Playlist : été 2019

 

 
KEREN ANN
BLEUE — (Polydor / Universal)
En 2016, Keren Ann avait illuminé la couverture du Bon Temps de l’été. Les chansons blues mélancoliques de l’album You’re Gonna Get Love laissent place aujourd’hui à celles de Bleue, nouveau long-format tout aussi attachant. Un disque intime où elle joue avec la couleur des mots et la minéralité de ses guitares cristallines. Avec cette voix, toujours captivante et apaisante, qui parle d’eau, de fleuve, de bleu, d’horizon et de pureté, et se pose sur des rythmiques souples, des cordes planantes et des pianos organiques. Sous ses mots métaphoriques, Keren Ann raconte la vie et l’amour, et s’offre aussi un duo complice avec David Byrne, l’ancien chanteur de Talking Heads.
 
 
J.J. CALE
STAY AROUND — (Because Music)
J.J. Cale avait l’habitude de laisser de côté des chansons… pour plus tard. Pas des chutes de studio ou des morceaux faibles, non, de belles compositions fignolées avec passion et prêtes à ressurgir le moment venu. Christine Lakeland, sa compagne et partenaire de musique, a rassemblé une quinzaine d’inédits dans ce disque inespéré (J.J. Cale a disparu en 2013). Cet album solaire et radieux permet de redécouvrir un auteur incroyable – les morceaux After Midnight et Cocaïne chantés par Eric Clapton sont de lui, un chanteur au grain de voix chaud et caressant, qui navigue entre folk, blues, jazz et country. Autant de sonorités laidback, cool, qui faisaient son identité, sa sève, sa mélancolie.
 
 
S3A
PAGES — (Dirt Crew Recordings)
Après une quinzaine de maxis, S3A s’essaie au long-format avec Pages, un premier album fiévreux et enchanteur, d’une belle musicalité. Le DJ et producteur électronique français est un amoureux du groove, qu’il suinte de la soul, du funk, du disco ou de la house. Dans cet album, on retrouve cette chaleur, ce caractère vintage, cette profondeur organique, à travers des morceaux provenant de jam-sessions avec des musiciens (Friends, Joint N°5) ou encore la réinterprétation jazz/funk du Greed de Laurent Garnier. D’autres titres, comme Clarence J. Boddicker ou Leaving 19th, montrent tout le talent d’échantillonneur de S3A (son alias signifie « Sampling As An Art »), et certains autres, encore, abordent un versant trip-hop, cinématique de sa musique (Eaux Troubles).
 
 
VAMPIRE WEEKEND
FATHER OF THE BRIDE — (Columbia)
En quittant le label indépendant XL Recordings, où il a gravé trois albums, le groupe new-yorkais n’a rien perdu de son authenticité en rejoignant la multinationale Columbia. La singularité de la formation tient dans l’écriture pop de son leader/chanteur Ezra Koening qui maîtrise l’art de la mélodie et des harmonies vocales, et dans sa passion pour la musique africaine. Les dix-huit chansons ont ainsi une originalité propre, une évidence sans pour autant filtrer avec le mainstream. Et les invités de l’album, Danielle du groupe Haim ou Steve Lacy de The Internet, se fondent donc dans un ensemble de titres cohérents, mélancoliques et voyageurs. À l’image de ce Harmony Hall, hit printanier particulièrement accrocheur.