Pierre C.
Philippe

Humour potache et esprit grunge, l’univers de l’illustrateur lillois Pierre Philippe est en prise directe avec les States. Celui qui porte au panthéon Jim Lee, dessinateur culte des univers Marvel et DC Comics, peut y ajouter tout un pan de la culture alternative et geek américaine, des films de série B “The Toxic Avenger” au film Wayne’s world, de South park à la contre-culture skate. Ces influences auront nourri son trait épais, son enclin aux couleurs presque fauvistes, son propos caustique au point que son travail est aujourd’hui clairement identifiable. L’une de ses principales inspirations n’en demeure pas moins la musique, lorsqu’il ne couche pas sur papier la faune des festivals de Dour ou du Hellfeist, Pierre Philippe perpétue l’art des affichistes de concerts. Un exercice de style dont on ne peut nier sa parfaite maîtrise, qu’il s’agisse d’une cover d’album, d’un t-shirt ou d’un flyer, et par lequel il est en passe de gagner la reconnaissance du plus grand nombre.

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A partir de quelle période as-tu pris conscience que le dessin occuperait une place de choix dans ta vie?
Durant mes études secondaires lorsque j’ai dû décider vers quoi m’orienter, comme j’ai toujours dessiné… Je savais que je signais pour les galères, mais pas à ce point là.
De quelle culture te sens-tu le plus familier, celle des dessinateurs de bd, des caricaturistes, des chroniqueurs, des illustrateurs ou des tatoueurs ?
Étant donné que la frontière entre tous ces médiums a tendance à devenir de plus en plus floue, c’est compliqué, mais j’aime à me considérer comme illustrateur.

Ta manière de dessiner est-elle ritualisée ou spontanée?

Très spontanée, la plupart de mes illustrations partent d’un croquis réalisé sur un coin de feuille, très vague. J’avise ensuite pour l’encrage avec des tests.

Quels médiums utilises-tu ?

Papier, encre, pinceau, ça dépend de mes moyens. J’essaye de rester simple. J’essaye aussi de me remettre à la peinture.

Comment définirais-tu ton trait, ton style?

Des lignes épaisses avec de gros contrastes, couplées à des aplats de couleurs vives.
Ton travail révèle une maîtrise de la technique traditionnelle. Que penses-tu de la nouvelle génération plus dépendante de la palette graphique, entre autres ?
J’aime les belles images (comme tout le monde), le fait est qu’il faut juste utiliser des techniques avec lesquelles on est à l’aise, du coup je suis vraiment admiratif de ce que font certains artistes en digital. Pour ma part, je ne suis pas super à l’aise avec ces techniques, je dois être trop vieux (ou un jeune vieux con).
Ton univers flirte avec la contre-culture, le grunge, l’humour potache mais également avec la face sombre des comics U.S des années 80. Suis-je dans le faux ?
Absolument pas, ce sont mes plus grosses influences, mon travail est un amalgame de tout ça. J’essaie d’y apporter une touche moderne, plus européenne, mais aussi d’humour potache.

Les couleurs de certains de tes dessins ont la force de celles choisies, par exemple, par John Higgins, notamment dans le Comics Watchmen d’Alan Moore et Dave Gibbons. De quelle façon abordes-tu la couleur ?

C’est flatteur! Je n’ai pas de façon spécifique d’aborder la couleur, le plus compliqué est avant tout de trouver la tonalité générale. J’ai tendance à préférer les couleurs très franches.

La connexion entre dessin et musique est au cœur de ton travail. D’ailleurs, tu collabores avec plusieurs salles de concerts, des associations, des entreprises musicales, des groupes. Tout cela a l’air passionnel !

Je suis passionné de musique depuis toujours, le lien s’est donc fait naturellement. La musique m’inspire des images, des thèmes, ce qui se révèle assez pratique pour pondre des affiches de concert!
Tu es très attaché à la reconnaissance de l’Art de l’affiche, ultra populaire aux Etats-Unis, mais moins visible en France. Pourquoi ?
La découverte des affiches de concert fût pour moi une véritable claque, c’est l’un des supports les plus libres que je connaisse. Il y a un véritable marché pour ça, ça permet aux gens de se payer des œuvres à moindre coût.

Tes illustrations sont déclinées sur divers supports, posters sérigraphiés, tee-shirt, étiquette de bière, pochette d’albums, affiches de concert… Est-ce devenu indispensable pour pouvoir aujourd’hui vivre de ce métier ?

Le travail de commande est indispensable pour vivre, il n’y a pas beaucoup d’argent pour l’Art ces derniers temps… Les expositions et les travaux personnels sont la plus grosse partie de ce boulot, mais c’est aussi la partie qui ne paie pas. Un original sera beaucoup plus difficile à vendre qu’une affiche ou qu’un t-shirt, mais dans tous les cas, c’est gratifiant de voir des gens s’intéresser à mon travail.

www.pierrephilippeartwork.bigcartel.com

Auteur : Pascal Sanson
Photographe : Ludo Leleu