PEO WATSON
Magazine Club, Lille

Depuis une quinzaine d’années, Péo Watson fait vivre la Nuit dans le Nord. DJ reconnu (et producteur émergent), organisateur de soirées, directeur artistique de deux discothèques lilloises (Supermarket, Magazine Club), ce pilier du clubbing sait mêler passion et audace dans ses mixes comme dans ses programmations. Il revient sur son parcours et sur le succès du Magazine Club, l’une des bonnes adresses françaises pour tous les amateurs de house, de techno et d’électro. Il donne aussi sa vision sur la nuit où se rencontrent le plaisir de satisfaire les danseurs et la difficulté de faire vivre un lieu nocturne dans un pays où le clubbing reste une activité marginale.


Comment es-tu rentré dans le milieu de la nuit ?
Je sortais avec ma bande dans les clubs belges, au Café d’Anvers, au Culture Club à Gand, au Fuse et au Who’s Who’s Land à Bruxelles. J’avais 15/16 ans et je me tournais déjà vers l’électro. Au lycée, j’ai commencé à acheter mes premiers vinyles et à mixer. Puis, avec mon pote Viandox, nous avons monté sur RCV l’émission radio « Maxi Dawa », la nuit de minuit à cinq heures. On mixait beaucoup et on parlait peu. On faisait des soirées dans la radio. À cette époque, on me donne mon surnom : Péo, pour Pierre-Olivier, et Watson, pour le son de Wattignies, le village d’où je viens.

À quel moment, commences-tu à organiser des soirées ?
Après la radio. Au début, dans des bars/concerts vraiment chouettes comme Le Rockline, Le Détour, le Stax O Soul. Il y avait une effervescence. Je mixais de l’électro avec du groove, des artistes comme Jazzanova, Trüby Trio ou Thievery Corporation.
Puis, avec Darius, un Flamand, on commence à faire des soirées aux Catacombes, un club gay et trash de Roeselare. Pendant cinq ans, on fait des soirées un peu partout, en faisant venir Jeff Sharel, Mo & Benoelie (futurs The Glimmers), Moodymann, Tutto Matto.

Quels souvenirs gardes-tu du « Supermarket » ?
Darius et Paulo, son beau-frère, montent le Supermarket à Lille en 2006 et je viens mixer pour eux.
Rapidement, je m’occupe aussi de la programmation. C’était l’époque de la French Touch 2.0 et nous avons fait jouer Justice, Pedro Winter ou Brodinski dans cette petite cave de cent cinquante places. On jouait aussi du disco contemporain, avec des guets comme Maurice Fulton, Darshan Jesrani (de Metro Area) ou Aeroplane. J’étais juste là pour programmer, mixer et faire la fête avec les gens. C’était 100 % de plaisir.

En 2010, avec Darius et Paulo, vous lancez « le Magazine ». Le club vient de fêter ses cinq ans. Est-ce une réussite ?
Le Magazine, c’était un sacré pari. On cherchait un lieu plus grand que le Supermarket, de quatre cents personnes. Et on a trouvé ce lieu de huit cents places, sans voisins, dans Lille intra-muros. On s’est dit : « Soyons fous ! » et on a lancé Le Magazine. Au bout de cinq ans, le pari est réussi. Mais il faut se renouveler sans cesse. C’est la caractéristique de ce métier. La programmation du Magazine dépend totalement de sa capacité donc on invite des DJ internationaux comme Chris Liebing, Max Cooper ou Lil’Louis. J’essaie aussi de rester audacieux comme quand j’accueille Roman Flügel ou Denis Ferrer. Nous avons aussi eu de belles dates hip-hop, avec Future, Fat Joe, Kaaris ou Grandmaster Flash. Ces soirées se développent mais le club garde sa dominante électro.

As-tu l’impression qu’il y a une difficulté avec le clubbing en France ?
Il n’y a jamais eu de tradition de clubbing en France. Dans le Nord, c’est différent : avec la proximité de la Belgique, les jeunes ont eu une habitude de sortir. Mais le clubbing est une activité difficile en France. Aujourd’hui, il y a une concurrence avec les festivals, qui bénéficient souvent d’argent public et font de la surenchère sur les têtes d’affiche. Les cachets des DJ ne cessent d’augmenter. Certains coûtent 10 000 euros. En plus, la fiscalité des discothèques diffère de celles des festivals et des salles de concerts.

Est-ce usant de tenir un établissement de nuit ?
Physiquement, oui, bien sûr. Se coucher à 9 ou 10 heures du matin plusieurs fois par semaine. Avec en plus un travail administratif la semaine, de programmation, de communication, de gestion du personnel, de relations avec les pouvoirs publics. En plus, quand on est patrons de club, on s’expose tous les jours à des a priori : la nuit n’a pas une bonne image. Mais le challenge reste excitant et très positif, surtout quand tu vois huit cents personnes faire la fête sur une super musique qu’on n’écoute pas ailleurs.

MAGAZINE CLUB
84, rue de Trévise, Lille

Site internet
www.magazineclub.fr

Photographe : Ludo Leleu