Tsutomu Sugiura

Maison de la culture du Japon, Paris

Avant d’embrasser la fonction de président de la MCJP, M. Tsutomu Sugiura, aura connu un cheminement professionnel, riche en expériences fait de va et vient entre le secteur privé et le secteur public. Bien qu’ancien directeur de l’institut de la recherche économique – industrielle et conservateur de la collection beaux arts et métiers pour la société japonaise Marubeni, Ambassadeur du Japon au Burkina Faso, directeur des affaires culturelles de la MCJP, auteur d’ouvrages sur la culture nippone, l’art et la culture n’auront jamais été très éloignées de son parcours de vie. Nommé en 2016, M. Tsutomu Sugiura s’attelle à la promotion dynamique de la culture du Japon suivant trois axes ; la culture traditionnelle sous forme contemporaine, la résonnance entre science et art et les échanges entre France et Japon, Asie et Afrique. Après le vingtième anniversaire de la MCJP et à l’heure où débute l’événement Japonismes 2018 nous l’avons rencontré.

 

Avant de prendre vos fonctions en tant que président de la Maison de la culture du Japon, quel fut votre parcours ?
A l’origine, je suis issu du secteur privé, de la société japonaise Marubeni. Dans cette entreprise et ce durant presque 40 ans, j’ai occupé les postes de Directeur de l’Institut de la recherche à la fois économique et industrielle et en même temps Conservateur de la collection d’Art de leur fondation. De 1996 à 1999, je me suis détaché de Marubeni pour prendre les fonctions de Directeur des activités culturelles lors de l’ouverture de la Maison de la culture du Japon en France. Après un retour au sein de Marubeni, en 2009, j’ai été nommé pour quatre ans, Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Japon au Burkina Faso. Au terme de cette mission, j’ai rejoins le Japon pour me consacrer à une toute autre activité, la culture de fruits et légumes. Avant de prendre suite à un appel de la Fondation du Japon, et à ma grande surprise, le poste de Président de la Maison de la culture du Japon à Paris en janvier 2016.

 

Dans votre jeunesse, avez-vous évolué dans un environnement sensible à l’Art ?
Plus ou moins. Mon père était judoka, 7ème dan, et en même temps il était dans le domaine des antiquaires. Depuis les débuts de mon enfance, j’ai été accoutumé aux œuvres et au travail artistique. Mon père pratiquait l’artisanat, il était très adroit pour la sculpture. Un de mes frères est artiste, dans la pratique du papier découpé. J’aurai aimé être peintre, avant d’embrasser les fonctions de directeur à l’institut des recherches économiques, j’ai présenté ma démission pour devenir peintre. Mais comme la société a ouvert une galerie d’art, je suis resté.

 

Existe t-il une œuvre qui vous ait particulièrement touché ?
Oui, plutôt dans le domaine de la peinture, il s’agit d’un tableau de Sandro Botticelli, La Bella Simonetta, un portrait de Simonetta Vespucci. Cette œuvre a été présentée dans une grande exposition pour le 50ème anniversaire de la société Marubeni dans laquelle je travaillais. J’ai participé à la rédaction du catalogue de cet événement et j’ai notamment écrit les textes dévolus à cette œuvre.

 

Qu’induisent vos responsabilités en tant que président de cette maison ?
Comme nombre de directeurs de musée, je m’occupe du management et en même temps je travaille sur les grandes de lignes de la programmation et les activités proposées par cette maison. J’ai défini trois grands axes pour la Maison de la culture du Japon. Premièrement, la présentation de la culture traditionnelle japonaise sous la forme contemporaine. Deuxièmement, la résonance entre l’art et la science, la technologie de pointe à l’image de l’exposition du collectif Team Lab. à la Villette. Enfin, les échanges entre la France et le Japon mais plus largement les relations entre l’Asie et l’Afrique. Je m’intéresse beaucoup à la culture africaine au regard de mon expérience d’ambassadeur du Japon au Burkina Faso.

 

Existe t-il des structures équivalentes à la Maison de la culture du Japon de part le monde ou s’agit-il d’une spécificité française ?
Du point de vue de la superficie du bâtiment, c’est unique dans le monde. La Maison de la culture du Japon appartient à la Fondation du Japon. Mais ce qui caractérise ce lieu, c’est que le propriétaire du terrain, c’est le gouvernement français mais que l’édifice a été financé par le public et le privé. Soit la collaboration entre la France et Japon et le secteur privé. Il n’y a pas d’équivalent dans le monde. Il existe vingt-quatre centres culturels japonais dans le monde mais pas avec les caractéristiques de celui-ci.

 

Quelles furent les missions premières de cette institution ? Depuis sa création ont-elles eu tendance à évoluer ?
Depuis le début, notre mission demeure la même soit la promotion de la culture japonaise en France et en Europe. Mais durant ces vingt dernière années, ce qui a changé c’est le public, en dehors des amateurs de notre culture, nous avons constaté l’arrivée d’un public beaucoup plus jeune.

 

L’initiation à la culture japonaise est centrale parmi vos missions. Par quels moyens la mettez-vous en œuvre ?
A travers nos activités ; les expositions, le spectacle vivant, les conférences et les ateliers ont promeut notre culture. Mais nous sommes très attachés aux collaborations extérieures, comme avec le Centre Pompidou de Metz ou d’autres musées. Cette année, notre plus grande manifestation sera Japonismes 2018, qui débute avec l’exposition Team Lab. : Au-delà des limites au Parc de la Villette et l’exposition Enfance au Palais de Tokyo. Plus de soixante événements seront proposés jusqu’en février 2019.

 

Rétrospectivement, quels sont les événements qui pour vous ont marqué l’histoire de la maison de la culture du Japon ?
Certainement, l’exposition Jomon, l’art du Japon des origines en 1998. Pour cet événement, nous avons eu l’honneur d’accueillir le président Jacques Chirac et monsieur Claude Lévi-Strauss. Ensuite, je dirai l’exposition Raku, une dynastie de céramistes japonais en 1997 à auquel monsieur Chirac est venu en visite privé et nous a impressionné par ses connaissances sur l’art traditionnel japonais.

 

Il existe un réel engouement des français pour la culture japonaise. Comment l’expliquez-vous ?
Je pense que les français sont très curieux et aiment la nouveauté à l’instar des japonais. Après l’ouverture au monde du Japon durant l’ère Meiji, notre pays a importé et traduit énormément de livres français tout comme les français ont pu le faire avec la littérature internationale. Cela a tissé des liens entre nos deux pays. Les français ont compris très vite la valeur des œuvres artistiques japonaises peut-être même plus vite que les japonais eux-mêmes. D’ailleurs à la fin du dix-neuvième siècle, le mouvement Japonisme est né en France. Au travers de Japonismes 2018, nous souhaitons à la fois perpétuer cet échange et apporter quelques sources d’inspiration aux artistes français et européens pour alimenter les nouvelles formes d’art.

 

Si vous ne deviez en citer que quelques-uns, quels seraient les points communs entre le Japon et la France ?
Comme je le suis précédemment je dirai la curiosité et le désir de nouveauté. A cela, j’ajouterai la sensibilité. D’où les résonances entre les deux pays.

 

Quels seront les temps forts pour la saison 2018 – 19 à la Maison de la culture du Japon, à la fois intra muros et hors les murs ?
A la Maison de la Culture du Japon, nous allons programmer trois expositions majeures. La première rétrospective de Yu-Ichi Inoue, calligraphe japonais qui a inspiré les artistes français dans les années 50 et 60, notamment Pierre Soulages. A l’automne, nous présenterons une nouvelle exposition sur l’art Jomon, certainement plus importante que celle de 1998. Ensuite pour le cinquantième anniversaire de la mort de Foujita, cet hiver nous lui consacrerons une exposition. Pour l’extérieur, nous participons à l’exceptionnelle présentation des œuvres d’Ito Jakuchu au Petit-Palais au mois de septembre. Au musée Cernuschi, l’exposition Rinpa, trésors de Kyoto donnera à voir le paravent Wind et Thunder god de Tawaraya Sotatsu, trésor national que peut de japonais on eut l’occasion de découvrir. A cela s’ajoute des événements au Musée Guimet, au Théâtre Chaillot, au carrousel du Louvre…

 

site internet
www.mcjp.fr
www.japonismes.org

Photographe: Jessica Rispal
Interview: Pascal Sanson