, rien de bien original.

Ta créativité ne se résume pas à la musique…
Non ! J’aime l’idée de fabriquer les choses par soi-même, j’adore tricoter, dessiner, inventer des recettes de cuisine… Je crée également des tenues de scène pour le théâtre, le cinéma, la musique, la danse…

Avec un peu de recul, quelle rencontre te semble aujourd’hui avoir été déterminante dans le développement de ta carrière ?
Sans Charlotte Decroix et David Shaw du label Her Majesty’s Ship, rien n’aurait commencé. Ce sont eux qui m’ont découverte et signée. Charlotte me comprend, m’écoute et fait en sorte que mes rêves deviennent réalité. Et David a tout à fait cerné ma musique, il est de bon conseil et me rassure. J’ai beaucoup de chance.

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Comment vous êtes-vous rencontrés ?
C’était lors d’une soirée de lancement de notre ligne de vêtements dans une boutique parisienne, j’avais invité La Mverte pour mixer et les propriétaires de la boutique désiraient que je fasse une sorte de showcase. Mes démos n’étaient pas terminées et je chantais dans un micro avec du larsen sur une bande-son que ma copine faisait semblant de mixer. C’était horrible ! Plus David, que je ne connaissais pas, me toisait et plus je me liquéfiais. Mais en fait, il est venu après le concert pour me demander des démos…

Qui t’épaule en studio et sur scène ?
Jean Fleury et Aurélien Gainetdinoff du groupe Okay Monday. J’ai été signée en solo sur le label H.M.S., mais je nous considère comme un groupe à part entière. Je ne pourrais pas jouer sans eux. Nous nous sommes rencontrés, il y a presque dix ans.

J’ai pu lire ici et là, que ton univers est acidulé et Girly. Mais ne faut-il pas se méfier des apparences ?
Je dirais plutôt que je suis un ex-taulard dans un corps de petite fille. Mais j’adore user de ma féminité à l’extrême parfois, ça a le don d’énerver les machos.

Ton premier Ep Steady Lover est une déclaration d’amour à la Pop et New wave, non ?
Je ne sais pas trop, à aucun moment je me suis dit que j’allais faire de la pop ou de la new wave. Je n’ai aucun recul sur ma musique, c’est d’ailleurs problématique, non ? Je suis incapable de qualifier mon travail, j’écris comme si j’étais dans le noir absolu et je garde tout ce qui me procure des sensations. C’est comme la musique que j’écoute, il n’y a pas de style particulier, mais juste des sensations.

Sur quelle durée et comment s’est déroulé son écriture, sa réalisation ?
Je m’étais fixée un été pour composer et enregistrer plusieurs titres en partant de rien du tout… juste quelques idées dans ma tête et une petite carte son. J’avais envie de faire tout, toute seule. Finalement, l’été a duré cinq mois.

Tu es en préparation de ton second Ep. Ce dernier sera-t-il dans la continuité de Steady Lover ou s’en émancipera-t-il ? Que peux-tu déjà en dire ?
J’ai l’impression qu’il s’est émancipé dans le sens où j’ai largué les amarres de Steady Lover. Je ne me suis pas basée sur ce qui avait plu dans le premier Ep pour écrire le second. Les deux ont été composés à deux ans d’intervalle, il y a donc une évolution certaine. Le prochain disque contient des titres très différents même si on m’avait mis en garde, je ne peux simplement pas m’empêcher de proposer plusieurs couleurs, humeurs. Après tout, nous avons tous différentes facettes et je trouve malhonnête de n’en proposer qu’une seule ! C’est moins facile à défendre, mais tant pis !

Quel regard portes-tu sur la scène lilloise ? As-tu des collaborations en cours ?
J’adore travailler avec d’autres musiciens. J’aimerais pouvoir le faire plus souvent. En ce moment, j’essaie de petites choses avec Antoine Pesle, mais il est encore trop tôt pour savoir ce que cela donnera. J’aimerais vraiment travailler avec David Shaw, mais je ne lui ai pas encore dit, j’espère qu’il le lira ici.

Comment vois-tu évoluer Paprika Kinski ?
J’aimerais faire tout pareil, mais en mieux ! Tout le temps me dépasser, progresser, raconter plein de choses.

site internet

facebook.com/paprikakinski
hmsrecords.com

photographe : Dinah Hayt
direction artistique : Thu-huyen Hoang
Interview : Pascal Sanson
Hair & Make-up : Giulia Cohen @B-Agency
Stylisme : Chemise Pablo