Yuksek
California Dreaming

S’éloignant encore un peu plus de l’électro, Yuksek dévoile un nouvel album ensoleillé entre pop et disco. Pour concocter ce disque, baptisé Nous Horizon, le producteur de Reims s’est entouré d’une équipe de jeunes musiciens français (Juveniles, Her, Kim) et d’invités internationaux (Monika, Roman Rappak du groupe breton). Yuksek revient sur la conception de ce disque solaire et lumineux, positif et dansant.

Voyais-tu d’emblée ton nouvel album comme un disque de rencontres, de collaborations ou cela s’est-il fait au feeling ?
Dès le départ, j’avais envie d’invités sur ce disque. J’avais envie de partage. D’une certaine manière, produire l’album de Juveniles en 2013 m’a poussé à monter mon label Partyfine. La richesse de notre rencontre avec Jean-Sylvain a changé ma vision de la musique. Quand tu passes plusieurs mois sur un projet une connexion se fait et puis, tout d’un coup, l’album est prêt et la collaboration s’arrête… C’est toujours dommage. Le label me permet d’aller plus loin dans les rencontres, de prolonger ce plaisir partagé de faire de la musique et d’enregistrer ensemble. C’est pareil dans le théâtre ou le cinéma, pour qui je travaille régulièrement : je suis à l’aise dans cette manière de partager autour de la création. Cela m’emmène plus loin, musicalement et humainement.

Dans quelles directions as-tu orienté les chanteurs de l’album sur leurs textes ?
Rien n’était arrêté. Chacun était libre de s’exprimer comme il voulait. Mais pour ces chansons, en filiation directe avec le disco, le texte est souvent le support à une mélodie qui porte le morceau. Finalement, la plupart des textes parlent d’amour, de l’avant, du pendant, de l’après, et aussi des relations aux autres, d’altérité.

Comment s’est nouée la relation avec Monika ?
Assez simplement. J’avais bien aimé son dernier album Secret In The Dark, en particulier le single du même nom. Mon manager l’avait rencontré et je savais qu’elle appréciait ma musique. Nous nous sommes donc rencontrés un jour à Los Angeles où elle habite. Plus tard, alors qu’elle était en France, je suis allé en studio avec elle à Paris. Puis elle est venue à Reims. Le principe de ce disque était vraiment de travailler à l’ancienne, en étant en studio ensemble à chaque fois. Et si possible à Reims, dans mon studio. Il n’y a pas eu d’échanges de fichiers par internet pour ce disque.

Pourrais-tu produire un album pour une chanteuse comme elle ?
Carrément ! D’ailleurs, on va faire un essai sur un titre prochainement que je dois produire pour elle. Et la suite… Je ne sais pas. Produire l’album de Juveniles a été une excellente expérience. Cela me plairait bien de réaliser un autre album.

Comment as-tu réussi à faire un album aussi ensoleillé, en rêvant de Californie, alors que tu habites à Reims ?
Écoute… je n’en sais rien. Où que tu sois dans un studio d’enregistrement, tu es enfermé. Donc l’inspiration, la part de rêve, vient de ta tête. C’est un mood. Depuis quelques années, j’apprécie des musiques joyeuses. Je prends moins de plaisir avec tout ce qui est sombre ou agressif. Donc j’écoute plus de pop et moins de techno. Même si j’aime encore des artistes comme John Talabot qui va proposer une techno « trippée », assez solaire.

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Tu es installé sur reims. Est-ce important pour toi de rester vivre dans cette ville ?
C’est ma ville. J’y ai un confort de vie très appréciable tout en ayant cette proximité avec Paris. Reims est une petite ville dans laquelle ton studio d’enregistrement devient une bulle où il est agréable de travailler et il y a peu de distraction dehors… En fait, je n’ai jamais vraiment réfléchi à déménager,
mais si un jour cela se fait, ce sera plutôt à Los Angeles qu’à Paris !

J’aimerais qu’on parle de ton label. C’est quoi l’esprit Partyfine ?
Le principe de départ du label est simple : faire de la musique ensemble, sans pression et pouvoir la sortir rapidement. Mon studio est au cœur du projet et du processus d’enregistrement. C’est mon laboratoire. Le label me permet aussi de mettre en avant des coups de cœur. Comme les Lillois de Weekend Affair dont j’ai entendu un morceau à la radio. Je leur ai fait un mail pour les féliciter et leur proposer de faire un maxi sur le label. Cela s’est passé très simplement. J’ai une vision assez précise de la musique que je veux sortir sur Partyfine, mais, en même temps, je ne veux pas enfermer le label dans un style. Il y a quand même une sacrée différence entre Get A Room! et Jean Tonique.

Où te situes-tu dans la scène électronique française ? Tu t’en éloignes pour une écriture de plus en plus pop.
J’appartiens toujours à cette scène électro française, principalement par mes DJ sets, car je joue de la musique de club. J’ai été étiqueté avec la scène French Touch 2.0, car je jouais dans les mêmes endroits que les artistes Ed Banger… Je me suis éloigné de cette énergie. Aujourd’hui, je me sens plus proche d’artistes nordiques comme Todd Terje ou Prins Thomas qui sont dans une disco déviante et psyché, ou encore de DJ Harvey ou Eric Duncan. Et puis j’aime toujours des gens comme LCD Soundsystem, le label DFA ou Soulwax, ils restent des mecs importants dans la musique que je fais. C’est clair que j’ai évolué. J’ai opéré une mutation dans mon son pour aller vers quelque chose de plus dansant, de plus disco. Mais finalement, alors que tout le monde joue de la techno, je mixe du disco aujourd’hui dans les clubs. C’est presque punk de jouer du disco !

Lors de ta dernière tournée, tu étais sur scène avec Alb et Léonie Pernet. Maintenant, ils défendent chacun leur projet solo. Comment as-tu composé ton nouveau groupe de scène ?
Sur les deux premières dates, aux Transmusicales de Rennes, où nous étions le mois dernier, et à la Cigale à Paris (le 9 février), nous sommes huit musiciens sur scène. Avec Lucie (Moodoïd, Aquaserge) à la batterie, Jean-Sylvain (Juveniles) à la basse, Cyril (Weekend Affair) aux percussions. Et des guests comme Chassol, Her et Monika. Mais ça va être un vrai casse-tête pour avoir tout le monde par la suite. On verra comment on organise le groupe. C’est important pour moi de défendre ce disque sur scène. J’en suis très fier. Il n’est pas dans l’air du temps. Ce n’est pas un disque d’introspection, c’est avant tout un disque de partage.

NOUS HORIZON Lp,
Yuksek, Partyfine / Sound of Barclay

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