Torb, le vertige
et la fièvre

Depuis cinq ans, Torb fait mûrir sa techno analogique dans les murs du studio Motorbass à Paris. Une techno coup de poing qui prend aux tripes et fait vriller les cerveaux. À l’image de l’album Night Session, capté en live sous haute tension synthétique. Composé de Julien et Fabien, le duo s’est lancé aussi à l’assaut des scènes il y a plusieurs mois, avec déjà quelques beaux festivals à son actif (Astropolis, Marsatac, Ososphère, Scopitone) et cette envie viscérale de faire revivre l’esprit des raves.

La création de Torb est intiment lié au studio Motorbass de Philippe Zdar. Comment s’est déroulée votre rencontre ?
Avant de venir travailler au studio Motorbass, nous ne nous connaissions pas. Nous sommes arrivés tous les deux en 2009 avec une fonction précise. Fabien était l’assistant technique de Zdar dans la construction et la maintenance du studio et j’ai été l’assistant ingénieur du son de Zdar pendant cinq ans (Julien a travaillé sur des albums de Phoenix, Metronomy, Cat Power et sur le prochain Cassius qui sort au printemps 2016, ndlr). On s’est rendu compte qu’on écoutait tous les deux de la techno depuis un moment et on a commencé naturellement à faire de la musique ensemble. Le nom de « Torb » est d’ailleurs un fragment de « Mo‘Torb’ass ».

Quel est le rôle de Philippe dans votre musique  ?
C’est notre producteur. Il nous suit, nous conseille avec sincérité et bienveillance. Il a mixé nos deux premiers maxis et ces EP sont sortis sur Torb Trax, la branche techno de Cassius Records.

Le fait d’avoir vos propres machines est constitutif du son de Torb ?
Cela fait complètement partie du projet Torb. Nous faisons de la techno depuis une vingtaine d’années sur des ordinateurs. Mais nous préférons le son des machines à celui des plugins. Alors pour Torb, nous avons fabriqué nos propres machines et nous n’utilisons qu’elles. Cela donne un grain brut, que nous travaillons ensuite. Avec le gros synthé modulaire que nous avons conçu, nous avons réalisé nos deux premiers EP. Mais cette machine était difficilement utilisable en live. Nous avons alors réalisé un nouveau set up, qui nous sert en studio comme en live. Quand tu montes un projet, tu as besoin d’avoir une ligne directrice et sincère dans lequel tu vas jusqu’au bout. Nous, ce sont les machines analogiques.

D’où vous vient cette passion pour l’électronique ?
Nous avons toujours aimé mettre les mains dans les machines, contempler l’intérieur d’un boîtier, comprendre comment il fonctionne, triturer. Fabien fabriquait des compresseurs, des pré-amplis, des équaliseurs. Moi, j’ai réalisé un synthé pour un mémoire de fin d’études (il a été utilisé sur l’album Wolfgang Amadeus Phoenix  de Phoenix, NDLR). Comme nous avons cette même passion de l’électronique, nous avons commencé à bidouiller des machines ensemble.

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Vous revendiquez l’influence de Francesco Farfa et de la techno de Detroit.
Julien : À 18 ans, j’ai vu mixer Francesco Farfa dans un club à Meaux et j’ai pris une grosse claque. Il mixait avec trois platines, faisait des scratches, de longs mixes, pouvait mélanger techno, house et trance. C’était fascinant et j’ai découvert toute cette scène techno rave italienne : Joy Kitikonti, Sandro Vibot ou Claudio Coccoluto.
Fabien : De mon côté, j’aime la techno de Detroit, Kevin Saunderson, Jeff Mills et aussi les Français qui s’inspirent de cette ville comme Laurent Garnier que j’ai vu mixer de nombreuses fois. Les raves des années 90 se déroulaient toujours dans des endroits improbables. J’adorais l’énergie brute qu’il y avait, ce côté sauvage.

C’est quoi pour vous l’esprit de la rave ?
La rave, c’est une belle fête, la liberté, l’aventure. L’énergie folle que tu as à 18 ans. La rave, c’est aussi en opposition avec les clubs. Dans une rave, les gens viennent pour les DJ, pour écouter la musique. Il y a une exigence du public. Pas dans les clubs. Avec Torb, on veut recréer cet esprit de la rave, mais à notre manière et aujourd’hui. Depuis un an, nous avons fait une dizaine de lives. À chaque fois, il y avait des gens à fond dans notre musique. Ils cette belle énergie rave.

De quelle manière la nuit influence-t-elle votre musique ?
On se retrouve vers midi au studio et c’est vers 18/19 heures que les bonnes idées commencent à arriver. Alors on enregistre en soirée. Mais même la journée, on aime se mettre dans le noir. On ferme les volets de notre petit studio. On voit toutes les leds de nos machines, toutes ces petites lumières qui scintillent. On se met dans un état d’esprit, on recherche une ambiance qui soit propice au son. Nous sommes des espèces d’animaux nocturnes.

Votre album « Night Session » a été enregistré en pleine nuit. Pourquoi l’avez-vous capté en live ?
On commençait à prendre en main notre set up de live et on a décidé de s’enregistrer pour voir comment ça sonnait. C’est donc un live en studio et il représente bien le son de Torb. On a préparé les séquences et, sans vraiment répéter, on a fait cette séance live d’une heure dans la nuit. Avec cette envie de capter cette ambiance nocturne, ces sonorités. On l’a fait en une fois, avec les aléas que ça comporte : une séquence qui dure trop longtemps, un kick pas assez fort, une réverb non adaptée. Puis on l’a mixée dans la console du studio de Zdar, en mode live. Dans une totale spontanéité. L’ambiance de la rave, c’est aussi ça : l’improvisation, le feeling, la « vibe » avec le public. Pour notre truc, on prend 100 % de risques. On fabrique nos machines. Elles ne sont pas normées, sorties d’usine. Il faut parfois les réparer juste avant le show. C’est ça qu’on veut garder, cette énergie, cette liberté. C’est excitant.

Vous défendez la spontanéité dans votre musique, mais aussi l’anonymat.
Nous venons de cette culture techno des années 90. Ce sont nos origines et aussi notre conviction. On ne veut pas être des stars et être reconnus dans la rue. On veut juste que le public écoute notre musique. Et on veut mettre les machines en avant !

NIGHT SESSION Lp,
Torb, Torb Trax / Cassius Records

Site internet
www.facebook.com/welovetorb

Auteur : Olivier Pernot
Photographe : Mathieu Farcy