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Sabine Cazenave
Musées de Picardie

Ces dix dernières années, Sabine Cazenave, directrice des Musées de Picardie, aura œuvré, sans relâche, pour l’un des plus importants chantiers d’Amiens, la rénovation et l’extension du Musée de Picardie. Une entreprise titanesque et périlleuse, mais qui à l’aube de 2020, verra ce musée représentatif de l’esprit du XIXe siècle basculer dans une nouvelle ère. Plus ouvert sur l’extérieur, agrémenté de jardins, de services aux publics et connecté, le musée livrera dans un faste retrouvé ses trésors et collections. En partance pour de nouveaux projets, Sabine Cazenave, revient, entre autres, sur son parcours, les orientations qui ont guidé son action, le futur musée rénové et l’artiste Daniel Buren.

Quelle fut la première œuvre à vous transporter, à vous émouvoir ?
La première œuvre à m’émouvoir fut le Portail de l’Abbaye Saint-Pierre de Moissac. J’avais, je pense, douze ans, j’étais en voyage scolaire. Je suis restée stupéfaite devant ce portail roman. C’est ma première émotion esthétique, même si c’est tard douze ans pour avoir une émotion esthétique.

À partir quel moment avez-vous décidé d’embrasser une carrière liée à l’art ?
Alors, c’est venu très tôt. Après le portail de Moissac. Suite à cette sortie dans le cadre scolaire, je me suis mise à dessiner énormément. À ce moment-là, j’ai rencontré un professeur d’arts plastiques, un des premiers à être nommé dans les collèges, qui très tôt m’a parlé de section arts plastiques. Au lycée, j’ai eu le premier agrégé d’arts plastiques nommé à Pau, après j’ai suivi un cursus complet dans cette voie.

Quels sont les atouts et les spécificités du Musée de Picardie ?
À l’échelle de l’international, c’est un endroit que l’on peut venir visiter pour connaître ce qu’était un musée au XIXe siècle. Il en reste quelques-uns en France, qui n’ont pas été trop impactés par les rénovations successives. Et le Musée de Picardie en est un très bon exemple. Au niveau national, il possède des collections qui sont à l’aune des grandes collections en région. On peut venir voir au Musée de Picardie, des choses que l’on ne verra pas ailleurs. La collection n’est pas universaliste, mais très généraliste. Et pour finir, ce sera l’un des derniers grands musées à être rénové dans un respect absolu à la fois de ce que doit être un musée aujourd’hui et dans ce qu’il était hier.

Quelles furent les nouvelles orientations mises en place dès votre arrivée ?
Le service des publics a beaucoup orienté mon action. Mais ma priorité était d’obtenir l’extension du musée et d’achever sa rénovation. Je dirai que tout le reste a été inféodé à cet objectif. Pour la bonne raison que je reste persuadée que c’est les conditions nécessaires à la survie d’une ville d’importance moyenne comme Amiens. Cette ville a besoin d’un grand centre avec un musée d’importance en son cœur.

À quels changements doit-on s’attendre concernant les collections et les espaces suite à la rénovation du musée ?
À découvrir et redécouvrir énormément d’œuvres. Redécouvrir l’espace du premier étage sera inouï, cet espace sera très différent de l’espace fermé en 2008. Sa porosité sera plus grande avec l’extérieur. Le visiteur ne sera plus plongé dans une boîte noire et grâce à un éclairage zénithal et des éclairages scéniques pourront enfin admirer le décor. Le musée sera enfin doté de services pour les personnes. Avec la réouverture de trois jardins, le musée va recréer de la vie sociale et devenir un spot, un repère dans la ville.

Rétrospectivement, quel événement garderez-vous en mémoire ?
Le temps passé avec Daniel Buren reste fort. Je pense que cela fait aussi parti des choses qui ont posé la question du doute, vis-à-vis des gens qui pensent que l’art contemporain ou qu’un Buren doit être comme ceci ou cela… Cette œuvre peut être pour certains décevante, mais demeure une grande œuvre de Buren. C’est mon instant le plus fort et ma plus grande déception. C’est a priori la seule pièce qui n’entrera pas dans les collections. Mais je ferai tout pour qu’elle y entre d’une autre façon parce que je pense que l’on louperait quelque chose.

Vers quels projets vous orientez-vous ?
Trois choses m’intéressent. La première, diriger un musée plus proche de mes spécialités en art moderne et contemporain. La deuxième, continuer à transmettre, soit en enseignant, soit en enseignant le métier de conservateur. Transmettre, ce merveilleux métier et qui me paraît plus que jamais essentiel. La troisième chose, un projet tourné vers l’art où j’aurai davantage de libre arbitre et plus d’indépendance.

Photographe : Wilhem Arnoldy
Interview : Pascal Sanson