Sylvain Groud

Centre chorégraphique national, Roubaix

À 49 ans, Sylvain Groud est depuis le printemps dernier le nouveau directeur du Centre chorégraphique national (CCN) de Roubaix Hauts-de-France. Danseur pendant dix ans dans la compagnie du chorégraphe Angelin Preljocaj, il crée ensuite la compagnie MAD en 2002, puis s’installe en Normandie. Il y développe de nombreux projets chorégraphiques, travaillant sur tout le territoire. Son répertoire compte vingt-et-une créations, du solo à la grande forme, dont Trois Sacres, dans laquelle il fait danser l’actrice Bérénice Bejo, et La Déclaration, une pièce chorégraphique et musicale pour cinq danseurs et cinq musiciens.

 

Vous parliez récemment de « choc de la première fois ». Quel a été le vôtre ?
Angelin Preljocaj quand il vient dans un festival étudiant à ma fac. Trois ans avant, une amie m’avait amené de force dans un cours de danse. Depuis, je veux faire de la danse mais je ne sais pas comment. Je suis donc en première année de Staps et j’ai pris option danse. Preljocaj vient alors à l’université Paris XI et présente Noces de Stravinsky
et le duo Un trait d’union. C’est l’explosion chez moi, le choc ! Je veux danser ça ! Je vais danser ça ! Trois ans après, je suis dans la compagnie d’Angelin et je danse ces pièces.

 

Vous avez travaillé quinze ans en Normandie. Qu’avez-vous appris là-bas ?
À reconnaitre un territoire, à construire des passerelles et à travailler avec un opéra, des théâtres, un CHU, des villes, etc. La Normandie m’a appris à faire des centaines de kilomètres pour rencontrer tout le monde. Ce que j’ai fait en arrivant dans les Hauts-de-France. La première chose que j’ai achetée, c’est une grande carte que j’ai affichée dans mon bureau pour voir les villes, les départements. Pour mon projet de CCN, je vais partir du territoire, de ses habitants, de leurs réalités. Ce sera une aventure artistique et territoriale !

 

Comment est votre style chorégraphique ?
Un style très athlétique. Avant de danser, je viens de la gymnastique. J’ai ce goût de l’effort. Le geste se doit d’être dans la résilience, dans le difficile. J’aime aussi les gestes souples. Je défends donc une danse athlétique, une couleur de mouvements, au service du poétique, de ce que tu veux dire et ce que tu racontes. Ce qui caractérise aussi ma danse, c’est le détournement du geste quotidien.

 

Quelles sont les grandes lignes de votre projet artistique CCN & Vous !?
CCN & Vous !, c’est le rapport, le lien entre l’intérieur, ce qui ce passe au CCN, et l’extérieur. C’est l’incarnation du protocole de la rencontre : aller vers l’autre, former les habitants pour plus d’esprit critique et créer ensemble. Cela va se traduire par un renforcement de l’accueil de chorégraphes dans les studios et j’imagine pour octobre 2019 un rendez-vous dans les salles roubaisiennes pour montrer ce qui s’est réalisé au CCN. Mon projet veut créer également des passerelles avec le territoire et avec le public, avec des projets participatifs et avec le CCN Mobile. Nous allons créer une structure mobile qui va aller se balader dans toute la région et va se transformer en scène, avec une série d’événements : échauffements, conférence dansée, spectacle.

 

Quelle place allez-vous avoir en tant que chorégraphe dans la saison ?
C’est la première saison, donc je suis bien présent, avec plusieurs pièces : L’Oubli, un duo que je danse avec Céline Lefèvre ; une création avec Patrick Pineau ; le spectacle participatif Let’s Move !; et au printemps prochain, la pièce La Déclaration.

 

Comment allez-vous faire pour que la danse contemporaine rencontre les couches populaires de Roubaix ?
Je viens d’un milieu où on regarde la télé et où on ne va pas au spectacle. Éventuellement au cinéma. J’étais déjà majeur quand j’ai vu un spectacle de danse pour la première fois. Montrer la danse, c’est mon devoir maintenant. Cela fait partie de ma mission. Mais je ne veux pas le faire par autorité, en imposant. Il faut descendre de la scène avec beaucoup de simplicité, sortir du CCN et aller auprès de toutes les populations. C’est ce que je fais avec Les Impromptus : je vais danser régulièrement, seul, à un endroit de la ville où on n’attend pas forcément un danseur (une sortie de métro, devant la gare). Je veux créer cette idée du choc de la première fois !

 

site internet
www.balletdunord.fr

illustratrice: Elene Usdin
Interview: Olivier Pernot