Verlatour

De la moiteur à la noirceur

En quelques Eps et singles, le musicien multi-casquettes Jocelyn Soler aka Verlatour a tissé un univers électronique embrassant à la fois l’Ambient, l’électro pop et les sonorités plus French touch. Avec Les Eps Romance –Violence, aux allures de diptyque sonore, l’artiste explore les multiples facettes du sentiment amoureux, de l’exaltation à la déliquescence. Retour avec l’intéressé sur ses choix artistiques et scéniques et sur ce début de carrière plutôt prometteur.

Depuis notre interview en 2014, tu n’as pas été avare en titres et remixes. Passant avec une certaine facilité d’un son french touch (Génération) à l’electro pop (Sur tes lèvres) ou l’electronica (Extatique). Pourquoi avoir opté pour cette ligne de conduite ?
Cela s’est imposé à moi naturellement au fil des Eps et de manière spontanée et non réfléchie: j’aborde les compositions plus en fonction de ce qui me touche et ce qui m’entoure, de l’humeur ou des émotions du moment, d’un film ou d’une autre influence. En somme, de tout ce qui potentiellement nourrit l’inspiration plutôt que de me cantonner à un sous-genre de musique, et j ai choisi la musique électronique comme medium pour exprimer tout cela. Je ne me dis jamais par exemple « tiens aujourd’hui, je vais faire un morceau électro, demain j’en ferais un ambient », je suis simplement le feeling en m’imposant un minimum de contraintes. C’est qu’en musique électronique, il y a beaucoup de classifications qui dépendent du tempo, jusqu’au choix des sonorités. Personnellement je préfère produire un son qui me parle avant de penser à la case dans lequel on le rangera. Je pense qu’il y aussi ce désir de ne pas me limiter à la facilité de me répéter au fil des différents opus. J’ai besoin de me surprendre pour ne pas m’ennuyer et continuer à progresser. J’aime l’idée de proposer une palette de couleurs et une façon qui m’est propre de les organiser, les mélanger, plutôt que d’exister en terme d’entité monochrome, Cela dit, quand tu y regardes de plus près il y a tout de même un cadre et des limites que je me fixe naturellement et qui sont intrinsèques au projet: au-delà du genre il y a maintes manières de lier sa musique. Certaines similitudes scellent la cohérence malgré la difficulté à la faire rentrer dans une seule case. Comme la manière d’écrire, des sonorités identiques (JUNO 60 – SH 101), les arrangements (dont la majorité sont signés Romain Caron), l’agencement ou construction de certaines rythmiques, des progressions mélodiques, la production et le son (nous coproduisons et mixons avec Olivier Vasseur au studio Full Rotor Bass Records), ou encore ce que je n’aimerai pas produire ou en tout cas pas sous cette alias, comme par exemple tout ce qui est trop attrait à la Bass Music.

Quel est selon toi l’ADN de Verlatour ?
Ce sont les choix ultra-subjectifs et personnels que je fais ou que je choisis de ne pas faire. C’est ce qui définit selon moi l’identité musicale, ce qu’on appelle plus communément la patte, que j’espère avoir. Le nom du projet Verlatour, n’est d’ailleurs pas étranger à cet ADN, c’est une invitation au voyage forcément indissociable du cycle d’une journée : allant d’une électro contemplative qui peut vous accompagner au petit matin, jusqu’à une musique plus sauvage qui vous suivra au plus profond de la nuit. Un hédonisme électronique qui se traduit et prend aussi son sens en live.

Bien qu’originaire d’Amiens, c’est à Lille que le projet va se trouver conforter, notamment grâce au soutien de l’Aéronef et à une résidence de plusieurs semaines. Quel fut l’apport de cette résidence ? Sur quoi as-tu plus spécifiquement travaillé ?
C’est en effet à Lille que le projet se trouve conforté aujourd’hui en tant Artiste accompagné par l’Aéronef, je n’aurais jamais imaginé qu’une telle opportunité puisse se présenter un jour. Le projet avait également été identifié plus tôt à Amiens notamment en tant que lauréat en 2015 du dispositif d’accompagnement du Patch. C’est d’ailleurs, grâce aux efforts conciliés du Patch et de la BIC (Brigade d’Intervention Culturelle) que l’équipe de l’Aéronef à découvert le projet aux Bars en Trans. Nous avons accès le travail de résidence sur le perfectionnement du live, tant au niveau de l’exécution pure que sur la scénographie, la direction artistique, les lumières, la diffusion du son. L’accompagnement va aussi plus loin puisqu’ils ont produit un clip que nous sortirons début mai. Cette année d’accompagnement signe sans aucun doute l’avancée la plus notable dans l’histoire de Verlatour.

Par rapport à tes premières prestations scéniques, tu as introduit dans ton live plusieurs éléments de batterie. Etait-ce dans la logique des choses en sachant que tu es batteur ? Te sentais-tu contraint en n’utilisant que des machines ?
Comme tu le dis je suis batteur de formation, si il y a bien une chose que je maîtrise totalement sur scène c’est d’avoir des baguettes, de taper, et de transpirer ! Dès le début du projet le SPDS-X (sampler multi pads) était au centre du projet, et petits à petits j’ai rajouté des éléments comme des pads supplémentaires, de vraies cymbales, mais aussi de nouveaux contrôleurs. J’aime l’énergie que cela dégage d’avoir des parties batterie Live, d’atteindre des formes de transe sur scène via ce medium.

Que te reste t-il à parfaire dans ton live ?
Il reste toujours des améliorations à apporter, que ce soit en termes de scénographie, de son, d’enchaînements de liberté, de lumières… C’est ce qui rend les live passionnants. Disons qu’avec l’équipe nous sommes arrivés grâce aux dernières résidences à pousser celui-ci le plus loin qu’on ait pu dans le temps qui nous était imparti, et d’arriver à un résultat à un instant T très satisfaisant. J’ai pleins d’idées de nouvelles choses que je pourrais apporter, pourquoi pas un autre musicien sur scène pour pouvoir jouer toutes les choses en direct ? Pourquoi pas y recréer l’ambiance du studio et y intégrer des synthétiseurs analogiques ?

En novembre, tu as dévoilé ton Ep Romance. Ce dernier est le premier volet d’un diptyque nommé Romance – Violence. Peux-tu m’en dire plus sur tes intentions, sur cette approche conceptuelle ?
Quand j’ai dévoilé l’Ep Romance, j’avais déjà écrit la plupart ou la grosse base de l’EP Violence. Comme expliqué plus haut, ces deux Eps correspondent à deux périodes d’écriture, mais proche entre elles. En réunissant chacun des morceaux, je me suis dis que ça serait parfait de faire coexister les principales émotions qui en émanaient : afin que les visions fantasmagoriques de Romance se transforment en une créature maléfique sur Violence.

Le premier titre issu de Romance est Sur tes lèvres. Pour l’illustrer, tu as fais appel à la réalisatrice Dot Pierson. Il en résulte un clip doucement sulfureux célébrant la sexualité féminine. Comment vous êtes vous rencontrés ? De quelle manière a été élaboré le scénario ?
J’ai rencontré Dot quand j’officiais à la batterie dans son groupe Anita Drake. Désormais Dot s’est tournée quasi exclusivement vers la production cinématographique, et j’ai toujours apprécié son travail notamment sur son approche de l’érotisme et de la sexualité. Quand j’ai fini le morceau Sur Tes Lèvres, il était juste évident pour moi de faire appel à elle. C’est un track sensuel qui colle parfaitement à son univers. Je lui ai laissé carte Blanche sur l’élaboration du scénario et nous avons eu quelques échanges en amont. Elle a coréalisé le clip avec Raphaël Beau, et j’ai été tout de suite emballé par son idée.

Dans quelques semaines sortira un second titre Extatique, et cette fois-ci tu en signeras le clip. Comment cette idée a germé ?
Extatique est le premier titre qui ouvre Romance Ep. Sur celui-ci, j’ai fait appel à Awir Leon au chant qui est un artiste que j’adore. Là aussi, je lui ai laissé carte blanche sur son interprétation et sur le texte, sur les émotions qu’il voulait dégager, en lui donnant comme terrain de jeu : le thème de la nuit et la faculté de voir la nuit. J’ai, tout de suite, était conquis dès sa première proposition. Il travaille comme moi beaucoup au feeling. J’ai toujours eu de nombreuses images en tête lorsque j’écrivais l’instrumentation du titre, celles d’un rêve éveillé la nuit, des visions contemplatives et fantasmagoriques dans l’univers de la forêt, un conte onirique sans aspect narratif. J’ai donc fait un travail d’archive d’images piochés ci et là un peu à la manière de samples audio que j’ai traité de manière un peu conceptuelle pour accentuer l’aspect hallucinatoire.

Quelle sera la tonalité de ton prochain Ep Violence ?
C’est le pendant dark de la dualité Romance – Violence. C’est un Ep qui a donc une couleur plus sombre, qui est plus radical dans ses arrangements.

Parallèlement, tu collabores régulièrement avec d’autres artistes pour des remixes. Quelles sont les actualités en la matière ?
J’ai fait un remix pour l’artiste Polonaise Mary Komasa qui sort sur la Warner Pologne courant Avril, ainsi qu’un remix pour Léonard de Léonard sorti sur le label Allemand Leonizer Records en février. D’autres remixes sont dans les tuyaux.

Romance-violence Ep,
Bon Temps Records

Site internet
www.facebook.com/verlatour

Dates à venir :
08 Avril, Verlatour Live au 9 club, Châteauroux.
28 Avril, Verlatour Dj Set au Delirium café, Amiens.
29 Avril, Verlatour Live au CCL, Lille.
20 Mai, Verlatour Live au festival Poli’sons, Rennes.
27 Mai, Verlatour Live au festival Les Rencontres des Arts fous, Fourras.
30 Mai, Verlatour Live au festival Fivestival, Lille.
16 Juin, Verlatour Live à l’Eglise de Montonvillers.
24 juin, Verlatour Live au Festival Megascène, St Colomban.

Photographe : Dinah Hayt
Direction artistique : Thu-huyen Hoang
Interview : Pascal Sanson
Hair & Make-up : Giulia Cohen @B-Agency
Stylisme : Coupe-vent, Le Vrai Eiffel 3.0, K-Way