Paul Teyssedou
Mixtape, Amiens

Confronté au manque de salles dans l’agglomération amiénoise mises à disposition des acteurs culturels indépendants (l’Accueil Froid-Nuke demeurant le dernier bastion), l’association Mixtape fait de la résistance. Reprenant le flambeau des musiques électroniques et techno porté par leurs prédécesseurs (les cercles concentriques, Koma soundsystem, Beatbox), l’association milite pour une nuit amiénoise placée sous le signe de l’hédonisme, soucieuse du « vivre ensemble » et de la découverte d’artistes émergents. Du quatuor aux commandes des désormais fameuses soirées Mixtape, nous avons rencontré l’un de ses membres fondateurs, Paul Teyssedou. Interview.


Quand as-tu commencé à t’intéresser à la musique électronique et techno ?
J’ai débuté par le conservatoire avec la clarinette et les percussions mais le cadre strict du conservatoire m’a pas mal rebuté. Vers 14/15 ans, j’ai commencé à jouer avec mes potes dans des groupes, surtout du rock. J’ai ensuite découvert Boards of Canada, Aphex Twin… Et la pratique de la musique sur ordinateur, de là est né mon premier projet solo Kanada, avant de devenir Duns Sott en 2012. Je suis passé du rock à une techno/house plus sombre.

Comment sont nées les soirées Mixtape ?
Au départ, c’est une idée de Thomas Germier, aujourd’hui en charge de la communication du Safran à Amiens. Dans un premier temps, je l’ai rejoint juste pour faire du live avant de réellement me pencher sur l’organisation. L’esprit était plus hip-hop au début et au fil des rencontres (Sweet Electronic Music Lovers, Enlace records), il est devenu plus électronique-
techno, à l’image de nos coups de cœur musicaux.

Quels sont les membres présents dans l’association MIXTAPE ?
Après être resté seul aux commandes de l’association un petit moment, j’ai rencontré Arthur Quéhen, Vincent Lanoë et Jean Christophe. Faire de la musique seul c’est bien mais organiser des soirées à quatre c’est mieux, d’autant que nous mixons tous.

Quels sont vos objectifs ?
Clairement, nous voulons offrir au public amiénois la possibilité d’entendre des artistes qui ne sont pas d’ici et un style de musique différent et à notre sens trop peu ou trop mal représenté dans notre ville.

Comment choisissez-vous les artistes qui se produisent dans vos soirées ?
Ce sont des artistes « coups de cœur » qui collent à l’esprit de nos soirées ou signés sur des labels que nous affectionnons, souvent des musiciens ou producteurs émergents à l’image des Sweet Electronic Music Lovers.

Vous n’avez pas envie d’inviter dans vos soirées des artistes confirmés ?
Si, bien entendu. Mais nos problèmes de lieux ne le permettent pas pour l’instant. Nous organisions nos plus grosses soirées à La Briqueterie, mais pour des raisons que nous ne saisissons toujours pas, nous ne pouvons plus y retourner. D’autres occasions se présenteront pour inviter des artistes confirmés.
On y travaille.

Êtes-vous en auto-production ?
Oui. Au risque de nous tromper, nous ne souhaitons pas de subventions pour le moment. Par crainte de biaiser la sincérité de notre projet, de mettre en doute son intégrité artistique, d’entraver notre libre arbitre. Notre chance, c’est notre indépendance. Evidemment, ce n’est pas simple : quand il n’y a pas d’argent, il n’y a pas de soirée.

Vos scénographies sont toujours très soignées. Qui se cache derrière leur réalisation ?
Nous les travaillons avec Clément Mercier Sanders, un artiste touche-à-tout de grande qualité qui les réalise avec deux-trois bouts de ficelle. Ne pas avoir d’argent permet souvent d’avoir de belles idées.

À quoi ressemble votre public ?
Jeune, énergique et parfois sans retenue, ce qui fait sa richesse. C’est un public demandeur qui s’intéresse à la musique techno-house, certainement dû au peu d’offre en la matière à Amiens.

Quelles sont vos ambitions ?
Nous aimerions développer des soirées ateliers, comme nous avons pu le faire par le passé, des ateliers « cook & mix », des « mix & sérigraphie ». Sinon, s’engager sur une soirée par mois, et à plus ou moins long terme un événement d’envergure serait cool, un temps fort, organiser un festival à Amiens nous conviendrait parfaitement. À voir.

Site internet
www.facebook.com/checkmixtape

Photographe : Ludo Leleu