Victor Moatti

VICTOR
MOATTI

Dream Machine

À la croisée du flashback sur le graphisme visionnaire des années 70 et 80 et de la modernité de l’art visionnaire, du cosmic-art ou des studios de jeux vidéos, les illustrations de Victor Moatti agissent avant tout comme la promesse d’un ailleurs. Au delà de l’universalité des motifs (cosmos, figure féminine, paysage infini, végétation), la myriade de couleurs tantôt acides ou apaisées, références assumées au neon art, et l’imagerie pop, les œuvres du jeune illustrateur se font aussi échos de questionnements métaphysiques. De la conception de cet univers idyllique à ses inspirations, de son process de création à ses projets de fin 2016, Victor Moatti nous en dit plus. Rencontre.

À quand remonte ton intérêt pour l’illustration ? 
L’image a toujours été très présente dans ma vie, j’ai baigné dans l’art dès mon enfance, à travers la peinture, le cinéma, la musique. Il y avait beaucoup de vinyles chez moi que je n’écoutais pas, mais que je gardais pour les visuels. Je dessinais souvent, parcourais les expositions en famille. Par la suite, je me suis intéressé à la culture visuelle alternative comme les mouvements low brow et surréaliste. Faire de l’illustration étais sûrement une suite logique à tout cela …

Par quel cursus es-tu passé pour te spécialiser dans l’illustration et le print design ?
Je m’ennuyais à mourir au lycée, je me suis ensuite orienté vers une école d’art appliquée à LISAA Paris jusqu’à ma licence en 2014. Puis un passage à l’EPSAA. Ces années m’ont permis de toucher un peu à tout, de savoir ce que je voulais faire et ne pas faire dans le graphisme. Et ainsi développer mon style.

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Bastion—Crystal,
Pochette d’EP,
Illustration, 2016

De tes illustrations, ce qui interpelle, c’est à la fois leur force graphique et leur puissance onirique. De quelle manière, s’est mis en place cet univers ?
Mes principales motivations viennent d’un désir d’évasion, de créer du rêve. Je veux transmettre une émotion particulière née de la confrontation avec l’inconnu. Dans mes projets personnels, j’aime donner vie à mes propres mondes. J’espère transmettre à d’autres le plaisir éprouvé à l’accomplissement d’une création, et c’est toujours une satisfaction d’avoir de bons retours.

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A-Date (Rendez-vous),
Personnal work,
Illustration, 2015

Références à la science fiction, décors cosmiques, orientaux, clash spatio-temporel, ton style émerge de la surprenante combinaison de tous ces éléments. Pourquoi cet angle rétro-futuriste et surréaliste ?
Cela vient de ma culture. J’étais inspiré par la démarche des peintres surréalistes comme Magritte ou Dalí . Je préfère de loin l’esthétique rétro, j’aime la façon dont les artistes représentaient le futur dans les années 70 et 80. Je suis tombé sur le livre « Celestical Visitation » de Gilbert Williams il y a quelques années, j’étais toute suite happé par ses visions mystiques, ses mondes parallèles. Mes illustrations sont assez influencées par les mouvements de l’art visionnaire, le cosmic art, l’art fantastique.

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Dimentional,
Personnal work,
Illustration, 2015

Les thématiques du passage vers un ailleurs, d’un territoire inexploré, de l’énigme reviennent comme un leitmotiv. Faut-il y voir un questionnement métaphysique ?

Je pense qu’il n’y a pas de réponse mais toujours un questionnement, la place de l’individu dans l’univers est sans cesse remise en question. « 2001 l’odyssée de l’espace » de S. Kubrick reste une référence en matière d’œuvre induisant une réflexion métaphysique. La volonté de l’homme a maîtriser l’inconnu et son impuissance à pouvoir le faire. Avant de faire passer un message précis, je recherche plutôt à figurer une désorientation spatio-temporelle, et laisser les gens sans réponse.

The visit - Personnal work

The visit,
Personal work
Illustration, 2016

Ta palette de couleurs détonne. Et n’est pas sans rappeler la tendance graphique des années 80, début 90, le neon art, l’aérographe…
J’adore l’aérographe, je trouve que cette technique a une vraie puissance graphique. Pour ce qui est de l’imagerie 80, j’essaye d’avoir un style à la fois rétro et une esthétique plus moderne. Le fait que mon travail soit essentiellement digital apporte une dimension particulière.

De ce mouvement 80’s qui s’étend de Brian Robson à Thomas Cantoni, de quel illustrateur-designer te sens-tu le plus proche ?
Mes références sont diverses, Il y a des artistes et peintres dont j’admire le travail comme Tim White, Jim Buckels, Stanislaw Fernandes, Gilbert Williams… Je peux passer des heures à analyser et déchiffrer leurs univers. Je m’inspire aussi jeux vidéos vintages dont j’aime l’esthétique, d’artistes et studios plus modernes comme le studio La Boca pour leurs composition folles et couleurs démentes, Yoko Honda pour le rétro-cool-digital, des designers comme Jesse Auersalo ou Pilar zeta.

Comment vois-tu, à moyen terme, évoluer ton style ?
Je m’efforce de jours en jours à affiner mon style, d’être le plus précis possible. Au fur et à mesure des nouveaux projets, je peux voir la progression. Quand je revois des travaux plus anciens, je vois ce que j’aurais pu changer. Sinon, pour le futur, pourquoi ne pas essayer l’aérographe !

De l’idée à la réalisation, comment procèdes-tu pour concevoir une illustration ?
Cela dépend du projet. Pour une commande, j’ai directement des idées en tête, des images qui se mettent en place, et vient le moment de concrétiser ces visions. Je fais ensuite quelques croquis. Mais la plus grande partie du travail est essentiellement digitale, je switch beaucoup entre Illustrator au niveau des formes, des textures et Photoshop pour la composition finale, les ombres et les lumières.

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Calypso, 
Part-of-the-series, Beach,
Illustration, 2015

Ton travail ne se limite pas à la simple illustration mais comprend aussi un aspect design…
En effet, le fait d’avoir suivi des études de design graphique ne me limite pas seulement à l’illustration mais me permet d’apporter une dimension plus complète à un projet. Cela me permet de m’occuper de toute la direction artistique même si l’illustration demeure au cœur du projet.

Tu as noué des liens étroits avec le monde de la musique, signant au passage de nombreuses couvertures d’Eps ou une série d’affiches inspirées pour le Glazart…
C’est logique pour moi de travailler avec le monde de la musique, surtout lorsque l’on fait du graphisme et de l’illustration dans la « darkside » plus artistique du métier. Travailler sur des projets 100% corporate ne m’intéresserait pas.

Quels sont tes projets à venir pour 2016 ?
C’est une année assez productive. De nombreux artworks d’EP, d’albums, affiches de film, un clip animé, quelques collections capsules pour des lignes de vêtements sortiront progressivement. Et l’ouverture de ma boutique en ligne dans les semaines à venir.


www.victormoatti.com

Interview : Pascal Sanson
Photographe : Simon Lefebvre